Retraites : « Il ne faut pas désespérer les jeunes médecins »


INTERVIEW – Le conseil d'administration de la Caisse autonome de retraite des médecins de France (CARMF) a décidé d'abaisser, à partir du 1er janvier 2017, l'âge de départ de son régime complémentaire de 65 à 62 ans. Le président de la caisse, le Dr Thierry Lardenois, explique les raisons de cette réforme et pourquoi elle devrait, cette fois-ci, aboutir.    

Dr Thierry Lardenois, président de la CARMF

Toutsurmesfinances.com : Pourquoi vouloir réformer le régime complémentaire de la CARMF ?
Dr Thierry Lardenois, président de la CARMF : Tout simplement parce que nous n’avons pas le choix. Comme d’autres professions, les médecins libéraux sont confrontés aux départs massifs à la retraite des baby-boomers. Cela fait longtemps que l’on se prépare à ce « papy-boom » qui va se traduire à la fois par une baisse du volume des cotisations et une hausse du volume des prestations.

C’est même pour faire face à ce déséquilibre démographique que nous avons mis en place à la CARMF, il y a 20 ans, une surcotisation qui nous a permis d’engranger 6 milliards d’euros de capitalisation. Grâce à cela, nous allons pouvoir soutenir le déficit technique attendu durant quelques années. Sans cette réserve financière, notre régime complémentaire aurait pu connaître la faillite. Cependant, une micro-adaptation finale pour équilibrer le régime de façon définitive sera nécessaire.

En quoi consiste cette réforme ?
Comme il n’était pas question d’augmenter fortement les cotisations, ni de baisser le montant des pensions complémentaires, le seul levier possible était l’âge de départ. Nous aurions pu le repousser de 65 à 67 ans. Mais je crois que plus on recule l’âge de départ et plus on crée du désespoir. Or, l’espoir est important. Comme on ne peut pas forcer les gens à travailler plus longtemps, nous avons décidé de voir les choses autrement.

Au lieu de fixer un plafond, nous allons mettre en place un plancher. Concrètement, les médecins pourront partir à 62 ans comme pour le régime de base mais ils subiront alors une décote de 5% par année manquante jusqu’à 65 ans. En revanche, s’ils veulent cotiser jusqu’à 70 ans, ils bénéficieront d’une surcote de 3% par année supplémentaire, ce qui n’existe pas aujourd’hui.

Et si les médecins décident de partir tous à 62 ans ?
S’ils partaient tous en même temps à 62 ans, cela pourrait poser un problème de soutenabilité financière pour le régime complémentaire en dépit de la décote. Mais il y a peu de risques que cela arrive. Peu d’affiliés disposent à 62 ans de tous leurs trimestres au régime de base du fait de la longueur des études de médecine. D’une manière générale, compte tenu de l’allongement de l’espérance de vie, il est inévitable que les actifs travaillent plus longtemps.

Votre réforme n’est-elle pas un peu hypocrite ?
Non, car nous ne mentons pas à nos affiliés. Bien sûr que j’aimerais que tout le monde parte à la retraite sans minoration à 62 ans. Mais ce n’est financièrement pas possible. Ceci dit, notre réforme donne le choix entre partir plus tôt avec une décote ou partir plus tard sans décote, voire avec une surcote. C’est ce que j’appelle le « temps choisi ». Il ne faut pas désespérer les jeunes médecins qui sont de plus en plus tentés par une carrière à l’hôpital qu’ils estiment plus sécurisée.

En réalité, ils se trompent. La protection sociale des praticiens hospitaliers est loin d’être optimale. Je rappelle qu’à la CARMF, nous versons des indemnités journalières après 90 jours d’arrêt de travail sans limite de durée et des rentes aux orphelins. Le capital décès octroyé au conjoint survivant est forfaitaire et s’élève à 40.000 euros quel que soit le niveau de ressources !

La première version de la réforme a été rejetée par les syndicats et pas la seconde. Pour quelle raison ?
La seule différence entre les deux versions est que la première prévoyait une décote de 15% à 62 ans et la seconde de 13% afin que le médecin soit assuré de ne pas être pénalisé s’il part à 65 ans. C’est peut-être l’écart de 2 points qui a convaincu les syndicats, et les prochaines négociations conventionnelles qui ont motivé l’accélération du traitement de ce sujet.

Pensez-vous que votre tutelle va donner, cette fois-ci, son aval à la réforme ?
La première version n’a pas été adoubée par la direction de la Sécurité sociale au motif que le projet n’avait pas l’appui des syndicats de médecins. Ce critère étant rempli aujourd’hui, je ne vois pas pourquoi la DSS ne donnerait pas son feu vert à la réforme du régime complémentaire de la CARMF. Je suis confiant.

Propos recueillis par Jean-Philippe Dubosc

A lire également :

Une surcote pour sauver la retraite supplémentaire des médecins