Retraites : « les fonctionnaires ne sont pas des privilégiés »


INTERVIEW - La ministre de la Fonction publique, Marylise Lebranchu, devrait rencontrer une nouvelle fois la semaine prochaine les syndicats au sujet de la réforme des retraites. Quoi qu'il sorte de ces entretiens, pour le directeur général de Préfon, Christian Carrega, il faut arrêter de stigmatiser les pensions des fonctionnaires.

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Tout sur la retraite.com : Pensez-vous que la future réforme des retraites va toucher les régimes de la fonction publique ?
Christian Carrega : Je ne sais pas. Je n’ai pas d’information à ce sujet. Mais ce qui est sûr, c’est que je n’apprécie pas que certains profitent du débat actuel pour pointer du doigt les fonctionnaires. Il est reproché aux régimes de la fonction publique d’avoir un mode de calcul de pension jugé plus favorable que celui des salariés (la retraite est calculée à partir des six derniers mois de traitement dans le public et à partir des 25 meilleures années de carrière dans le privé, NDLR). Il me semble un peu facile de trouver des boucs émissaires. Les agents de la fonction publique ne sont pas des privilégiés, loin de là. La conseillère d’Etat Yannick Moreau l’a souligné dans son rapport : les taux de remplacement (la différence entre le dernier salaire et la pension perçue, NDLR) sont équivalents dans le secteur public et le secteur privé. Or, plus que le mode de calcul de la retraite, c’est le taux de remplacement, soit ce que perçoivent au final les retraités, qui compte le plus.

 

Avec la montée du chômage, ce taux de remplacement ne risque-t-il pas de décrocher dans le privé ?
Il est vrai que les carrières sont de plus en plus « heurtées » dans le secteur privé alors qu’elles demeurent, dans leur grande majorité, linéaires dans la fonction publique. Les salariés risquent d’éprouver davantage de difficultés à cumuler 25 « bonnes » années de vie active. Ceci dit, les fonctionnaires aussi vont voir dans les années à venir leur taux de remplacement baisser. Je vous rappelle que les primes ne sont pas prises en compte dans le calcul des pensions de la fonction publique. Or, la part de ces dernières ne cesse de progresser dans la rémunération des agents. Ce phénomène est loin de concerner les seuls hauts fonctionnaires. A titre d’exemple, les primes peuvent représenter jusqu’à 40% de la rémunération d’une aide-soignante.

 

Le régime additionnel de la fonction publique (RAFP) n’a-t-il pas été justement créé pour résoudre ce problème ?
Oui mais le RAFP ne prend en compte les primes qu’à hauteur de 20% du traitement indiciaire. L’essentiel des primes percues n’est donc pas pris en compte dans le calcul de la pension. En outre, ce régime a été instauré seulement depuis 2005. Comme il s’agit d’un régime par capitalisation et qu’il est jeune, son rendement est pour l’instant faible. Aujourd’hui, le RAFP sert en moyenne une rente de moins de 40 euros par mois.

 

Le RAFP représente-t-il une concurrence pour Préfon ?
Non. Depuis la création du RAFP en 2005, le nombre de nos affiliés n’a cessé d’augmenter. Ce régime est récent et encore peu connu. Je pense que peu d’agents ont pris conscience qu’ils y cotisaient. Comme les salariés, la plupart des fonctionnaires ne détaillent pas le contenu de leur fiche de paye. Surtout, les agents de la fonction publique ont compris qu’ils allaient toucher moins à la retraite. Comme leur carrière et leur mode de calcul de pension sont moins complexes et plus lisibles que dans le privé, il leur est plus facile d’estimer leur future retraite. Selon notre dernier baromètre réalisé en juin auprès de nos affiliés, 54% déclarent avoir une idée relativement précise du montant de leur pension et la majorité d’entre eux l’estime insuffisant.

 

Ressentez-vous un effet « réforme des retraites » ?
Nous avons enregistré une hausse de 25% de nos affiliés au 1er semestre 2013 comparé au 1er semestre 2012. Cette progression est sûrement liée aux débats actuels sur les retraites qui génèrent une certaine inquiétude chez les actifs et notamment chez les fonctionnaires. Nous avons connu le même phénomène au moment de la réforme de 2010. La retraite revient alors dans l’actualité, ce qui amène les Français à se pencher sur la question. Chez les fonctionnaires, Préfon s’impose assez naturellement comme une des solutions pour préparer leur retraite. Ils nous connaissent. Nous leur inspirons confiance. Quand nous interrogeons nos prospects sur les placements retraite, 34% citent la complémentaire retraite juste derrière l’assurance vie avec 43% des intentions.

 

Les fonctionnaires seraient-ils moins réticents à la rente que les Français ?
C’est vrai que les Français n’aiment pas en général les produits d’épargne « tunnel » où il n’est pas possible de retirer ses fonds comme on le souhaite et qu’ils préfèrent percevoir un capital plutôt que des rentes viagères. Ce n’est pas un hasard si l’épargne retraite représente seulement 160 milliards d’euros d’encours en France dont uniquement 34,4 milliards d’euros pour la seule épargne retraite individuelle, contre 1.400 milliards d’euros pour l’assurance vie. Avec 400.000 affiliés et 11,6 milliards d’encours, Préfon fait un peu figure d’exception. En réalité, je pense que les fonctionnaires sont moins rétifs à la rente car ils sont plus attachés à la sécurité. Ils privilégient la certitude de toucher un complément de revenu à la retraite au rendement. Et puis, contrairement aux salariés, ils ne bénéficient pas de produits d’épargne retraite collective, abondés par leur employeur. En définitive, Préfon fait en quelque sorte office de Perco (plan d’épargne retraite collectif, NDLR) pour les fonctionnaires.

Propos recueillis par Jean-Philippe Dubosc

 

Une retraite complémentaire pour les fonctionnaires

 

Préfon est une association à but non lucratif créée le 8 mai 1964 par quatre fédérations de fonctionnaires (CFDT, CFTC, CFE-CGC et FO). Elle commercialise une retraite complémentaire, baptisée Préfon-Retraite, qui propose une rente viagère en contrepartie des cotisations versées. Ce régime facultatif est ouvert aux agents de la fonction publique, mais aussi à leurs conjoints, aux anciens fonctionnaires et aux agents non titulaires.

Ce contrat de groupe, souscrit auprès de CNP Assurances, offre des avantages fiscaux. Comme le plan d’épargne retraite populaire (Perp), le Corem (ex-Cref) et la CRH-CGOS (réservée aux fonctionnaires hospitaliers), elle permet de déduire les versements effectués dans l’année dans sa déclaration de revenus (3.703 euros au minimum et 29.625 euros au maximum en 2013).