Marchés financiers : quelle tendance pour les cours des actions en 2021 ?


Faut-il anticiper une poursuite du rebond ou une rechute pour l’année 2021 sur les marchés actions, après le rallye consécutif au krach boursier éclair de début 2020 ? Analyse d’experts sur l’évolution des marchés boursiers au quatrième trimestre, les facteurs de risques et d’appréciation des cours et les tendances à attendre pour 2021 dans le contexte de l'épidémie du nouveau coronavirus.

Après un effondrement éclair pire que celui de 2008 en février-mars, les marchés actions ont vivement rebondi. Alors que les campagnes vaccinales ont débuté, les incertitudes sur les perspectives de reprise de la croissance économique restent fortes dans le monde entier. Faut-il craindre une rechute ou espérer une poursuite du rebond en Bourse d’ici la fin de l’année 2021 ?

Analyse de l’évolution des marchés financiers au quatrième trimestre 2020

Indice boursierÉvolution T4 2020Évolution T3 2020Évolution T2 2020Évolution T1 2020Évolution 2020Évolution 2019
Source : IDMidCaps
CAC 40
+15,6%
-2,7%
+12,3%
-26,5%
-7,1%
+26,4%
CAC Mid&Small
+14,7%
+3,4%
+18,3%
-29,7%
-1,3%
+19,0%
CAC All-Tradable
+16,5%
-1,8%
+12,8%
-26,8%
-3,1%
+25,1%
CAC Mid 60
+13%
+3,5%
+18,3%
-29,7%
-2,8%
+19,7%
CAC Small
+24,4%
+3,3%
+18,7%
-29,7%
+7,2%
+15,2%
Euronext Growth+19,8%
+10,4%
+22,8%
-19,6%
+31,2%
+3,5%
EuroStoxx 50
+11,2%
-1,3%
+16%
-25,6%
-5,1%
+24,8%
MSCI World
+13,6%
+7,2%
+18,8%
-21,4%
+14,1%
+25,2%
S&P500+11,7%
+8,5%
+19,9%
-20,0%
+16,3%
+28,9%
Dow Jones (DJIA)+10,2%
+7,6%
+18,6%
-23,2%
+7,3%
+22,3%
Nasdaq A00+12,9%
+12,4%
+30%
-14,2%
+47,6%
+35,2%

2020 va rester dans les annales sur les marchés financiers. Marquée du sceau de la crise de la Covid-19, l’année écoulée a tout connu : de l’euphorie initiale au flou le plus total à la fin du mois de février, illustrée par un krach éclair jusqu’à la mi-mars, avant un redressement plus ou moins rapide ou marqué selon les places boursières et le type de titres, à la faveur des plans de soutien gouvernementaux et des politiques monétaires ultra-accommodantes des banques centrales.

La levée des incertitudes en novembre (élection de Joe Biden aux Etats-Unis, annonce de l’efficacité des vaccins) a permis aux actions de connaître leur meilleur mois depuis plus de trente ans et aux indices américains de clôturer l’année sur de nouveaux records absolus. De -7,1% pour le CAC 40 à +47,6% pour le Nasdaq 100, les actions ont fini en ordre dispersé, démontrant au passage le statut de valeur de refuge des grandes valeurs technologiques américaines, à l’image du parcours boursier spectaculaire des Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) et plus encore de Tesla, dont la valeur a été multipliée par huit en 2020 !

Perspectives des marchés financiers pour 2021

L’expérience de 2020 montre que tout peut arriver, ce qui tend à relativiser la portée des prédictions. Il n’empêche : le consensus qui semble se dégager est plutôt celui d’une perspective haussière des cours.

Marchés actions incontournables

Après cette année chaotique, un exercice 2021 moins acrobatique se profile. « L’annonce de Pfizer et BioNTech sur l’efficacité de leur vaccin en novembre a constitué un véritable game changer pour les marchés, analyse Alexandre Baradez, responsable des analyses de marché d’IG France. L’horizon s’est éclairci, la vaccination empêchera toute rechute forte et prolongée des cours, même si on ne peut exclure des corrections temporaires ».

