Retraites complémentaires : blocage sur la hausse des cotisations


Les partenaires sociaux, gestionnaires de l'Agirc et de l'Arrco, s'opposent sur la nature des ressources nouvelles à attribuer aux deux régimes en grave difficulté financière. Leur existence même est menacée.

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Ce n’était pas vraiment le grand amour le jour de la Saint-Valentin au siège parisien du Medef. Le 14 février, les partenaires sociaux, gestionnaires des retraites complémentaires Agirc (pour les cadres) et Arrco (pour tous les salariés), s’y sont retrouvés pour la cinquième et théoriquement avant-dernière fois en vue de sauver ces régimes exsangues.
Las, contrairement à la réunion précédente du 6 février, les négociations, qui ont pourtant duré toute la journée, semblent avoir fait du sur-place. « Il n’y a eu aucune avancée », résume Pascale Coton, secrétaire générale adjointe de la CFTC, en charge de la protection sociale. « Ce fut une réunion pour pas grand-chose », confirme Jean-Louis Malys, secrétaire national en charge des retraites à la CFDT. « Nous ne ressentons pas de volonté du patronat de débattre », déplore Eric Aubin, membre de la commission exécutive de la CGT. « Le Medef nous répète pour la dixième fois la même chose. On avait compris dès la première fois », renchérit Danièle Karniewicz, secrétaire nationale de la CFE-CGC, en charge du pôle retraites et protection sociale.

Taux d’appel contre taux de cotisation

La déception est d’autant plus grande que le Medef était venu le matin avec une proposition d’accord, comme Toutsurlaretraite.com l’avait révélé la veille. En réalité, le document s’est limité à la stricte transposition écrite de ce que l’organisation de Laurence Parisot avait déjà proposé le 6 février, sans aucune avancée nouvelle. A savoir : une revalorisation des pensions inférieure de 1 point à l’inflation du 1er avril 2013 jusqu’au 1er avril 2017 inclus et une hausse à partir de 2015 du taux d’appel de 1% par an pendant cinq ans. Ce taux, qui passerait ainsi de 125% à 130% en 2020, n’ouvre pas droit, contrairement au taux contractuel.
C’est ce dernier point qui cristallise le mécontentement des syndicats. Ces derniers, qui militent depuis le début des négociations pour une augmentation des ressources, préfèrent, eux, une hausse du taux contractuel. « On ne peut pas demander aux jeunes de cotiser davantage sans, en contrepartie, pouvoir bénéficier de prestations plus élevées », estime Eric Aubin.
Pour le Medef, ouvrir de nouveaux droits serait une charge financière supplémentaire impossible à supporter pour l’Agirc et l’Arrco. « Nous vivons une situation que nous n’avons jamais connue, rappelle Jean-François Pillard, le négociateur de l’organisation patronale. Nous sommes dans le sauvetage des régimes de retraites complémentaires, pas dans l’amélioration des prestations futures. »

Un compromis toutefois possible

Un argument que la CFDT est la seule, des cinq organisations syndicales représentatives, à accepter d’entendre. « Augmenter le taux contractuel va alourdir la facture pour les générations à venir, reconnait Jean-Louis Malys. Cela ressemble à de la cavalerie. » « Ce n’est pas de la cavalerie mais le principe de retraite par répartition qui implique une redistribution des cotisations », rétorque Philippe Pihet, secrétaire confédéral du secteur retraite à FO.
On l’aura compris, sur le taux d’appel, le front syndical est loin d’être uni. Pour autant, la CFDT n’adhère pas totalement au projet du Medef. « Cinq ans de sous-indexation des pensions, c’est long », souligne Jean-Louis Malys. La centrale de Belleville ne comprend pas non plus pourquoi la hausse du taux d’appel interviendrait seulement en 2015 alors que les régimes ont affiché un déficit cumulé de 3,8 milliards d’euros en 2012. Le Medef se dit prêt à faire des concessions. « Si je savais qu’il n’y avait pas d’évolutions possibles, j’aurais dit aux syndicats que l’on arrêtait là », déclare Jean-François Pillard qui rappelle que « les négociations se conclues toujours au dernier moment. »
Le Medef tient justement un comité exécutif ce lundi 18 février où il sera vraisemblablement question de l’Agirc et de l’Arrco. Des réunions bilatérales devraient avoir lieu dans la foulée. L’objectif est d’arriver le 7 mars, jour de la dernière réunion prévue dans le calendrier, avec un texte déjà prêt. Aucun des partenaires sociaux ne souhaite un échec des négociations qui se traduirait par une revalorisation des pensions automatique le 1er avril calquée sur l’inflation. De quoi creuser les déficits de 1,2 milliard d’euros par an. Une perspective financière intenable.

 

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