Retraites : « On va être obligé de réformer à nouveau dans quatre ans »


INTERVIEW - Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a confirmé qu'un projet de loi sur les retraites sera présenté en septembre. Pour Florence Legros, professeur d'économie à Paris Dauphine et spécialiste des questions de retraite, le texte ne devrait pas régler le besoin de financement du système.

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 Toutsurlaretraite.com : Que pensez-vous de la réforme des retraites annoncée pour cet automne ?
Florence Legros : Je trouve cela courageux de la part du gouvernement de s’attaquer à ce chantier. Toutefois, on semble s’orienter vers une réforme qui se situe très loin de ce que l’on pouvait imaginer. La loi Woerth de 2010 avait prévu un rendez-vous majeur en 2013. Cela devait être un « big bang » de la retraite à l’issue duquel on serait passé du système par annuités actuel à un système par points comme en Suède. On aurait alors pu aller vers un régime unique en lieu et place des 35 régimes actuels. La CFDT avait beaucoup travaillé sur la question.

 

Ce syndicat n’y semble plus autant attaché…
C’est vrai que la CFDT a mis l’instauration d’un régime unique par points au second plan. Ils savent qu’ils sont presque la seule organisation syndicale à défendre ce système qui harmoniserait les régimes et donc supprimerait certains avantages. Leur prise de position de 2010 leur a coûté cher : ils ont perdu des voix aux élections professionnelles. Ils ont mis en sourdine leur revendication par stratégie syndicale.

 

Une réforme « systémique » était-elle possible compte tenu des déficits des régimes ?
Mais le déficit n’est pas si élevé ! De toute façon, on ne nous donne pas les bons chiffres. Depuis la loi Fillon de 2003, le COR (Conseil d’orientation des retraites, NDLR) minimise les chiffres du chômage. Dans leur scénario le plus pessimiste, son taux s’élèverait à 7,5% alors que le pays n’a pas connu un tel niveau depuis des décennies. Ceci dit, ce n’est pas le taux élevé du chômage qui pose problème, c’est le fait qu’il n’ait pas baissé depuis longtemps.

 

N’êtes-vous pas un peu trop dure avec le COR ?
Il est dommage que cet organisme consultatif ne se compose pas majoritairement de techniciens, d’économistes, de démographes. Comment se fait-il que le président du COR soit un juriste et pas un démographe ? On ne fait pas assez confiance aux démographes dans notre pays alors que les retraites relèvent avant tout de la démographie.

 

La réforme à venir ne servira-t-elle donc à rien ?
Il aurait fallu trouver de nouveaux moyens durables pour financer notre système des retraites. A la place, on va modifier quelques paramètres par ici et par là. Dans quatre ans, on va devoir soulever encore le couvercle de la marmite et on va être obligé de réformer à nouveau.

Propos recueillis par Jean-Philippe Dubosc

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