La plupart des spécialistes anticipent globalement une année plutôt bonne pour les actions. D’abord parce qu’après une récession historique, un rebond de l’économie est attendu par tous, même s’il sera moindre qu’initialement anticipé, le retour aux niveaux d’activité d’avant-crise ne devant pas intervenir avant 2022 voire 2023. « Nous pensons que la croissance des bénéfices favorisée par une vive reprise de l’économie devrait l’emporter sur un moindre soutien des banques centrales, par rapport à 2020 et emmener les marchés actions plus haut qu’aujourd’hui », résume Frédéric Rollin, conseiller en stratégie d’investissement chez Pictet AM. Ensuite parce que faute d’alternative plus rémunératrice, au regard du niveau historiquement bas des taux d’intérêt et des rendements obligataires dans le monde entier, les portefeuilles doivent rester investis en actifs risqués.

« Le spread ou écart de rendement des actions par rapport au taux des obligations sans risque se situe autour de 6%, ce qui est exceptionnel dans un monde où on ne trouve plus de rendement, observe Stéphane Levy, stratégiste et responsable de l’innovation chez Chahine Capital. Cette prime de risque, qui mesure l’excès de rendement théorique offert par les actions au regard des perspectives de bénéfices, se compare à une moyenne de l’ordre de 5% sur 20 ans. Il n’y a aucune raison de ne pas revenir vers ces niveaux moyens. C’est ce qui m’amène à penser que le renchérissement n’est pas achevé ».

Le choix des actions s’impose donc, quelle que soit la durée de détention. « Dans un contexte de taux négatifs, les actions ne peuvent pas être négligées sur un horizon de placement à moyen terme : leur performance annualisée se situera probablement dans une fourchette de 5 à 7% à 5 ans, en incluant les distributions de dividendes, jauge Frédéric Rollin. C’est la classe d’actifs liquides la mieux exposée au retour de la croissance économique mondiale ».

À court terme, la remontée n’est peut-être pas achevée. « La dynamique des marchés est clairement haussière, constate Stéphane Levy. Tous les indices sont au-dessus de leur moyenne mobile à 200 jours et l’observation statistique montre que la saisonnalité est bonne pour les actions jusqu’au mois de mai. Des catalyseurs sont susceptibles de conforter la tendance, comme la reprise des distributions de dividendes ou l’assouplissement des règles de Solvabilité 2 attendue par les assureurs, qui leur donnerait une bouffée d’oxygène en leur permettant d’investir davantage en actifs risqués, actions en tête ».

Risque de correction

Cependant, le risque de correction ne peut être écarté, les valorisations intégrant d’ores et déjà une large part de la remontée des bénéfices attendue en 2021, aux quatre coins de la planète. « Les marchés ont valorisé très en avance la reprise de la croissance des bénéfices, souligne Alexandre Baradez. Il est frappant de voir que l’indice S&P 500 se paie quasiment 30 fois ses bénéfices, largement au-dessus de sa moyenne de long terme. L’annonce des résultats du quatrième trimestre 2020 ou du premier trimestre 2021 permettra de vérifier valeur par valeur si les chiffres publiés sont en concordance avec ce que le marché a anticipé. Dans le cas contraire, les sanctions tomberont, lorsque les investisseurs se rendront compte qu’ils ont payé trop cher telle ou telle valeur ».

Actions européennes : contexte plus propice aux valeurs cycliques et au style value ?

Ce qui pose la question des secteurs et titres à privilégier. Les valeurs favorites de 2021 seront-elles les mêmes qu’en 2020 ? Pas nécessairement. « La direction du marché est claire, mais les différentes catégories de valeurs vont se comporter à l’avenir de manière différente par rapport à la décennie précédente. Les titres à forte lisibilité qui ont le plus profité de la baisse des taux d’intérêt comme Air Liquide, Danone ou L’Oréal ne bénéficieront plus de ce moteur pour les soutenir », estime Stéphane Levy. « On voit mal comment les banques centrales pourraient intervenir davantage et le marché anticipe un retour de l’inflation à moyen terme. La thématique de la baisse des taux qui a favorisé les valeurs refuge, ne pourra plus jouer avec la même puissance qui a favorisé l’inflation de ces actifs », confirme Alexandre Baradez.

