Une prime pour inciter les seniors à travailler plus longtemps


L'Institut Montaigne préconise de verser une prime aux salariés qui acceptent de rester en activité au-delà de l'âge de départ à la retraite. Une manière d'augmenter le nombre de cotisants, de réduire le nombre de retraités et de permettre ainsi aux régimes de résorber leurs déficits.    

20% de plus de salaire pour travailler après 62 ans ?

Et si pour équilibrer les finances des caisses de retraite, on incitait financièrement les sexagénaires à travailler plus longtemps ? Voilà une des propositions pour le moins originale d’une note de l’Institut Montaigne intitulée « Emploi des seniors : levier de croissance et de bien-être », rendue publique le 19 juin 2015.

Le laboratoire d’idées rappelle que les déficits des régimes de retraite résultent en grande partie des déséquilibres démographiques : il y a de moins en moins de cotisants pour financer les pensions de plus en plus de retraités. « Il n’y aurait, à conditions inchangées, plus que 1,5 actif pour 1 inactif de plus de 60 ans en 2060 contre 2,1 en 2010. De ce fait, le déficit des caisses de retraites va s’accroître, le poids du financement de la retraite sur les jeunes générations sera de plus en plus fort et le maintien du pouvoir d’achat des seniors dans les décennies à venir semble difficile à garantir », s’alarme le « think tank ».

Une démarche volontaire

D’où l’idée de maintenir plus longtemps au travail les seniors afin d’augmenter le nombre de cotisants tout en réduisant le nombre de pensionnés. Certes, l’Institut Montaigne reconnaît que des progrès notables ont été réalisés en la matière. Le taux d’activité des 55-59 ans a augmenté en France de 11,8 points entre 2007 et 2015, passant de 55,3% à 67,1%. Un pourcentage supérieur à la moyenne (65,8%) des pays riches, membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Problème : au-delà de cette classe d’âge, la situation se détériore nettement. Le taux d’activité des 60-64 ans ne s’élève plus qu’à 21,7% dans l’Hexagone, contre 41% en moyenne dans l’OCDE. Chez les 65 ans et plus, il se situe à 5,9% en France et à 19,3% en moyenne dans l’OCDE. Pour inciter les Français à travailler au-delà de 60 ans, l’Institut Montaigne préconise la mise en place d’une prime « maintien de l’emploi » pour les seniors. « Cette mesure consisterait à verser une prime au salarié qui continuerait de façon volontaire à travailler alors qu’il a atteint l’âge de la retraite ».

 

20% de salaire en plus

Au-delà de 62 ans, l’actif pourrait ainsi toucher par an l’équivalent de 20% de son salaire en plus. De son côté, l’entreprise bénéficierait d’un allègement des charges patronales de 20%. La prime « maintien de l’emploi » et les réductions de charges seraient financées par les caisses de retraite grâce aux économies réalisées par le non versement des prestations. Sur 100 euros de pension qu’elle aurait dû verser au salarié s’il était parti à la retraite, la caisse reverserait 20 euros pour la prime et 46 euros pour les allègements de charges, ce qui lui permettrait de garder 34 euros dans sa poche.

Au final, selon l’Institut Montaigne qui s’appuie sur une étude du cabinet de conseil Roland Berger, les caisses de retraite pourraient économiser jusqu’à 4,8 milliards d’euros par an si les Français acceptaient de travailler après 62 ans. Sur cette somme, 0,9 milliard seraient affectés à la prime et 2,2 milliard aux charges. « Cela représenterait une économie nette de 1,6 milliard d’euros par an », souligne l’institution créée par le fondateur de l’assureur Axa, Claude Bébéar.

Entreprises gagnantes

A en croire le « think tank » d’obédience libérale, l’opération serait également gagnante pour les salariés et pour les entreprises. Les premiers verraient non seulement leur pouvoir d’achat augmenter, mais ils continueraient à cotiser à la retraite et se constitueraient à terme une meilleure pension. Les secondes bénéficieraient d’un allègement de leurs charges.

Si 10% des seniors d’une même classe d’âge adhéraient au mécanisme, « cela représenterait une baisse du coût du travail de 2,2 milliards d’euros par an et permettrait de renforcer la compétitivité des entreprises françaises », estime l’Institut Montaigne.

 

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