Retraites complémentaires : « L’accord sur l’Agirc-Arrco ne règle rien »


INTERVIEW – Le patronat et trois syndicats ont conclu un accord de principe le 16 octobre 2015 sur les régimes de retraite complémentaire. Pour l'économiste et spécialiste des retraites Florence Legros, l'accord ne permet pas de réduire les déficits à long terme.    

Florence Legros, DG d'ICN Business School

Toutsurmesfinances.com : Que pensez-vous de l’accord de principe sur l’Agirc-Arrco ?
Florence Legros, directrice générale d’ICN Business School : Déjà, c’est bien qu’il y ait un accord. En l’absence d’accord, le risque était que l’Etat ne prenne la main sur les régimes de retraite complémentaire dont la gestion est assurée par les partenaires sociaux. Les pouvoirs publics n’auraient eu guère le choix, sachant que les réserves de l’Agirc (le régime complémentaire des seuls cadres, NDLR) allaient être épuisées en 2018. Le montant des pensions Agirc aurait alors été amputé car les réserves servent actuellement à payer une partie des retraites complémentaires. Si cet accord est donc une bonne chose, on peut toutefois s’étonner que FO ne souhaite pas le signer. Cela signifie que le syndicat à l’origine de la création de l’Arrco (le régime des cadres et des non cadres, NDLR) n’y prend pas part.

 

La signature officielle de l’accord est prévue le 30 octobre prochain. Pourquoi un délai aussi long ?
Le patronat et les trois syndicats signataires (la CFDT, la CFE-CGC et la CFTC, NDLR) ont peut-être voulu se donner plus de temps pour affiner certaines mesures et chiffrages. Pour ma part, je trouve l’accord assez précis en l’état. L’autre possibilité est que ce délai supplémentaire serve à apporter des ajustements de dernières minutes et à permettre finalement à FO de signer. Cela permettrait de donner davantage de poids à cet accord.

 

L’accord prévoit un système de bonus-malus pour inciter les salariés à travailler jusqu’à 63 ans. Trouve-t-on un mécanisme analogue dans d’autres régimes ?
A l’Arrco et à l’Agirc, il existe déjà un coefficient de minoration qui équivaut à une décote pour les assurés qui partent sans disposer de tous leurs trimestres dans le régime de base. Mais il n’y avait pas de surcote. Le coefficient majorant, instauré par l’accord de principe pour les salariés qui justifient de leur durée d’assurance et qui partent à 64, 65 ou 66 ans, constitue en quelque sorte une surcote. A la différence que le bonus appliqué à la pension complémentaire sera temporaire.

 

Quels sont les gagnants et les perdants de cet accord ?
Les gagnants sont les cadres car les pensions Agirc sont sauvées grâce à la mutualisation des réserves de leur régime avec celles de l’Arrco à compter de 2019. Les perdants sont les précaires et les demandeurs d’emploi, notamment seniors, qui rencontrent déjà des difficultés à atteindre le nombre de trimestres requis dans leur classe d’âge.
Les retraités vont subir à la fois le report de la revalorisation annuelle et une sous-indexation d’un point par rapport à l’inflation des pensions complémentaires pendant trois ans. C’est la première fois que l’on joue sur ces deux leviers à la fois. Jusqu’ici, les régimes utilisaient l’un ou l’autre. La perte de pouvoir d’achat va être importante pour les retraités d’autant qu’elle ne sera jamais rattrapée dans le temps.
Les jeunes générations sont également très sollicitées. Là aussi, deux leviers sont actionnés : la baisse du rendement et la hausse de la valeur d’appel du point qui va faire que 127 euros cotisés équivaudront à 100 euros. Les futurs retraités vont verser davantage de cotisation pour proportionnellement percevoir moins de prestation.

 

Est-ce que l’accord de principe règle définitivement les problèmes ?
Non, l’accord prévoit 6,1 milliards d’euros d’économies en 2020 alors que le déficit cumulé de l’Arrco et de l’Agirc devrait atteindre 8,4 milliards d’euros à cette date. Il va donc manquer 2,3 milliards en 2020. En 2030, ce sera pire : avec 8,6 milliards d’économies pour un « trou » de 12,7 milliards, le besoin financier va atteindre 4,1 milliards. C’est énorme !!! Or, on sait que les effets du papy-boom vont se faire sentir jusqu’en 2035-2040. En définitive, l’accord du 16 octobre sert à gagner du temps mais ne règle rien. Il va donc falloir un nouvel accord. Les partenaires sociaux vont attendre les élections présidentielles de 2017 et devraient se remettre de nouveau autour de la table en 2018-2019.

Propos recueillis par Jean-Philippe Dubosc