Les mouvements de marché des dernières semaines peuvent mettre les investisseurs sur la voie. En effet, une rotation sectorielle (réallocation des portefeuilles, NDLR) a commencé à s’opérer dès le mois de novembre, au profit des petites et moyennes valeurs et des titres jusque-là délaissés. « Les small caps sont l’un des segments les plus intéressant pour jouer le thème de la normalisation de l’économie, relève Alexandre Baradez. Les indices européens, qui comportent davantage de valeurs cycliques, devraient davantage tirer leur épingle du jeu qu’en 2020 ».

Pour Stéphane Levy, l’intérêt pour la value (titres décotés, NDLR) ne s’explique pas uniquement par des raisons conjoncturelles. « Nous assistons à un changement d’ère : nous sommes arrivés à la fin d’une longue séquence de baisse ininterrompue des taux d’intérêt, qui a eu pour conséquence de renchérir très puissamment la quasi-totalité des classes d’actifs, expose-t-il. Dans ce contexte, les investisseurs ont été progressivement amenés à prendre plus de risque pour trouver du rendement. Ce phénomène de renchérissement n’est pas totalement terminé : il devrait en toute logique se propager aux segments des marchés actions les plus dégradés comme les valeurs bancaires, l’énergie, les minières, les valeurs cycliques d’une manière générale ». « Si les valeurs de croissance restent notre conviction la plus forte à long terme, notre préférence va momentanément aux valeurs cycliques, notamment dans les secteurs des matériaux de base (ciment, acier) ou des matières premières », complète Frédéric Rollin.

Momentum moins favorable aux valeurs technologiques US

Les valeurs technologiques en général et les Gafam en particulier pourront-elles rééditer leur exploit boursier de 2020 ? « Le Nasdaq et le S&P 500 sont très dépendants des valeurs technologiques qui ont été surjouées par le marché, tempère Alexandre Baradez. Le catalyseur de l’action des banques centrales s’atténue et les facteurs de risques (antitrust, fiscalité, réglementation) auront plus de force, après avoir été relégués au second rang, tant les Gafam ont bénéficié de leur statut de refuge face au risque sanitaire. Les flux devraient également moins jouer en leur faveur, les stock pickers (spécialistes de la sélection de titres, NDLR) préférant investir là où les multiples de valorisation soit les moins élevés ».

Comme toujours, la sélectivité s’impose, peut-être plus encore qu’à l’accoutumée. « Les valeurs de croissance constituent à mon avis un vaste gisement pour piocher les bons titres pour les années à venir mais globalement, elle ne feront ni mieux, ni moins bien que les actions en général, considère Stéphane Levy. Le segment de la value est le plus attractif mais aussi le plus risqué. On peut le décomposer en trois sous-ensembles : le secteur financier, qui ne devrait plus sous-performer, la value cyclique comme les valeurs minières ou de l’énergie qui vont mécaniquement profiter de la reprise de l’économie, ne serait-ce que grâce à un effet de base favorable en 2021 par rapport à 2020, et la value domestique comme les utilities (services aux collectivités, NDLR) ou les opérateurs télécom, où des opérations de fusions-acquisitions pourraient soutenir des valorisations actuellement très basses ».

Thèmes porteurs de la croissance chinoise et de la transition écologiques

Enfin, la prise de conscience des enjeux liés au climat se décline aussi sur les marchés actions. Le secteur des énergies renouvelables est l’un de ceux qui a affiché les meilleures performances boursières en 2020, après les valeurs technologiques. « Le thème de la lutte contre le réchauffement climatique est porteur à court comme à moyen termes, corrobore Frédéric Rollin. Nous le travaillons par exemple au travers de sociétés qui améliorent l’efficacité énergétique des véhicules électriques ou des bâtiments ».

D’un point de vue géographique, certains regards se tournent vers l’Est. « À court terme, nous privilégions les valeurs émergentes, Chine en tête, tranche Frédéric Rollin. Il faut avoir à l’esprit que la croissance mondiale sera tirée par l’Asie alors que les pays développés, en particulier l’Europe, peinent à faire croître leur PIB. Or les actions chinoises sont désormais à même d’extérioriser de la croissance rentable tout en produisant des avancées technologiques. Les actions japonaises sont également bien positionnées pour profiter de l’expansion économique asiatique, notamment dans les biens d’équipement ».

