Retraites : l'OFCE milite pour une hausse des cotisations

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L'OFCE est le centre de recherche économique de Sciences Po

Un directeur du centre de recherche économique de Sciences Po vient de publier une note dans laquelle il prône une augmentation progressive des cotisations pour équilibrer les régimes de retraite.

 

C'est un véritable pavé dans la mare dans le débat actuel sur les retraites. Henri Sterdyniak, le directeur du Département économie de la mondialisation au sein de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), un centre de recherche de Sciences Po, a publié le 24 avril 2013 une note intitulée « Quelle réforme des retraites en 2013 ? » pour le moins iconoclaste.
Parmi ses nombreuses préconisations, ce spécialiste reconnu des retraites, par ailleurs administrateur de l'Insee depuis 1975, prône rien de moins qu'une hausse des cotisations pour résorber le déficit des régimes, qui devrait dépasser 20 milliards d'euros en 2020 d'après le Conseil d'orientation des retraites (COR). « Pour garantir les retraites par répartition et convaincre les jeunes qu'ils auront bien une retraite satisfaisante, le gouvernement et les syndicats doivent annoncer clairement que c'est par la hausse progressive des cotisations que le système sera équilibré », écrit-il dans sa conclusion.

Contre la désindexation des pensions

Reste que si le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, vient justement d'annoncer qu'il rencontrera, en compagnie des ministres concernés, les représentants des huit organisations syndicales et patronales représentatives les 13 et 22 mai prochains à propos de la future loi sur les retraites, pas sûr que la proposition d'Henri Sterdyniak soit reprise.
Le patronat en général (et le Medef en particulier) est vent debout contre toute augmentation des cotisations qui alourdiraient les charges des entreprises alors même que ces dernières font face à une réduction de leurs marges. Ce refus des employeurs a failli faire capoter l'accord sur les régimes de retraites complémentaires Agirc (pour les seuls cadres) et Arrco (pour tous les salariés). Les représentants du patronat ont fini par accepter une hausse des cotisations de 1% en 2014 et en 2015 en contrepartie d'une revalorisation des pensions inférieure à l'inflation durant trois ans.
Une sous-indexation des retraites de base figure d'ailleurs parmi les pistes envisagées par le gouvernement pour résorber les déficits. Là encore, Henri Sterdyniak s'inscrit à contre-courant. « Il faut éviter une baisse du niveau des retraites par une désindexation progressive, qui d'une part, nous enfoncerait dans la crise en pesant encore sur la consommation, d'autre part, diminuerait la fiabilité du système des retraites », estime l'économiste.

Maintien des avantages fiscaux des retraités

Henri Sterdyniak n'est guère plus favorable à un allongement de la durée de cotisation, évoqué par François Hollande lors de son intervention télévisée du 28 mars dernier. « Les salariés ne sont pas égaux en termes d'espérance de vie et de capacité à travailler après 60 ans. Certains qui ont effectué des métiers pénibles sont usés ; certains sont dans des secteurs en difficulté tandis que d'autres qui ont eu des conditions de travail favorables et sont dans des secteurs porteurs peuvent prolonger leur activité », constate-t-il.
L'expert balaie également l'idée avancée par le président du Haut conseil de la famille (HCF), Bertrand Fragonard, dans son rapport sur les aides à la famille remis le 9 avril à Jean-Marc Ayrault, de forfaitiser ou de moduler, voire de fiscaliser la majoration de pensions de 10% pour les pères et mères de trois enfants et plus. Idem pour la suppression, régulièrement évoquée, de l'abattement fiscal pour les personnes modestes de plus de 65 ans. « Les majorations familiales de retraites ne sont pas imposables, mais c'est le cas aussi des prestations familiales. Les personnes âgées de faible revenu ont un abattement spécifique, mais les actifs bénéficient de la non-imposition de la participation et de l'intéressement », rappelle Henri Sterdyniak.

Haro sur les réformes miracles

L'économiste s'oppose tout autant à une réforme dite « systémique ». Cette remise à plat totale du système des retraites, un des chevaux de bataille de la CFDT, ne serait pas, selon lui, une bonne idée que ce soit par l'instauration d'un système par point ou par un système « notionnel » à la suédoise. Dans le premier cas, « les actifs n'auraient aucune garantie sur le niveau futur de leur retraite », souligne-t-il.
Ce système, dans lequel l'Etat fixerait chaque année la valeur du point de façon à atteindre l'équilibre financier des régimes, se serait traduit par une baisse des pensions de 4,5% de 2012 et pourrait déboucher sur une chute de 22% des pensions en 2040 en suivant les projections du COR, selon ses calculs. Un système notionnel basé sur un taux de 25% (les cotisations fictivement accumulées seraient rémunérées à un taux correspondant au taux de croissance des salaires), ne « fournirait qu'un taux de remplacement net de 46 % pour une carrière de 42 ans de 20 à 62 ans, contre 77% aujourd'hui », souligne-t-il.

Des taux de remplacements fixés

En matière de solutions, outre une augmentation des cotisations en fonction de l'allongement de l'espérance de vie, Henri Sterdyniak milite, par souci d'équité et d'économies, pour des taux de remplacement (le ratio entre le montant de la dernière rémunération et celui de la pension perçue) « plancher » et plafonnés. « L'État et les syndicats doivent s'engager sur des niveaux-cibles de taux de remplacement net pour des carrières normales, proches des taux actuels qui assurent la parité des niveaux de vie entre actifs et retraités. » Ces taux pourraient s'élever à 85% du dernier salaire pour les personnes touchant le Smic, 75% pour la part des salaires situés en dessous du plafond annuel de la Sécurité sociale (37.032 euros en 2013) et 50% pour les salaires jusqu'à deux fois le Pass (74.064 euros). Les différences et iniquités seraient ainsi gommées.
A titre de comparaison, le taux de remplacement chez les fonctionnaires est aujourd'hui de 75% quand celui des cadres du secteur privé se situe plutôt autour de 57%. Une solution radicale qui n'est pas étonnante pour ce signataire du Manifeste des économistes atterrés, rédigé par un groupe d'économistes militant pour la remise en cause du modèle libéral à la suite de la faillite de la banque d'affaires Lehman Brothers qui a signé le début de la crise financière de 2008.

 

Sur le même thème, consultez l'article : "La réforme des retraites sera une réforme de gauche"

 
 

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