Retraites : la désindexation des pensions du public en question


Afin de restaurer l'équilibre financier des régimes, l'Institut Montaigne propose de revaloriser en dessous de l'inflation les retraites de la fonction publique au motif qu'elles sont en moyenne plus élevées que celles du secteur privé.

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Les régimes de retraite du secteur public focalisent décidément l’attention ces derniers temps. Alors que la ministre des Affaires sociales et de la Santé, Marisol Touraine, a récemment déclaré qu’ils feront « évidemment partie de la réforme des retraites », c’est au tour de l’Institut Montaigne de les pointer du doigt.

Dans une tribune publiée le 24 mai 2013 sur le site internet du quotidien Le Monde, ce « think tank » d’obédience libérale propose ni plus non moins de désindexer les pensions des fonctionnaires. « Il existe un écart important de niveau des retraites entre régimes : il est d’environ 20% entre le secteur privé et la fonction publique à carrière égale. Une telle situation justifie pleinement une revalorisation différenciée des pensions entre régimes », écrit l’Institut Montaigne.

 

5 à 7 milliards d’euros d’économies

La mesure paraît d’autant plus juste à ce laboratoire d’idées que, rappelle-t-il, les retraites complémentaires du secteur privé ont déjà été désindexées. Suite à l’accord du 13 mars 2013, les pensions de l’Arrco (pour l’ensemble des salariés) et celles de l‘Agirc (pour les seuls cadres) ont été respectivement augmentées de 0,8% et 0,5% au 1er avril 2013, alors que les retraites de base du public et du privé ont été, elles, revalorisées au même moment de 1,3%. Une revalorisation des pensions du secteur public inférieure à l’inflation permettrait, selon l’Institut Montaigne, d’économiser 5 à 7 milliards d’euros.

Cette mesure, qui serait temporaire, ne pourrait, on le voit, combler à elle-seule le besoin de financement de 20 milliards d’euros du système des retraites en 2020. D’où la proposition de l’Institut Montaigne de modifier également les paramètres de l’âge de départ et de la durée de cotisation, cette fois-ci, pour tous les régimes. « Jouer sur les deux paramètres permet […] de répartir équitablement l’effort entre ceux qui sont entrés tôt et ceux qui sont entrés tard dans la vie active », estime le think tank.

 

Allonger l’âge et la durée de cotisation

Ce dernier propose d’allonger la durée de cotisation à 43 ans d’ici 2021 (au lieu des 41,5 ans prévus), puis après cette date de l’indexer en fonction de l’augmentation de l’espérance de vie. Idem pour l’âge légal de départ à la retraite fixé à 63 ans pour la génération née en 1958 (au lieu de 62 ans) et ensuite également soumis à une indexation démographique. « Cet ensemble de mesures conduit à des paramètres nullement aussi impressionnants que les propositions parfois formulées », souligne l’Institut Montaigne. A titre d’exemple, la présidente du Medef, Laurence Parisot, a proposé que l’âge de départ soit repoussé à 65 ans.

Le recul de l’âge à 63 ans et les 43 annuités permettraient, toujours d’après l’Institut Montaigne, d’atteindre les 15 milliards manquants. « Ces mesures (y compris la désindexation des pensions des fonctionnaires, NDLR) forment un tout : le risque est de se limiter aux mesures de court terme qui, pour indispensables qu’elles soient, ne sauraient conduire à différer la mise en œuvre des mesures de long terme, en particulier l’uniformisation des règles entre régimes. Celles-ci sont en effet indispensables pour rendre la réforme acceptable et juste », insiste le think tank, fondé et encore présidé par Claude Bébéar, l’ex-PDG d’Axa considéré comme le « parrain » du capitalisme français.

L’Institut Montaigne fait référence aux différences de mode de calcul des pensions entre les régimes du secteur privé et celui, plus favorable, des régimes de la fonction publique et des régimes « spéciaux » (EDF, SNCF, RATP, Banque de France…). Ces derniers bénéficient, en outre, d’âges de départ plus bas (52 ou 57 ans). « L’existence des régimes spéciaux bénéficiant de règles plus favorables que les régimes du secteur privé […] est la poutre dans l’œil de tout observateur du système de retraite français. Y mettre fin constitue tant un gisement important d’économies en soi qu’un facilitateur des autres réformes (âge et durée en particulier), tant l’inacceptabilité de celles-ci se nourrit du sentiment d’injustice entre assurés », souligne le think tank.

 

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