Prévision sur le marché boursier français pour 2021

Mais le potentiel de hausse n’est pas confiné à l’Asie. Le Vieux Continent a encore son mot à dire. « Comparativement à la Fed, la BCE est moins intervenue, elle dispose donc de marges de manœuvre qui demeurent conséquentes, estime Stéphane Levy. Elle doit surtout combattre deux freins à la reprise que sont la hausse de l’euro face au dollar et le manque d’inflation. Sa politique ultra accommodante et le niveaux des taux d’intérêt historiquement bas vont le rester pendant encore très longtemps. Cette situation de faible rendement des obligations justifie le renchérissement de tous les actifs et le rattrapage qu’il reste à effectuer sur les actions européennes ».

Dans ces conditions, le scénario d’AG2R La Mondiale prévoit le retour du CAC 40 à 6.000 points, « sans doute pas en ligne droite », contre un peu plus de 5.600 points actuellement, tiré par les valeurs décotées qui combleraient une partie de leur sous-valorisation.

« A l’exception du luxe, peu de titres qui composent l’indice CAC 40 affichent des multiples de valorisation élevés, illustre Alexandre Baradez. Au contraire, les valeurs décotées devraient tirer l’indice à la hausse. Je pense à Total, qui offre une double exposition au pétrole et aux énergies renouvelables, ou aux valeurs bancaires qui ont déjà passé beaucoup de provisions en 2020 ».

Reste la question du timing de la hausse. Tout semble pouvoir arriver, et une respiration semble nécessaire avant d’aller chercher de nouveaux plus hauts. « Le CAC est appelé à revenir sur son gap de rupture de février 2020 à 6.000 points, note Alexandre Baradez. Mais le comblement sera-t-il de quelques semaines seulement ou précédé d’une consolidation préalable autour de 5200 points ? Il serait sain que le marché corrige maintenant au regard du décalage entre les niveaux de valorisation et les résultats anticipés. Mais il arrive souvent que les marchés aillent d’abord là où ils n’étaient pas attendus ».

Mais sur un horizon un peu plus long, un surcroît de performance est peut-être à cherche outre-Rhin. « Tous les ingrédients sont réunis pour que le DAX progresse, estime Alexandre Baradez. L’Allemagne est l’économie de la zone euro qui bénéficie le plus de la reprise en Chine, c’est l’un des pays les plus sains sur le plan budgétaire et son plan de relance est le plus massif du Vieux continent. De plus, le DAX va être rajeuni : sa composition va passer de 30 à 40 valeurs, elle sera moins concentrée sur la chimie et l’industrie et s’ouvrira à la Tech et aux biens de consommation tout en gardant son biais value. Dès que le verrou sanitaire aura sauté, l’indice pourra, sur un horizon de 2 ou 3 ans, battre de 20 ou 30% ses records ».

Bilan des marchés actions au troisième trimestre 2020

Ci-dessous, notre bilan trimestriel sur les marchés actions publié en octobre 2020.

Plafond de verre

La reprise boursière du printemps 2020 a fini par buter cet été sur les multiples incertitudes qui planent en cette fin d’année sur tous les plans (sanitaire, économique et politique). « Le marché a voulu jouer la carte de la reflation, mouvement qui s’est notamment manifesté par la remontée des  cours du pétrole et des matières premières industrielles, analyse l’économiste Véronique Riches-Flores. Mais à chaque fois que les marchés semblaient casser les résistances et ouvrir une période de hausse pour des valeurs plus cycliques comme les valeurs bancaires, ils ont marqué des échecs répétés, butant sur des plafonds de verre ».

Les marchés actions ont finalement connu un mois de septembre agité sur fond de regain d’inquiétudes sur les fronts sanitaire et économique. Sans pour autant sombrer. « Nous assistons à un retour de l’aversion au risque, constate Alexandre Baradez, responsable des analyses de marché d’IG France. Les fonds actions américains ont, par exemple, connu la troisième plus importante semaine de sorties de leur histoire courant septembre. Cette situation tranche avec le mois d’août, qui fut très haussier pour les actions américaines, en particulier pour les valeurs technologiques qui ont surclassé toutes les autres classes d’actifs ».

