Retraites : la cigale ou la fourmi ?

Partagez

sylvie garrigues, retraite

AVIS D'EXPERT – Sylvie Garrigues, directrice du pôle de protection sociale et retraite du cabinet Centre Toulousain du Patrimoine, s'étonne que le président de la République annonce un déblocage exceptionnel de la participation alors que les Français sont incités par ailleurs à épargner pour préparer leur retraite.

 

L'avenir de nos retraites fait la une de nos journaux. Pas un jour ne se passe sans qu'on nous fasse part de la situation catastrophique de nos régimes par répartition. Aux prémices de l'hiver, nous apprenions que les retraites complémentaires Agirc et Arrco, qui représentent pour un cadre quasiment 60% du montant de sa pension et 42% pour un non cadre, étaient au bord de la faillite. En six mois, les réserves avaient fondu comme neige au soleil.
Les raisons ? Une essentielle : la situation économique et la montée du chômage. Une conséquence majeure : les cotisations servent normalement à payer les pensions de nos anciens en fonction du nombre de points acquis par ces derniers tout au long de leur activité, selon le sacro-saint principe de la répartition, et assurer leur revalorisation.

Le pouvoir d'achat des retraités baisse

Du fait de la situation brûlante, les partenaires sociaux, gestionnaire de l'Agirc et de l'Arrco, ont été obligés de se réunir pour mettre en place des mesures d'urgences, n'ayant plus les moyens de contourner le problème. Parallèlement, le gouvernement faisait savoir qu'un grand débat allait être ouvert prochainement sur ce dossier sensible.
Et nous avons assisté à une jolie partie de jeu « du chat et de la souris », les syndicats de salariés ne voulant pas prendre le risque d'être considérés comme étant prêts à accepter des mesures qui sont pourtant inéluctables et le gouvernement attendant que ces derniers tirent les premiers...
Il ne fallait pas rêver : nous avons eu droit comme d'habitude à des augmentations de cotisations sans attribution de points. Toutefois, cette fois, on a touché à l'autre côté de la barrière : les allocataires voient leurs pensions désindexées, ce qui va conduire à une baisse de leur pouvoir d'achat.

Les esprits en train d'être préparés

Ceci entraîne des impacts psychologiques désastreux. Il devient difficile de garder confiance dans un système qui ne tient pas un cap, s'en prenant à ceux auxquels on avait toujours expliqué que les droits acquis ne pouvaient pas être remis en cause.
Pourtant, un Français sur deux continue encore de croire toujours à l'Etat providence et qu'il sera sa principale source de revenus à la retraite ! Rien d'étonnant donc à ce que l'on nous prépare tout doucement à une réalité et ce, grâce aux rapports successifs du Conseil d'orientation des retraites (COR) et à la multiplication des signaux d'alerte.
Le président de la République peut bien annoncer des âges de départ à la retraite à 60 ans, voire 62 ans puisque cela ne s'appliquera qu'à une minorité pour les générations nées après 1962, du fait de l'obligatoire augmentation de durée de cotisation.
Le COR, dans sa dernière publication de février 2013 est très clair : si nous voulons revenir à l'équilibre des régimes à l'horizon 2060, la durée d'assurance devrait être de 41,75 ans à partir de la génération née en 1958, pour atteindre les 45 ans pour celle née en 2000, ce qui nous amène très clairement à un âge légal postérieur à... 65 ans.
Très chère dépendance
Oui, mais pour quel montant de retraite ? Selon les derniers chiffres publiés par la Caisse nationale d'assurance vieillesse (Cnav), nous comptons à ce jour 13,23 millions de retraités du régime de base, dont 605.545 nouveaux sur 2012. L'âge moyen de départ est de 62,2 ans.
Mais le plus inquiétant est le montant global mensuel pour une carrière complète au régime général qui est de 1.066 euros (1.162 euros pour un homme, 955 euros pour une femme). Et ce montant est à rapprocher d'un autre paramètre et de son corollaire : l'augmentation de l'espérance de vie et les situations de dépendance qui à un moment ou à un autre, nous obligeront à financer un hébergement en maison médicalisée.
Selon l'Observatoire EHPAD de KPMG, l'âge moyen des résidents en maison de retraite médicalisée est de 85,1ans, avec une durée moyenne de séjour de 46,11 mois (3,8 ans). Compte tenu du niveau moyen des retraites, le reste à charge est en moyenne autour de 1.857 euros par mois pour un hébergement en maisons habilitées à l'aide sociale, montant qui peut atteindre 3.727 euros en fonction des régions et de la qualité des prestations.

