Retraites complémentaires : la CGT chiffre les propositions patronales pour mieux les dénoncer

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Alors que les négociations sur l'Arrco et l'Agirc vont redémarrer le 16 octobre, le syndicat tente de mobiliser les salariés en illustrant les conséquences des préconisations du Medef avec plusieurs exemples concrets.

 

Le siège de la CGT à Montreuil (Seine-Saint-Denis)

 

Pour la CGT, les salariés n'ont pas pris la mesure des propositions émises par le patronat pour redresser les finances des retraites complémentaires du privé. Afin de les aider à mesurer les sacrifices demandés alors que les négociations paritaires sur l'Arrco (le régime complémentaire des non cadres et des cadres) et l'Agirc (le régime complémentaire des seuls cadres) vont reprendre le 16 octobre prochain, la centrale de Montreuil a présenté, lors d'une conférence de presse organisée le 15 septembre 2015, des simulations sur des cas types.


Des décotes qui font mal aux portemonnaies

Premier thème abordé : les abattements. Le projet défendu par le Medef, la CGPME et l'UPA propose des décotes temporaires et dégressives avant 65 ans. Si le salarié prend sa retraite à 62 ans (l'âge légal de départ), ses pensions Arrco et Agirc (s'il a le statut cadre) seraient minorées de 30%. Le pourcentage passerait à 20% à 63 ans puis 10% à 64 ans. Des exceptions sont prévues pour les actifs modestes (moins de 10.633 euros de revenus annuels), les personnes handicapées et, sous certaines conditions, les aidants familiaux.


La CGT a pris le cas de Françoise, une cadre qui, à 62 ans, aurait droit à une retraite totale (pensions de base et complémentaires comprises) de 2.355 euros par mois. En appliquant les abattements préconisés par la délégation patronale, elle percevrait 2.035,50 euros par mois à 62 ans, 2.142,10 euros par mois à 63 ans et 2.249 euros par mois à 64 ans. Soit une perte cumulée sur trois ans de 7.667 euros. Laurent, un monteur-câbleur, dont la pension globale s'élèverait à 920 euros par mois, perdrait « seulement » 1.702 euros en trois ans.


« On voit bien que ce sont les cadres qui auraient le plus à perdre. Ce système vise à les pousser vers la retraite par capitalisation », juge Marie-José Kotlicki, secrétaire générale de l'Ugict-CGT, la branche « ingénieurs, cadres et techniciens » de la CGT. La syndicaliste, présente aux négociations, rappelle que le chef de file de la délégation patronale est Claude Tendil, par ailleurs président de l'assureur Generali qui propose des produits d'épargne retraite...


Un gel qui refroidit le pouvoir d'achat des retraités

Autre proposition illustrée par la CGT : la baisse de 1,5 point des revalorisations des pensions Arrco et Agirc en 2016, 2017 et 2018. Le syndicat estimant que l'inflation ne sera pas supérieure à 1,5% ces trois prochaines années, il en conclut que la mesure va aboutir à un gel des pensions complémentaires durant trois ans qui vont s'ajouter à l'indexation nulle opérée en 2014 et 2015. Michèle, une technicienne retraitée qui perçoit 249 euros de retraite Arrco et 117 euros de retraite Agirc, subirait ainsi un manque à gagner de 392 euros sur cinq ans. Ce qui équivaut, calcule la CGT, à une baisse de 4,1% de son pouvoir d'achat sur cette période.


Le patronat propose également un report de la revalorisation annuelle des retraites complémentaires du 1er avril au 1er novembre qui entraînerait un gel de sept mois. En reprenant le cas de Michèle, le manque à gagner s'élèverait à 693 euros sur 10 ans et à 1.517 euros sur 20 ans. En outre, « il y aura un effet double peine si le retraité a subi des abattements avant 65 ans », souligne Marie-José Kotlicki.


Communication savamment orchestrée

C'est pourquoi les salariés sont invités à se rassembler le 16 octobre devant le siège parisien du Medef où se déroulent les négociations Agirc-Arrco. « Il y aura des surprises », promet Marie-José Kotlicki. Ils sont également appelés à signer la pétition en ligne contre les propositions patronales disponible sur le site de la CGT. Par ailleurs, un « tour de France » a démarré le 10 septembre pour expliquer, sur le terrain, aux salariés les tenants et aboutissants des discussions.


Enfin, une campagne 2.0 a été lancée. Elle comprend notamment un pastiche vidéo de la « Guerre des étoiles » à partager sur les réseaux sociaux. On y découvre que « le côté obscur de la force du travail s'est infiltré dans le gouvernement de la République ». « Avec ses amis les assureurs, l'Empereur Tendil mène discrètement des négociations pour le Comte Medef », poursuit la vidéo qui s'achève ainsi : « Seule l'intervention des salariés eux-mêmes peut désormais sauver les retraites. » La suite au prochain épisode...

 

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