Nouveaux sommets pour le Nasdaq, puis correction

Finalement, le signal d’alerte est venu de ces mêmes valeurs de la « tech ». « Leurs valorisations étaient déjà extravagantes avant la crise du Covid-19, explique Véronique Riches-Flores. La flambée du mois d’août et des épiphénomènes comme la chute du cours de Nikola Corporation (start-up spécialisée dans les camions électriques dont le président-fondateur a démissionné sur des soupçons de fraude, NDLR) ont mis en évidence l’existence d’un marché hyper-spéculatif ».

« La correction qui a débuté début septembre a ramené les cours à leur niveau de fin juillet, signe que ce rallye boursier n’aurait pas dû avoir lieu », complète Alexandre Baradez.

Mais pourquoi la baisse des cours a-t-elle fini par se propager sur les marchés européens ? « 1. L’épidémie de Covid-19 ; 2. Des indicateurs économiques décevants qui ont fini par semer le doute ; 3. Des banques centrales, qui ont déjà fait énormément, dont on ne peut pas attendre beaucoup plus à brève échéance », résume Véronique Riches-Flores.

Marchés pris en étau

À quoi faut-il s’attendre maintenant ? Désormais, les marchés semblent comme pris en étau entre les politiques monétaires accommodantes des banques centrales d’un côté, qui contiennent la baisse des cours, et les craintes de l’évolution de la pandémie de Covid-19 de l’autre, qui font planer des menaces sur la vigueur de la reprise, ce qui est de nature à réfréner l’entrain des acheteurs. « Le soutien des banques centrales est resté globalement inchangé : elles n’ont modifié ni leur rhétorique, ni leur présence, ni leur actions, observe Alexandre Baradez. Pour les marchés, le bruit de fond des politiques monétaires n’est pas désagréable, mais insuffisant pour alimenter l’optimisme. Les investisseurs se préoccupent davantage de la situation sanitaire et de l’essoufflement de la reprise économique ». Bref, la balance pèse plutôt en faveur de la baisse ces derniers temps.

« Le contexte de marché est de plus en plus faussé par la politique monétaire, ce qui ne veut pas dire que nous sommes exempts de risques d’accidents de parcours, complète Véronique Riches-Flores. Une baisse des cours de 15% est envisageable au cours des trois prochains mois ». En cause, une combinaison de facteurs sur le front économique. « La crise a exacerbé des problèmes préexistants, souligne l’économiste. Le ralentissement structurel de la demande internationale et le surendettement des entreprises fragilisent les perspectives d’investissement, et par voie de conséquence les gains de productivité ».

Alexandre Baradez voit davantage dans la correction du mois de septembre « une réplique du séisme de mars », que les prémisses d’un déclin durable. « Nous sommes probablement entrés, pour quelques trimestres, dans une phase latérale où la pression sanitaire sera plus forte que le soutien monétaire, sans phase de stress très intense. Je ne vois pas les indices retomber à leur niveau de mars ».

D’un point de vue purement technique, l’indice CAC 40 « se situe dans un large canal compris entre 4.700 et 5.100 points. Il évolue au gré des nouvelles économiques, sanitaires et politiques. Le marché n’a pas de visibilité suffisante pour choisir une direction », observe Vincent Leclercq, de la société de gestion IDAM. « Néanmoins, nous restons positifs tant que nous restons au-dessus des 4.500 et nous pensons que l’indice va continuer d’évoluer dans ce canal de 4.700 à 5.100 points, estime-t-il. Seule une cassure des 5.100 pourrait entraîner une nouvelle tendance haussière ».

À moyen terme, Véronique Riches-Flores se montre un peu plus optimiste. « Nous sommes tentés de considérer que l’épidémie sera maîtrisée à la fin de l’hiver. Dès lors que le terrain sera dégagé sur le plan sanitaire, les plans de relance pourront s’exprimer, même si nous ne savons pas encore qui en sera le chef d’orchestre aux États-Unis. Une fenêtre de reprise cyclique pourra alors s’ouvrir, offrant aux investisseurs l’opportunité de retenter le pari de la rotation sectorielle qui a échoué cet été ». Tous les espoir sont permis.

