Touraine : « La réforme des retraites sera une réforme de gauche »


INTERVIEW - Jean-Marc Ayrault vient d'annoncer la composition de la commission pour l'avenir des retraites. Dans une interview exclusive, la ministre des Affaires sociales et de la Santé, Marisol Touraine, détaille les missions de cette commission et esquisse les grandes lignes de la future réforme des retraites.

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Toutsurlaretraite.com : La commission pour l’avenir des retraites vient d’être nommée. Sur quels critères ses membres ont-ils été choisis ?

Marisol Touraine : La diversité des expertises : tel a été le maître mot de la constitution de la commission pour l’avenir des retraites. Nous voulons croiser les regards : regards d’experts et de praticiens, de démographes, d’économistes, de sociologues, de spécialistes de la protection sociale et de connaisseurs de l’entreprise.

Quelles sont les missions de cette commission ?

Nous nous étions engagés sur une méthode et un calendrier : nos engagements sont tenus. Tout ce que nous avons annoncé lors de la conférence sociale du juillet 2012 se met en place. La phase de diagnostic s’est conclue par les deux rapports du COR (Conseil d’orientation des retraites, NDLR). Nous entrons dans une nouvelle phase, où la commission pour l’avenir des retraites est chargée de proposer des scénarios de réforme. Elle consultera les acteurs concernés. Elle fait ainsi le pont entre le diagnostic du COR et la concertation, qui s’engagera ensuite entre le gouvernement et les partenaires sociaux. Elle permettra ainsi que le débat soit le plus éclairé et transparent possible.

Une réforme dite « systémique », c’est-à-dire une remise à plat de l’ensemble du système, sera-t-elle étudiée ?

L’enjeu premier, c’est de redonner confiance aux jeunes dans notre système de retraite par répartition, en le modernisant, en le rendant plus juste et plus lisible. C’est cela, une réforme de gauche. Il ne s’agit pas de tout changer si ce n’est pas justifié. Aucune piste ne doit être écartée a priori. L’objectif est bien de remettre à plat ce qui doit l’être, avec courage, et en disant la vérité aux Français. C’est notre responsabilité pour préserver et adapter notre modèle de protection sociale aux enjeux de demain. C’est une priorité pour le gouvernement de Jean-Marc Ayrault.

Les régimes de fonctionnaires et les régimes spéciaux seront-ils abordés ?

La commission pourra tout à fait le faire. Comment pourrait-elle se désintéresser complètement des salariés du secteur public et des régimes spéciaux ? Surtout quand on sait que beaucoup de retraités ont connu des carrières mêlant passages dans le public et dans le privé, notamment ceux qu’on appelle les « polypensionnés ».
Toutefois, je ne veux pas opposer les uns aux autres. La modernisation de notre système ne reposera pas sur l’opposition entre le public et le privé, ou entre les générations. Certaines questions sont communes à tous les régimes, d’autres sont spécifiques, mais toutes requerront notre attention pour pérenniser notre système de retraite.

Quelle est la suite du calendrier ?

Comme prévu, la commission rendra ses travaux au printemps et une concertation s’engagera ensuite avec les partenaires sociaux.

Quand la loi réformant les retraites devrait-elle être présentée au Parlement ?

A l’issue de la concertation avec les partenaires sociaux, le gouvernement annoncera ses orientations. Notre méthode est celle définie par le président de la République. D’abord le temps du diagnostic et de la consultation, puis de la concertation. Et enfin, le moment venu, le gouvernement prendra ses responsabilités sur cet enjeu majeur pour nos concitoyens.

Propos recueillis par Jean-Philippe Dubosc

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