Retraites : les Français vont partir entre 2,5 et 3 ans plus tard


D'après une étude présentée le 2 décembre 2015, les femmes âgées de 35 ans vont prendre en moyenne leur retraite à 64 ans et leurs homologues masculins à 65 ans. Sans les différentes réformes des retraites, ces assurés seraient respectivement partis à 61,5 et 62 ans.    

Les différentes réformes des retraites vont faire sentir leurs effets dans les années à venir

Plus ils sont jeunes et plus les Français vont devoir travailler longtemps. Selon une étude menée par le ministère des Affaires sociales et dévoilée le 2 décembre 2015 à l’occasion du colloque annuel du Conseil d’orientation des retraites (COR), les hommes actuellement âgés de de 55 ans vont quitter la vie active en moyenne à 63 ans et leurs homologues féminines à 63,5 ans.

Les hommes âgés de 35 ans vont, eux, prendre leur retraite à 65 ans tandis que les femmes trentenaires partiront à 64 ans. Ces âges de plus en plus avancés de départ à la retraite résultent des effets conjugués des différentes réformes des retraites instaurées en France depuis 1993. Sans ces réglementations, l’âge de départ à la retraite se serait situé respectivement à 61 ans et 61,2 ans pour les hommes et les femmes de 55 ans. Il aurait atteint 62 et 61,5 ans pour les hommes et femmes de 35 ans. Soit un écart de 2,5 à 3 ans !

Impact fort de la loi Woerth de 2010

De toutes les réformes, c’est sans conteste la loi Woerth de 2010 qui a le plus d’impact sur l’âge de départ. Normal : le texte a notamment reporté de 60 à 62 ans l’âge légal, c’est-à-dire l’âge à partir duquel les assurés sont autorisés à prendre leur retraite. A elle-seule, la réforme repousse en moyenne l’âge de départ de 18,2 mois pour les actifs de 55 ans et de 18,3 mois pour ceux de 35 ans.

La loi Fillon de 2003 décale, elle, le départ des quinquas de 5,7 mois et de 7,1 mois pour les trentenaires. Cette montée en charge s’explique par l’allongement progressif de la durée de cotisation mis en place par le texte. Cette réforme a fait non seulement passer le nombre de trimestres de cotisation exigé pour percevoir une pension de base pleine (sans abattement) de 160 trimestres (40 ans) à 164 trimestres (41 ans), mais elle a aligné la durée d’assurance du secteur public sur celle du privé.

Effets contrastés pour la réforme Touraine de 2014

Contre toute attente, les effets de la loi Balladur de 1993, loin de s’amenuiser, vont aller grandissants. Ils vont engendrer un recul moyen de l’âge de départ à la retraite de 2,8 mois pour les assurés de 55 ans et de 4,7 mois pour ceux de 35 ans. Le texte a introduit, il est vrai, une « décote » de 10% sur le montant de la pension de base du privé par année de cotisation manquante. Certes, cette minoration a été abaissée à 5% par année manquante (et étendue au secteur public) par la loi Fillon de 2003. Il n’empêche, la mesure demeure d’autant plus dissuasive que le nombre de trimestres à justifier ne cesse de s’allonger.

Il s’agit d’ailleurs du cœur de la réforme Touraine de 2014 qui porte la durée d’assurance à 172 trimestres (43 ans) pour les assurés nés à partir de 1973. Du coup, le texte décale de 3,8 mois le départ des actifs de 35 ans. En revanche, ceux de 55 ans, peu concernés par l’allongement qui démarre à compter de 2020, voient leur âge moyen de départ avancer de 0,2 mois sous l’effet des mesures dites de « justice » (validation de trimestres sur la base de 150 heures payées au Smic au lieu de 200 heures Smic, prise en compte de la totalité du congé de maternité…) de la loi du 20 janvier 2014.

Influence grandissante de l’allongement de la durée de cotisation

Le décret du 2 juillet 2012 signé par François Hollande fait « gagner », de son côté, 0,8 mois aux quinquas et 0,3 mois aux trentenaires. Le document met en place, il est vrai, une extension du périmètre du dispositif carrière longue qui permet aux assurés ayant commencé à travailler jeune et disposant de tous leurs trimestres de partir plus tôt à la retraite.

Autre enseignement de l’étude présentée le 2 décembre : si ce sont les mesures concernant l’âge d’ouverture des droits qui retardent le plus le départ des actifs de 55 ans (10,5 mois), l’impact le plus fort pour ceux âgés de 35 ans découle de l’allongement de la durée de cotisation (15,8 mois). Du coup, les femmes trentenaires seront moins obligées de décaler leur départ que leurs homologues masculins (31,7 mois, contre 35,3 mois) grâce aux trimestres octroyés au titre de la maternité.

 

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