Retraite : les partenaires sociaux ne veulent pas essuyer les plâtres


Alors qu'ils pourraient opter pour une désindexation des pensions des régimes complémentaires dont ils assurent la gestion en vue de résorber les déficits, syndicats et patronat refusent que leur initiative serve d'exemple au gouvernement pour le régime général.

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 Les partenaires sociaux le disent haut et fort : pas question pour eux d’être utilisés pour faire accepter auprès de l’opinion la désindexation des retraites. Alors que syndicats et patronat, gestionnaires des régimes complémentaires Agirc (pour les cadres) et Arrco (pour tous les salariés), pourraient décider, face à l’ampleur des déficits financiers, d’une revalorisation le 1er avril prochain des pensions inférieure à l’inflation, ils s’insurgent à l’idée que le gouvernement profite de leur initiative pour l’appliquer au régime général, également en difficulté.

Calendrier inversé

Certains syndicalistes s’étaient déjà étonnés que les négociations Agirc-Arrco se tiennent avant la constitution de la commission dite « ad hoc » censée, comme la grande conférence sociale des 9 et 10 juillet 2012 l’a prévu, réfléchir aux contours d’une future réforme des retraites. « Nous allons négocier sur les régimes complémentaires alors même que, quelques mois plus tard, le système des retraites pourrait être réformé. C’est un non-sens. En 2010, la loi avait été adoptée en novembre et les négociations avaient démarré en décembre », avait souligné un syndicaliste avant la tenue le 22 novembre dernier de la première réunion des négociations Agirc-Arrco.
Mais c’est surtout les propos de Jérôme Cahuzac dans une interview parue dans Les Echos qui ont relancé les spéculations. Interrogé sur la possible sous-indexation des points Agirc et Arrco, le ministre délégué au Budget a déclaré qu’« un accord de ce type des partenaires sociaux sur les retraites complémentaires serait un élément d’appréciation très important. On ne pourra pas ne pas en tenir compte ». Il n’en a guère fallu davantage pour que les syndicats montent au créneau.

Pas de « copier-coller »

« Nous n’avons pas vocation à jouer le rôle de poisson pilote du régime de base », a déclaré, à l’issue de la troisième réunion des négociations Agirc-Arrco organisée le 15 janvier au siège du Medef, Pascale Coton, secrétaire générale adjointe de la CFTC, en charge de la protection sociale. « On ne peut pas présager du rendez-vous de 2013 », a renchéri, le même jour, Eric Aubin, membre de la commission exécutive de la CGT, chargé des retraites. Pour Danièle Karniewicz, le procédé est un peu gros. « Une fois que nous aurons fini de négocier sur les régimes complémentaires, nous allons passer la balle à François Hollande. Après tout, il faut qu’il travaille lui aussi », a estimé la secrétaire nationale de la CFE-CGC, en charge du pôle retraites et protection sociale.
Même le patronat s’oppose à un « copier-coller » qui permettrait au gouvernement de mieux faire passer la pilule de la désindexation des retraites de base auprès de l’opinion publique au motif que les partenaires sociaux l’auraient déjà appliquée pour les retraites complémentaires. Laurence Parisot, la présidente du Medef, a déclaré, lors de sa conférence de presse mensuelle également organisée ce 15 janvier, qu’« il est illusoire de croire qu’on peut résoudre le sujet [des déficits des retraites] avec des mécanismes du type désindexation qui sont une rupture dans le pacte entre générations ». Un comble sachant qu’au même moment, quelques étages plus hauts, les représentants du Medef proposaient une baisse des pensions de l’Agirc et de l’Arrco de 1 point de 2014 à 2017, et même de 1,5 point en 2013.

 

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