Actions européennes : vers une rotation sectorielle ?

D’un point de vue purement technique, l’indice CAC 40 « se situe dans un large canal compris entre 4.700 et 5.100 points. Il évolue au gré des nouvelles économiques, sanitaires et politiques. Le marché n’a pas de visibilité suffisante pour choisir une direction », observe Vincent Leclercq, de la société de gestion IDAM. « Néanmoins, nous restons positifs tant que nous restons au-dessus des 4.500 et nous pensons que l’indice va continuer d’évoluer dans ce canal de 4.700 à 5.100 points, estime-t-il. Seule une cassure des 5.100 pourrait entraîner une nouvelle tendance haussière ».

La vive remontée des cours consécutive à la chute de fin février / début mars a-t-elle épuisé le potentiel de hausse des actions européennes à court terme ? Force est de constater qu’elle se paient globalement cher actuellement.

« Les multiples de valorisation se situent très largement au-dessus des niveaux moyens de longue période : les PE (ratio cours sur bénéfices, NDLR) à douze mois atteignent 17 années de profits pour l’indice MSCI Europe 600, contre 13,5 à 14 historiquement, observe Gilles Guibout, responsable des actions européennes chez AXA IM. Ces multiples sont également supérieurs à ceux constatés en début d’année ».

Comment expliquer de tels niveaux ? « Tous les investisseurs sont à la recherche de rendement et vont les trouver sur les marchés actions, soit parce que certaines peuvent encore payer des dividendes, soit parce que les perspectives de croissance laissent entrevoir des espérances de gains futurs », analyse Gilles Guibout. Toutefois, pour ce dernier, « on peut observer que les multiples moyens à 12 mois sont quelque peu trompeurs : c’est un agrégat composé à la fois de valeurs délaissées se payant 7 à 9 fois leurs bénéfices et d’autres affichant de solides perspectives que les investisseurs sont prêts à payer de 25 à 40 fois leurs bénéfices. Le marché est complètement polarisé, ce qui laisse du champ à la gestion d’active et à la sélection de valeurs ».

Doit-on s’attendre à une grande rotation sectorielle, avec des flux de placement se déportant des valeurs de croissance à long terme vers des titres plus corrélés à l’évolution de la conjoncture ? S’il est peut-être un peu tôt, il faut s’y préparer. « Le contexte oblige à s’intéresser aux valeurs cycliques qui seront les premières à bénéficier d’un redémarrage de l’économie et des plans de relance en Europe, tout en sachant qu’il pourrait y avoir des faux départs. Nous nous intéressons, par exemple, aux secteurs des matériaux de construction, des équipements électriques ou encore des infrastructures, qui devraient profiter du Green deal (le pacte vert européen, dont l’objectif est d’atteindre zéro émissions nettes de gaz à effet de serre en 2050, NDLR) ».

Dans un autre registre, Gilles Guibout ne se désintéresse pas totalement du secteur bancaire, parmi les plus malmenés depuis le début de l’année 2020, notamment dans l’hypothèse d’une remontée des taux d’intérêt. « Il faut se montrer très sélectif, souligne-t-il. Les banques les plus solides vont bénéficier de la disparition des plus faibles. Elles ont accumulé beaucoup de capitaux et seront à nouveau en capacité de payer des dividendes qui seront très élevés ».

En fond de portefeuille Gilles Guibout, procède à une sélection de titres dans le secteur des télécoms. « Les réalités locales sont très différentes d’un pays à l’autre. Des opérateurs comme Tele 2 en Scandinavie ou Deutsche Telekom en Allemagne sont soumis à une intensité concurrentielle un peu moindre qu’ailleurs et n’ont pas de problématique de dette ou de gouvernance à gérer. Si leur croissance est faible, ils dégagent de fortes marges et disposent d’une capacité à faire croître leur résultat, même très légèrement, et à soutenir le paiement d’un dividende. Ils peuvent offrir un rendement de 4 ou 5%, ce qui est particulièrement attractif dans environnement de taux bas ».

