Retraites : les fonctionnaires ouverts aux changements


EXCLUSIF. Les agents publics se montrent très perplexes quant à l'efficacité de la dernière réforme des retraites, selon la 4ème édition de L'Observatoire des retraites publiques Préfon / Toutsurlaretraite.com. Plus surprenant, ils sont favorables au développement de la retraite par capitalisation et à une fusion des régimes.

un homme et une femme sur un canapé

 

Les fonctionnaires ne sont décidément pas convaincus de la réforme des retraites de l’équipe Ayrault. Alors que la loi « garantissant l’avenir et la justice du système de retraites » a été publiée le 21 janvier 2014 au Journal Officiel, 88,8% d’entre eux estiment que d’autres réformes du système français des retraites seront nécessaires dans l’avenir, selon la 4ème édition de L’Observatoire des retraites publiques Préfon / Toutsurlaretraite.com réalisée auprès de 1.318 agents en activité de la fonction publique d’Etat, territoriale et hospitalière (554 répondants).
Du coup, les fonctionnaires n’hésitent pas à imaginer des solutions pour tenter de régler le problème du financement des retraites. Pour venir en aide au système par répartition, ils proposent ainsi de développer la retraite… par capitalisation. 63,8% souhaitent la mise en place d’un crédit d’impôt lié à la souscription d’un produit d’épargne retraite. Actuellement, les versements à Préfon-Retraite (réservé aux fonctionnaires), aux contrats Madelin (pour les travailleurs non-salariés) et au Perp donnent droit à une déduction fiscale. Un crédit d’impôt permettrait aux foyers non imposables de recevoir un chèque de l’Etat.

 

Crédit d’impôt incitatif

« Les fonctionnaires ont compris que nous sommes arrivés au bout des réformes paramétriques (qui jouent sur les âges de départ, la durée de cotisation ou les niveaux de cotisation, NDLR). Ils ont pris conscience de l’importance de se constituer un complément personnel qui vient s’ajouter aux régimes de retraite obligatoires », analyse le directeur général de Préfon, Christian Carrega. Les fonctionnaires sont, il est vrai, à bonne école en la matière. Lancé en 1967, Préfon-Retraite est le plus ancien régime français de retraite facultatif. Aujourd’hui, les fonctionnaires semblent vouloir que ce type de dispositif soit avantageux pour tous et pas seulement pour les plus gros contribuables. « Sur les 10.000 nouvelles affiliations que nous avons enregistrées en 2013, 39% proviennent d’agents de catégorie C (la moins bien rémunérée de la fonction publique, NDLR) », observe Christian Carrega.
Encore plus étonnant : les fonctionnaires ne se montrent pas farouchement opposés à une fusion entre les régimes publics et les régimes privés. 45,2% des agents publics se disent favorables à l’instauration d’un régime de retraite unique en annuités (basé sur les trimestres de cotisation) et 34% vont même jusqu’à proposer un régime unique en points (la valeur du point est fixée chaque année) ! « Les fonctionnaires restent attachés à leur statut et au service public, mais ça n’est pas contradictoire avec un alignement des régimes de retraites », estime Christian Carrega.

 

Pas contre une nouvelle hausse des cotisations

29,5% se contentent, toutefois, de militer pour un alignement progressif des paramètres du public sur le privé. Un mouvement déjà enclenché puisque la durée de cotisation des fonctionnaires et des salariés est la même depuis la loi Fillon de 2003. Par ailleurs, la réforme des retraites de 2010 a instauré un rattrapage des niveaux de cotisations vieillesse du public sur le privé d’ici 2020. En réalité, seul le mode de calcul des pensions demeure différent (25 meilleures années de carrière dans le privé, 6 derniers mois de traitement dans le public). « Le rapport de la conseillère d’Etat Yannick Moreau (qui a servi de base de travail à la réforme des retraites, NDLR) montre que au-delà de la méthode de calcul, le taux de remplacement (la différence entre la pension perçue et le dernier traitement, NDLR) entre public et privé n’est guère différent », rappelle Christian Carrega.
Alors que la dernière réforme des retraites prévoit une augmentation des cotisations vieillesse de 0,30 point de 2014 à 2017, 18,4% préconisent une nouvelle hausse des cotisations. « C’est un pourcentage important sachant que le point d’indice de la fonction publique est gelé depuis quatre ans », souligne Christian Carrega. En revanche, ils rejettent en bloc toute baisse des pensions (seulement 2,6% citent cette mesure). Ils savent que cela pénaliserait les retraités actuels mais également leurs futures retraites, une telle baisse ayant peu de chance d’être compensée.

 

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