Retraite : le déficit des régimes obligatoires pire qu’attendu


Le Conseil d'orientation des retraites a présenté le 19 décembre ses projections pour les années à venir. Les régimes de base et complémentaires subissent encore plus que prévu les effets de la crise économique.

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On pensait tout connaître du 11ème rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR), les principaux chiffres ayant largement « fuité » dans la presse avant sa présentation le 19 décembre. Assez remonté contre ces indiscrétions qui ont pollué, selon lui, le débat, Raphaël Hadas-Lebel, le président du COR, a réservé une surprise aux journalistes présents au point presse donné, au siège du Conseil d’analyse stratégique, à la suite des discussions entre les 39 membres du Conseil (députés, sénateurs, patrons, syndicalistes, experts…) : le déficit des 33 principaux régimes obligatoires (de base et complémentaires) ne va pas s’élever, en 2017, à 18,8 milliards d’euros, comme on n’a pu le lire, mais à… 21,3 milliards.

Les effets de la crise

La faute à la dégradation de la conjoncture économique qui entraine une baisse du nombre d’actifs et donc, de cotisants. « La crise est plus longue et plus profonde que celle attendue dans le rapport de 2010 (qui a servi de base de travail à la dernière réforme des retraites, NDLR). D’une manière générale, nous avons constaté une plus grande sensibilité au phénomène économique sur l’équilibre des régimes que nous ne pensions au départ », a reconnu Raphaël Hadas-Lebel. Du coup, en fonction des hypothèses de taux de chômage et de progression annuelle de la productivité, le solde financier du système de retraite pourrait être, en 2060, positif de 93 milliards d’euros ou négatif de 105 milliards d’euros !
En attendant, il est acquis que l’équilibre prévu en 2018-2020 par la réforme de 2010 n’aura pas lieu. Seul point positif : le déficit aurait pu être pire. L’amélioration du taux de fécondité (1,98 enfant par femme) et le recul de l’âge de départ de 60 à 62 ans devraient atténuer les effets dévastateurs de la crise. « Le besoin de financement du système de retraite devrait être compris entre 20,8 et 24,9 milliards d’euros selon les scénarios. Il aurait atteint 40 à 50 milliards d’euros sans la réforme des retraites », estime Raphaël Hadas-Lebel.

Efforts importants à venir

Voilà de quoi ajouter de l’eau au moulin des partisans d’un nouveau recul de l’âge légal à la retraite, comme Laurence Parisot et Jean-François Copé qui militent tous deux pour un départ à 63 ans. Raphaël Hadas-Lebel n’a pas voulu se positionner, rappelant que le COR se borne à délivrer des projections, pas des préconisations.
Pour autant, le rapport a évalué les efforts à fournir en vue d’atteindre l’équilibre des régimes obligatoires en 2060, en actionnant un des trois leviers possibles. Il faudrait décaler l’âge effectif de départ à la retraite de 7 ans ou augmenter les recettes (cotisations, transferts, impôts) de 6,2 points par rapport à 2011 ou encore baisser le rapport entre la pension nette moyenne et le revenu net des actifs de 25,3% comparé à 2011. Si Raphaël Hadas-Lebel a rappelé que les pouvoirs publics ont jusqu’ici toujours joué sur les trois leviers à la fois, force est de constater qu’une baisse des niveaux des retraites semble faire son chemin dans les esprits. Alors que les partenaires sociaux parlent de plus en plus de désindexer les pensions des régimes complémentaires Agirc et Arrco, Raymond Soubie, le « père » de la réforme des retraites de 2010 a déclaré dans Les Echos et dans L’Expansion que décorréler les pensions de l’inflation lui paraissait une meilleure idée que repousser à nouveau l’âge de départ.

Chute des pensions attendue

Là encore, le COR peut lui donner des arguments : selon le rapport du 19 décembre, les retraites vont augmenter en moyenne de 0,8% entre 2011 et 2020 tandis que les salaires vont progresser de seulement 0,7% sur la même période. Non seulement, la crise limite la hausse des rémunérations, mais les pensions des nouveaux retraités sont supérieures à celles des retraités qui décèdent (« l’effet noria »). Toutefois, souligne le COR, les niveaux des pensions vont commencer à baisser à partir de 2035-2040, c’est-à-dire au moment où les jeunes actifs actuels vont partir à la retraite.

 

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