Globalement, le degré d’incertitude conduit AXA IM à conserver une poche de liquidités plus importante qu’à l’accoutumée. « Le niveau d’incertitude exige de faire preuve de mobilité. La position de cash de nos fonds est deux fois plus importante que celle sur longue période, entre 4 et 6% contre 2 à 3% en temps normal, ce qui met nos fonds en capacité de saisir des opportunités ».

Bilan des marchés actions au deuxième trimestre 2020

Ci-dessous, notre bilan trimestriel sur les marchés actions publié en juillet 2020.

Rallye boursier et nouveaux records pour le Nasdaq

Rebond prématuré ou anticipation logique ? Tous les indices boursiers français et la plupart des grands indices mondiaux ont terminé le deuxième trimestre dans le vert, dans le sillage du rebond technique de la fin du mois de mars. Après la chute vertigineuse du premier trimestre, le mouvement de « rallye boursier » (tendance haussière, NDLR), presque aussi spectaculaire que l’écroulement qui a précédé, a permis au marché français d’effacer plus de la moitié de sa baisse. Les 150.000 nouveaux actionnaires individuels entrés au creux de la vague se sont manifestement positionnés au bon moment.

« Le mois d’avril a connu une respiration technique dont le marché est sorti le 15 mai, juste avant la présentation conjointe par Emmanuel Macron et Angela Merkel du plan de relance européen de 750 milliards d’euros le 18 mai, par une nouvelle vague de hausse jusqu’au 8 juin », constate Alexandre Baradez, responsable des analyses marchés chez IG France. Il en ressort une impression de désynchronisation marquée entre marchés et conjoncture économique, plus particulièrement aux États-Unis et en Allemagne où la relance budgétaire est plus importante qu’ailleurs en Occident. « Le SP500 est revenu début juin à moins de 6% de son sommet historique et se paie 22 fois les bénéfices, le Nasdaq a touché de nouveaux records et se paie 32 fois les bénéfices, le DAX s’est rapproché à 7% de son plus haut historique », poursuit Alexandre Baradez.

Ce mouvement haussier a fini par s’essouffler. Partagés entre le soutien presque sans limite des grandes banques centrales, les plans de relance budgétaire et l’envie de tourner la page de la crise sanitaire d’un côté, la crainte d’une épidémie hors de contrôle et d’une reprise économique longue à se dessiner de l’autre, les marchés évoluent de façon plus hésitante depuis le 8 juin. Globalement, depuis le début de l’année, deux secteurs surnagent : les valeurs technologiques et la santé ou, plus généralement, la plupart des titres d’entreprises tirant profit d’une façon ou d’une autre du Covid-19 tiennent le choc avec une évolution favorable de leur cours de Bourse.

Absence de visibilité sur la vigueur de la reprise économique

L’un des aspects les plus frappants de cette crise est l’absence de visibilité qu’elle manifeste, du fait de son caractère inédit dans un monde moderne mondialisé, interconnecté. L’économie va-t-elle repartir de l’avant ou subir un nouveau coup de frein ? Le consommateur va-t-il continuer à épargner plutôt que dépenser et pendant combien de temps ? « Une reprise économique en V est totalement exclue, il est en revanche difficile de déterminer quelle sera la forme de la courbe de la reprise, remarque Christopher Dembik, responsable de la recherche macro-économique chez Saxo Bank. En analysant l’impact des précédentes pandémies, on s’aperçoit que les séquelles économiques sont perceptibles sur une très longue période, jusqu’à 40 ans dans certains domaines. Et les premiers signaux venant de Chine, épicentre de la crise sanitaire et première grande économie déconfinée, vont dans le sens d’un choc profond et de longue durée ».

L’incertitude est telle que les prévisions de croissance du PIB font un grand-écart jamais constaté. « Sur plus de 70 prévisions disponibles pour la Chine pour 2020, les évolutions de -3,5% à +3%, c’est du jamais vu et c’est également le cas, dans des proportions plus ou moins importantes, pour la plupart des économies mondiales », observe Christopher Dembik. Au mieux, un retour du niveau d’activité quitté en 2019 serait atteint dans le courant de l’année 2022.

