Retraites : le gouvernement lance un « calculateur » bidon


Le ministère des Affaires sociales vient de mettre en ligne un simulateur d'âge de départ à la retraite. Pour le moins simpliste, l'outil ne prend pas en compte, contrairement à ce qui est annoncé, les changements introduits par la réforme en cours.

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L’initiative est bonne mais le résultat peut paraître discutable : alors que le projet de loi sur les retraites va être examiné à l’Assemblée nationale à compter du 7 octobre 2013, le ministère des Affaires sociales et de la Santé, en charge du dossier, a mis en ligne le 11 septembre 2013 un « calculateur » pour aider les Français à savoir à quel âge ils pourront partir à la retraite et à quel âge ils pourront bénéficier d’une pension à taux plein (sans décote).

Baptisé « Retraite : à quel âge pour moi ? » et disponible sur le site consacré à la réforme des retraites, l’outil est censé répondre à ces deux questions « en tenant compte des évolutions envisagées dans le cadre du projet de réforme 2013 », est-il précisé. Concrètement, il est demandé aux internautes de mentionner leur date de naissance et le début de leur « activité régulière ». Soit « les périodes de travail au moins à mi-temps, de chômage indemnisé, d’arrêts maladie et de congés maternité ».

Simple rappel des bornes d’âges

Premier problème : comme on ne peut entrer qu’une seule date, les « trous » d’activité (congé sabbatique, travail à l’étranger, formation, chômage non indemnisé à la suite d’une démission…) ne peuvent être pris en compte. En outre, il n’est pas possible de stipuler si l’on fait partie de la catégorie dite « active » de la fonction publique (policiers, pompiers, militaires, infirmiers, égoutiers…) dont les agents ont la possibilité de partir plus tôt à la retraite. Ni si l’on bénéficie des dispositifs « carrière longue » ou « pénibilité » qui permettent aux actifs ayant commencé à travailler jeune et à ceux justifiant d’un certain taux d’invalidité de bénéficier d’une retraite anticipée. Du coup, le calculateur se contente de rappeler les bornes d’âges.

Quelle que soit la date d’entrée dans la vie active, le calculateur mentionnera ainsi aux internautes nés à partir de 1955 qu’ils pourront prendre leur retraite à 62 ans et percevront une pension sans abattement à 67 ans. En vérité, l’outil se limite à rappeler la loi Woerth de 2010 qui a instauré un recul de deux ans de l’âge légal de départ et de l’âge à taux plein et non la future réforme Ayrault. Le nombre de trimestres cotisés n’étant pas ici pas pris en compte, l’allongement de la durée de cotisation de 41,5 à 43 ans d’ici 2035, qui constitue le cœur du projet de loi, n’est pas perceptible.

 

Les trimestres pas comptabilisés

D’ailleurs, le calculateur précise que l’âge de retraite à taux plein peut être abaissé grâce aux jobs étudiants, au rachat de trimestres ou « si vous avez travaillé dans des conditions répertoriées comme pénibles ». « Cette estimation ne tient pas compte de la possibilité de partager, avec le père, la majoration de durée d’assurance de 2 ans par enfant né à partir du 1er janvier 2010 », est-il ajouté. Depuis cette date, le père peut, en effet avec l’accord de la mère et avant les quatre ans de l’enfant, bénéficier de 8 trimestres de cotisation au titre de l’éducation de l’enfant.

Le calculateur n’intègre pas non plus les trimestres octroyés aux apprentis ou le calcul des trimestres sur 150 heures Smic pour les temps partiels (au lieu de 200 heures Smic) prévus dans le projet de loi. « Retraite : à quel âge pour moi ? » ne fournit « qu’une estimation indicative », est-il, il est vrai, mentionné sur le site. Tout est dit.

 

 

Le simulateur de retraite « public » à l’eau

 

Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, avait annoncé, le 27 août 2013, le lancement d’un simulateur en ligne « public » dans le cadre de la réforme des retraites. Contrairement aux nombreux simulateurs disponibles (dont M@rel proposé par le GIP Info Retraite), celui-ci se baserait non plus sur les simples déclarations des internautes pour estimer le montant des pensions mais sur les données des caisses de retraite jugées beaucoup plus fiables.

Las, le simulateur n’est pas mentionné dans le projet de loi transmis le 5 septembre au Conseil d’Etat pour examen. Ce qui semble annoncer un abandon de cet outil, pourtant préconisé par la conseillère d’Etat Yannick Moreau dans son rapport sur les retraites en vue de développer le droit à l’information des assurés.

A noter : le simulateur Simul-retraite.fr, hébergé sur Toutsurlaretraite.com, se base déjà sur les données du relevé individuel de situation (RIS), que l’assuré peut demander à partir de 35 ans auprès de ses caisses de base et complémentaires par téléphone ou sur Internet. En revanche, il n’est pas encore paramétré pour calculer les retraites de la fonction publique et des régimes spéciaux (EDF, SNCF, RATP, Banque de France, Comédie française…).