Les fonds de pension pas forcément la solution

La morale de tout cela devrait nous inciter à nous constituer tout au long de notre carrière des sources de revenus qui nous permettraient d'avoir des revenus complémentaires, voire essentiels au moment de notre cessation d'activité. Certains vont même jusqu'à dire que le seul système qui mériterait d'exister est celui que nous trouvons dans quasiment tous les autres pays du monde, à savoir les fonds de pension à la méthode américaine et fonctionnant en capitalisation.
La différence par rapport à la répartition est que chacun prépare sa retraite grâce à des contributions dans des organismes qui ont en charge de les gérer. Un bémol toutefois : pour tenir leurs engagements, les fonds de pension américains devraient obtenir un rendement annuel de 7% à 7,5% par an, selon une étude de JP Morgan. Or, sur les 12 dernières années, le rendement moyen réel des actions américaines a été de + 5,6% sur les 50 dernières années et même de - 0,2% sur les 12 dernières années.
Toutefois, en France, ces deux dernières décennies, nos dirigeants, conscients de la problématique à venir, et souhaitant que nous prenions un peu nos destins en mains, nous ont mis en place des outils pour nous inciter à faire la fourmi. Nous pouvons citer, sans ordre d'apparition : le Perp (plan d'épargne retraite populaire), l'épargne salariale (Intéressement, participation), le Perco (plan d'épargne retraite collectif), l'article 83 (retraite supplémentaire à cotisations définies), l'article 39 (retraite supplémentaire à prestations définies), Préfon ou encore la Retraite Madelin.

Déblocage irraisonnable

A chaque fois, on nous a vendu des avantages fiscaux, mais à la condition que nous soyons raisonnables et que nous attendions la retraite pour profiter de nos économies à tant que faire sous forme de rentes viagères. Parfois, on nous a dit qu'un des dispositifs devenait caduc. Ainsi, pour le mécanisme de la « retraite chapeau » (article 39) que l'on fait purement et simplement disparaître, victime du politiquement pas correct. Le plus fréquemment, on nous permet de casser la tirelire, selon l'adage « nécessité fait loi », ceci afin de compenser les baisses de pouvoir d'achat et de maintenir ou de relancer la consommation.
C'est ainsi qu'il est possible de prendre 20% du montant du Perp en capital plutôt qu'en rente. Cette option est ouverte à 100% pour le Perco. Ce n'est pas encore le cas pour articles 83 et Madelin, mais jusqu'à quand ?
Le dernier coup de théâtre en date est l'allocution télévisée de François Hollande le 28 mars dernier qui, à la surprise générale, a annoncé que, durant les 6 mois à venir, les Français pourront reprendre leurs économies issues de la participation (placées sur un PEE ? sur un Perco ?), sans avoir à justifier de leur utilisation.
Alors cigale ou fourmi ? Et si nous sommes définitivement « cigale », qu'allons nous devenir quand la bise va venir ?

 

Diplômée en Gestion de Patrimoine à l'Université de Clermont Auvergne et détentrice d'un DESS de Droit de la construction et de l'urbanisme à l'Université de Toulouse, Sylvie Garrigues intervient à l'Ecole Supérieure de Commerce de Toulouse et dirige le pôle de protection sociale et retraite du Centre Toulousain du Patrimoine, un des leaders de la gestion privée dans le grand sud-ouest. Sans aucun lien capitalistique avec une banque ou une compagnie d'assurance, le Centre Toulousain du Patrimoine accompagne des salariés, des dirigeants et des professions libérales dans l'établissement de stratégies d'organisation patrimoniales ou d'investissements. A ce jour plus de 250 familles font confiance à ses trois associés et quatre collaborateurs.
 

articles les plus lus

1. RAFP : comment fonctionne la retraite additionnelle de la fonction publique
2. Comment calculer sa retraite ?
3. Peut-on cumuler une pension de retraite et une prestation sociale ?
 

Réseaux Sociaux