Retraites : « le rapport Moreau n’apporte pas de changements drastiques »


Yannick Moreau, la présidente de la commission pour l'avenir des retraites, va remettre ce 14 juin 2013 en fin de matinée ses pistes de réforme au Premier ministre, Jean-Marc Ayrault. Philippe Burger, associé responsable Capital Humain au cabinet Deloitte, doute de l'efficacité de ses propositions.

retraite, reforme, moreau, deloitte, burger

Que pensez-vous du rapport Moreau ?

Le rapport Moreau ne me semble pas apporter de changements drastiques dans le sens où il dresse l’ensemble des leviers possibles de réforme de retraites. Une mesure efficace aurait été de reculer les âges de départs à la retraite, mesure la plus efficace sur le court terme pour restaurer l’équilibre financier du système. On risque ici de réitérer la mise en place de l’éventail de dispositifs de ces 25 dernières années qui n’ont pas véritablement prouvé leur efficacité.

Sauf l’alignement du mode de calcul des pensions du public sur le privé…
Cette proposition de calculer les retraites des fonctionnaires sur les dix dernières années au lieu des six derniers mois a pour effet de cristalliser le débat sur la comparaison du secteur public avec le secteur privé. Au-delà, on oublie d’autres mesures comme l’allongement de la durée de cotisation ou la désindexation des pensions, qui sont susceptibles d’avoir plus d’impact. Nous devrions envisager que les retraites des fonctionnaires soient basées sur les 25 meilleures années, comme pour les salariés. Progressivement, bien sûr comme cela a été mis en place pour les salariés du régime général.

Croyez-vous que le gouvernement désindexe les retraites de base ?
Je ne le pense pas. Ce serait politiquement trop dangereux pour l’actuelle majorité à la veille des élections municipales de 2014. D’autant que les retraites complémentaires sont déjà désindexées sur trois ans. Pour autant, la mesure ne serait pas dénuée de sens. Compte tenu de la crise, les salaires n’augmentent presque plus tandis que les retraités, dont les pensions sont indexées sur l’inflation, voient leurs revenus partiellement augmenter tous les ans.

Mais Yannick Moreau préconise de supprimer les niches fiscales et sociales dont bénéficient les retraités…
Oui, cet angle fiscal constitue même la surprise de ce rapport. Yannick Moreau propose d’aligner le taux plein de CSG des retraités sur celui des actifs, de supprimer l’abattement fiscal de 10% au titre des frais professionnels et de fiscaliser la majoration de pension de 10% octroyée aux parents de trois enfants et plus. Ce sont des mesures qui vont restaurer l’équilibre budgétaire de l’Etat mais pas celui des régimes de retraite. Il faudra s’assurer de la bonne allocation de ces ressources afin qu’elles profitent réellement aux caisses de retraite.

Ne trouvez-vous pas les mesures de pénibilité trop restrictives ?
Le rapport Moreau propose l’instauration d’un congé de retraite anticipée au titre de la pénibilité en retenant uniquement deux critères : le travail de nuit et l’exposition aux substances cancérigènes qui ont un impact attesté sur l’espérance de vie. Cela peut effectivement paraître restrictif compte tenu des critères fixés par l’accord sur la pénibilité de 2008. Mais cela est certainement justifié par l’état de notre système de retraite qui demande un effort général du plus grand nombre.

Que peut-on faire pour améliorer le cas des polypensionnés ?
La seule solution pour régler le problème des polypensionnés dont certains sont pénalisés dans le calcul de la pension serait d’instaurer un régime unique. Nous en sommes loin. Toutefois, la convergence des âges de départ et des durées de cotisation limitent les effets défavorables. Il ne faut pas non plus oublier que les taux de cotisation différent d’un régime à un autre. Certains polypensionnés touchent moins mais parce qu’ils ont moins cotisé.

Quid des carrières incomplètes ?
Il existe déjà des dispositifs de reconnaissance de périodes non cotisées, comme les grossesses et la maternité ou le chômage indemnisé. Il faudrait faciliter les rachats des années d’études supérieures validées par un diplôme. Mais on ne peut pas financièrement instaurer un revenu pour tout le monde, comme les Suisses le projettent dans leur pays.

Propos recueillis par Jean-Philippe Dubosc