Retraites : très peu de fonctionnaires mobilisés contre la réforme


Environ 79% des agents de la fonction publique ne comptent pas manifester contre le projet de loi sur les retraites, selon la 2ème édition de L'Observatoire des retraites publiques Préfon / Toutsurlaretraite.com. Près de 60% d'entre eux jugent « supportable » la hausse des cotisations prévue dans la réforme.

des personnes en train de manifester

 

Est-ce par raison ou par fatalisme ? Près de 8 fonctionnaires sur 10 (78,7%) n’envisagent pas de participer à des manifestions contre la réforme des retraites. Tel est le principal enseignement de la 2ème édition de L’Observatoire des retraites publiques Préfon / Toutsurlaretraite.com publiée le 31 octobre 2013. D’après cette enquête menée auprès de 2.424 agents de la fonction publique d’Etat, territoriale et hospitalière, seuls 21,3% des 578 répondants déclarent être prêts à manifester contre le projet de loi sur les retraites, actuellement débattu au Sénat.

Ce résultat n’est pas totalement étonnant au vu de la très faible mobilisation à l’encontre du texte. La journée de manifestation, organisée le 10 septembre 2013 à l’appel de la CGT, de FO, de la FSU et de Sud Solidaires, a rassemblé 360.000 personnes selon la CGT (155.000 d’après la police). A titre de comparaison, les 264 cortèges contre la précédente réforme avaient réuni, le 16 octobre 2010, 3 millions de manifestants selon la CGT (825.000 pour la police). La ministre des Affaires sociales et de la Santé, Marisol Touraine, ne manque d’ailleurs jamais une occasion de rappeler que l’opinion publique ne semble pas hostile au projet de loi puisque (presque) personne ne défile dans les rues.

 

Pas touche au mode de calcul

Ce à quoi l’opposition répond que ce calme apparent est normal puisque le gouvernement a exclu du texte tous les sujets qui fâchent. C’est notamment le cas des retraites publiques. Non seulement l’exécutif n’a pas pris en compte les déficits des régimes de la fonction publique au motif qu’ils relèvent peu ou prou du budget de l’Etat, mais il a refusé de toucher au mode de calcul des pensions des fonctionnaires (basé sur les 6 derniers mois de traitement et non sur les 25 meilleures années de carrière dans le privé).

L’équipe Ayrault a justifié cette décision par les taux de remplacement (le ratio entre la dernière rémunération et la pension perçue) quasiment identiques entre le public et le privé. Le gouvernement a également argué que si on changeait la durée de référence du mode de calcul, il faudrait intégrer les primes jusqu’ici non comptabilisées dans la rémunération de référence. Ce qui finirait par coûter plus cher aux régimes de la fonction publique. Soit l’inverse du but recherché !

On comprend mieux pourquoi, dans ces conditions, les fonctionnaires ne souhaitent pas manifester contre un texte qui ne remet pas en cause leurs avantages. D’ailleurs, dans son dernier communiqué contre le projet de loi sur les retraites diffusé le 30 octobre, la FSU, la première organisation syndicale de la fonction publique, parle des jeunes, des retraités, des salariés mais se garde bien d’évoquer le sort des… fonctionnaires.

 

Les comptes pénibilité pour tous

Ces derniers semblent, de toute façon, résignés. Toujours d’après la 2ème édition de L’Observatoire des retraites publiques Préfon / Toutsurlaretraite.com, 59% estiment « supportable » la hausse de 0,30 point des cotisations vieillesse de 2014 à 2017 prévue dans le projet de loi sur les retraites. Il y a même une mesure de la réforme qu’ils plébiscitent : le compte personnel de prévention de la pénibilité. 70,8% des agents souhaitent l’extension à la fonction publique de ces comptes réservés aux salariés exposés aux risques professionnels sur lesquels ils cumulent des points leur permettant, notamment, de partir plus tôt à la retraite.

 

Problème : le gouvernement a exclu les fonctionnaires du dispositif au motif que la catégorie dite « active » de la fonction publique permet déjà à des agents dont les conditions de travail sont jugées difficiles de partir à 57 ans, voire 52 ans, au lieu de 62 ans. Les fonctionnaires ne semblent pas l’entendre de cette oreille et souhaitent eux-aussi avoir accès aux comptes pénibilité qui seront instaurés à partir de 2015. Conscients de cette attente, les syndicats de la fonction publique ont d’ores et déjà réclamé une extension du dispositif au secteur public. Au risque d’ouvrir la porte à une remise en cause de la catégorie active.

 

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