Un tiers des gains d’espérance de vie consacrés à la retraite


Une étude de l'Insee démontre qu'environ un tiers des gains d'espérance de vie à 60 ans se traduisent par une augmentation de la durée de vie passée à la retraite. Un ratio qui correspond à celui visé par la loi Fillon de 2003, mais atteint uniquement grâce aux réformes ultérieures de 2010 et 2014.  

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L’espérance de vie des retraités Français ne cesse d’augmenter. Alors qu’en 1994, il restait en moyenne 19,7 années à vivre pour un homme et 25 années pour une femme, ces chiffres atteignent respectivement 23,1 et 27,7 années à fin 2014 selon l’Insee. Dans son étude Economie & Statistique publiée jeudi 19 février 2015, l’Institut national de la statistique et des études économiques tente de discerner la part de ces gains d’espérance de vie consacrée à l’allongement de la durée de la retraite.

Plus précisément, l’Insee tâche de mesurer l’impact des réformes menées en 2003, 2010 et 2014 sur le partage des gains d’espérance de vie entre la retraite et la vie active. « Ce constat sur le sens des inégalités ne concerne bien sûr que la durée de la retraite, sans préjuger des avantages ou désavantages éventuels sous d’autres aspects », rappellent les auteurs.

L’étude part d’un scénario de base : si l’âge de départ en retraite avait été maintenu à 60 ans, avec une durée d’assurance requise de 40 ans pour obtenir une pension à taux plein, 81% des gains d’espérance de vie à 60 ans se seraient traduits par une augmentation de la durée de retraite. La loi Fillon de 2003 a fixé à cet égard un objectif fixe : un tiers de l’allongement de la durée de vie doit se répercuter sur la durée de retraite.

La réforme de 2014 a corrigé celle de 2010

Pour autant, la réforme Fillon n’a pas été assez efficace : si le ratio a largement diminué, la seule réforme de 2003 l’aurait porté à 56% en moyenne, un niveau bien supérieur aux 33% visés. A l’inverse, la réforme appliquée en 2010, qui a notamment instauré le recul progressif l’âge légal de départ de 60 à 62 ans, a eu un impact considérable sur l’évolution du temps passé à la retraite. Alors que les gains d’espérance de vie à 60 ans représentent 5,2 années, l’allongement de la durée de retraite se limiterait à 1,4 an, soit un ratio de 27% seulement, si les paramètres de la réforme de 2010 avaient été maintenus.

La loi du 20 janvier 2014 apporte cependant une correction à cette trajectoire. Avec les paramètres de retraite actuellement en vigueur (âge légal de 62 ans, durée de cotisation relevée progressivement à 43 ans, annulation de la décote à 67 ans), l’allongement de la durée de vie passée en retraite correspond à un tiers des gains d’espérance de vie à 60 ans, soit 1,7 année. « Les réformes ont ainsi fait passer d’une situation où les générations futures auraient été favorisées du point de vue du partage des gains d’espérance de vie à 60 ans [le scénario de base, NDLR], à une situation où ce sont les générations les plus anciennes qui apparaissent les plus favorisées, surtout du fait de la réforme de 2010 qui a fortement affecté les générations nées à partir du milieu des années 1950 », concluent les auteurs.