Retraites complémentaires : les négociations s’enlisent


Les partenaires sociaux se retrouvent pour la quatrième fois ce 6 février pour tenter de sauver les régimes Agirc et Arrco en proie à des déficits financiers. Pas sûr qu'ils trouvent un terrain d'entente.

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Ce 6 février devrait être crucial pour les retraites complémentaires obligatoires. Les partenaires sociaux, gestionnaires des régimes Agirc (pour les cadres) et Arrco (pour tous les salariés), se retrouvent dans l’après-midi au siège du Medef pour la quatrième fois en moins de trois mois, afin de trouver, d’ici à 2017, les 6 milliards d’euros nécessaires pour combler les déficits de ces régimes d’ici 2017. A l’image du régime général de la Sécurité sociale, l’Agirc et l’Arrco souffrent d’une érosion du nombre de cotisants (les actifs) sous les effets conjugués de la baisse démographique et de la montée du chômage alors que le nombre de pensionnés ne cesse d’augmenter avec l’allongement de l’espérance de vie.

Positions divergentes

Reste que pour l’heure, si syndicats et patronat sont d’accord sur la gravité de la situation, ils divergent sur les solutions. Le Medef refuse toute augmentation des cotisations des entreprises et propose une sous-indexation, c’est-à-dire une revalorisation inférieure à l’inflation des pensions. La CFE-CGC et la CFTC accepteraient cette désindexation à condition… que les entreprises mettent au pot. La CFDT prône de son côté une réforme « systémique », via l’instauration d’un système par points dans lequel les actifs cotisent en accumulant des points tout au long de leur carrière. Quant à la CGT, la centrale de Montreuil ne veut pas entendre parler de sous-indexation et réclame une hausse des cotisations patronales et une plus grande taxation de l’épargne salariale (participation, intéressement, Perco…).
Conscients de leurs divergences criantes alors qu’ils se sont fixés comme objectif de boucler les négociations le 7 mars prochain, les partenaires sociaux se sont résolus à ajouter au calendrier ce rendez-vous du 6 février. Pas sûr pour autant qu’ils arrivent aujourd’hui à trouver un terrain d’entente. Hormis la CGT campée sur ses positions, les autres syndicats seraient prêts à accepter une désindexation temporaire des pensions si et seulement si, elle s’accompagne d’une hausse des cotisations des entreprises.

Mauvais timing

Or, le Medef se montre inflexible. « On ne peut pas demander aux salariés et aux retraités de faire des sacrifices et pas aux employeurs. Depuis le début des négociations, la question des entreprises est occultée. Il faut que le patronat accepte de parler de tous les sujets », estime Danièle Karniewicz, secrétaire national de la CFE-CGC, en charge du pôle retraites et protection sociale. « Tout le monde doit participer à l’effort », renchérit Patrick Poizat, secrétaire général adjoint confédéral à la CFTC, en charge de la protection sociale et des retraites.
Le « timing » n’aide pas, il est vrai. « Le calendrier de ces négociations, qui arrivent alors que se profile une réforme des retraites, est paradoxal. Cela nous coince un peu », remarque Jean-Louis Malys, secrétaire national en charge des retraites à la CFDT. Les partenaires sociaux ont pris conscience du danger de servir d’éclaireur au gouvernement sur le dossier des retraites. Personne n’a oublié qu’à peine évoquée, l’idée de la désindexation des pensions des retraites complémentaires a été reprise par le ministre délégué au Budget, Jérôme Cahuzac, pour être appliquée au régime général.

Une solution « a minima »

D’où le spectre d’une solution « a minima » sur l’Agirc et l’Arrco, qui règlerait les problèmes financiers sur le court terme via quelques paramétrages indolores et laisserait les pouvoirs publics régler ceux sur le long terme dans le cadre de la future réforme des retraites.
Autre piste avancée : le soutien du patronat et d’une partie des syndicats en faveur de la mise en place d’une réforme « systémique » qui semble en ce moment avoir la faveur du gouvernement. « Une réforme systémique ne réglerait pas le déficit des régimes, prévient Danièle Karniewicz. Compte tenu de l’entrée plus tardive sur le marché du travail et des carrières moins linéaires, les actifs devraient cotiser plus longtemps. C’est une manière d’allonger la durée de cotisation et de reculer l’âge de départ à la retraite sans le dire. »

 

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