Retraite : les actifs vont partir en moyenne à 64 ans en 2040


Selon le Conseil d'orientation des retraites, si l'âge de départ devrait être maintenu à 62 ans, les Français vont, dans les faits, partir deux ans plus tard d'ici fin 2030. En cause, l'effet de l'allongement de la durée de cotisation instauré par la dernière réforme des retraites.    

Raphaël Hadas-Lebel

Même sans recul de l’âge minimum de départ à la retraite, les Français vont quitter la vie professionnelle plus tard. Alors que les actifs sont partis en moyenne à 61,1 ans en 2013, l’âge effectif de départ à la retraite devrait atteindre 64,1 ans en 2040, selon les projections du Conseil d’orientation des retraites (COR) présentées le 16 décembre 2014. Ce phénomène résulte de la conjonction de plusieurs facteurs.

Tout d’abord, il y a le recul progressif de 60 à 62 ans d’ici 2017 de l’âge légal (à partir duquel on est autorisé à partir à la retraite) instauré par la loi Woerth de 2010. L’augmentation de la durée d’assurance mise en place par la dernière réforme des retraites va également se faire sentir. La loi du 20 janvier 2014 prévoit l’allongement de 2020 à 2035 du nombre de trimestres de cotisation requis pour percevoir une pension à taux plein (sans abattement) au rythme d’un trimestre supplémentaire tous les trois ans.

De plus en plus de trimestres

La durée de cotisation va passer de 166 trimestres (41,5 ans) pour la génération née en 1957 à 172 trimestres (43 ans) pour les assurés nés à partir du 1er janvier 1973. En d’autres termes, il va falloir justifier de plus en plus de trimestres pour bénéficier d’une pension sans décote. Ce qui va pousser davantage d’actifs à travailler au-delà de l’âge légal. D’autant que l’entrée dans la vie active, sous l’effet de l’augmentation de la durée des études et des difficultés du marché du travail, est de plus en plus tardive.

D’où la prévision du COR d’un âge effectif de départ à la retraite légèrement supérieur à 64 ans fin 2030. Lors de la présentation du rapport à la presse, le président du COR a insisté sur le fait qu’il ne s’agissait pas d’une préconisation de ce conseil consultatif dans lequel siègent des parlementaires, des représentants des syndicats, des hauts fonctionnaires, des chercheurs et des experts de la retraite. « Notre discours est factuel et nuancé. Nous avons réalisé un travail honnête et scientifiquement prouvé », a souligné Raphaël Hadas-Lebel.

Le conseiller d’Etat faisait implicitement référence au rapport de la Cour des comptes sur les retraites complémentaires qui sera rendu public le 18 décembre 2014. Selon des fuites parues dans la presse, la Cour préconise un report à 64 ans de l’âge de départ à l’Arrco (le régime complémentaire des salariés) et à l’Agirc (le régime complémentaire des cadres) afin de résorber les déficits des deux régimes.

 

Le compte pénibilité pas pris en compte

L’âge effectif de la retraite à 64 ans prévu par le COR relève seulement de la prévision réaliste et non « d’un agenda caché », assure Raphaël Hadas-Lebel. Le calcul prend en compte l’extension du dispositif « carrière longue » qui permet aux actifs ayant commencé à travailler jeune et disposant de tous leurs trimestres de partir à la retraite plus tôt. Le décret du 2 juillet 2012 signé par François Hollande l’a étendu aux assurés ayant démarré avant 20 ans (avant 18 ans auparavant). De son côté, la loi du 20 janvier 2014 a élargi le périmètre et le nombre de trimestres pris en compte.

En revanche, le futur compte personnel de prévention de la pénibilité qui permettra notamment de partir à 60 ans n’a pas été intégré dans le calcul du COR. « Nous ne savons pas encore comment seront utilisés les points des comptes pénibilité », a justifié Raphaël Hadas-Lebel. Mis en place à partir du 1er janvier 2015, ce compte donnera la possibilité aux salariés exposés à des risques professionnels de cumuler des points leur permettant de bénéficier d’une retraite anticipée, mais aussi d’une formation de reconversion professionnelle ou d’un temps partiel payé comme un temps plein.

 

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