« Nous assistons à un choc économique jamais vu en période de paix, atteste Louis Albert, directeur général de la société de gestion IDAM. Personne ne sait comment l’économie va se reprendre et s’il y aura une seconde vague épidémique. Les marchés ont rebondi lorsque la visibilité s’est un peu améliorée à court terme sur le front sanitaire, au moment où les courbes d’hospitalisation ont arrêté de s’aggraver en Europe. Aujourd’hui, nous sommes à un point d’équilibre, maintenu par l’afflux de liquidités issu des politiques monétaires non conventionnelles des banques centrales. »

Dans quelle mesure les publications trimestrielles ou semestrielles de cet été vont jouer sur la tendance ? Les résultats du deuxième trimestre auront peu de prise, sauf très mauvaise nouvelle, alors que les prévisions de bénéfices nets par action sur l’indice S&P 500 ressortent à -43% par rapport au deuxième trimestre 2019. Les investisseurs auront le regard davantage rivé sur les perspectives, avides du moindre signal positif à l’échelle d’une valeur, d’un secteur ou plus globalement.

« Le marché sera moins attentif à l’annonce de l’ampleur des dégâts qu’aux messages pour la suite, analyse Louis Albert. Est-ce que le business a repris ? Dans quelle mesure ? Faut-il attendre septembre, la fin de l’année ou le premier semestre 2021. La communication des émetteurs sur leurs perspectives sera scrutée de près. Les marchés sont prêts à accepter une baisse significative des bénéfices grâce aux politiques monétaires, mais ils ont besoin de retrouver de la croissance, de voir des semestres qui s’améliorent les uns après les autres. La question est de savoir quand nous retrouverons le niveau d’activité de décembre 2019 ».

La période semble propice à des évolutions erratiques des cours, en attendant d’y voir plus clair sur la vigueur de la reprise. « Est-ce qu’on peut corriger encore quelques temps ? Plusieurs arguments plaident pour une phase de mouvements assez débridés, estime Alexandre Baradez. Un raisonnement optimiste voudrait que les troisième et quatrième trimestres marquent une première étape de la reprise, mais l’évolution de la conjoncture dans les services et de la courbe du chômage aux États-Unis incitent à la prudence, à la lumière des demandes d’allocations hebdomadaires. Il ne serait pas choquant que le CAC 40 retombe entre dans zone de consolidation entre 4.200 et 4.600 ou, plus précisément, entre 4.400 et 4.500 points, soit une baisse de 10 à 15% ». D’autant que de nouvelles tensions commerciales sino-américaines contribueraient à peser sur les cours.

Cela dit, en cas de test de la zone des 4.500 points, de nouvelles opportunités pourraient se faire jour sur un horizon de détention à moyen terme, d’autant qu’à l’approche des élections américaines, Donald Trump pourrait être enclin à déclencher un nouveau plan d’aide aux ménages et aux petites entreprises de plus de 1.000 milliards de dollars, pour favoriser un rebond des marchés, et sa réélection le 3 novembre prochain.

Reprise des fusions-acquisitions, moteur de performance ?

Autre moteur potentiel plus structurel, la reprise des fusions-acquisitions (M&A, acronyme de merger & acquisitions). « L’activité du M&A est un facteur de soutien du marché, expose David Lenfant, associé fondateur de Laffitte Capital Management. En effet, à l’annonce d’une offre d’achat, l’acheteur paie en moyenne une prime de 20% par rapport au dernier cours de la cible, afin  de motiver les actionnaires à apporter leurs titres ».

Or, les fonds de Private Equity (non coté) aux États-Unis disposent de 1.700 milliards de dollars de cash prêts à être investis. « Depuis quelques années, les sociétés non cotées affichent des multiples de valorisation plus élevés que les sociétés cotées, rappelle David Lenfant. Ces fonds ont tout intérêt à acquérir des entreprises moins chères, lisibles du fait de leur cotation pour les retirer de la cote. Ils peuvent de surcroit refinancer leurs deals dans des conditions exceptionnelles, dans le contexte de taux bas ».

Autre source de transactions, les opérations industrielles, qu’elles soient offensives pour capter des parts de marché, défensives pour des entreprises appartenant à des secteurs particulièrement malmenés par la crise (industrie, automobile, secteur financier), ou lancées à la faveur d’une pression du politique en faveur des rapprochements transfrontaliers, notamment en Europe. « Il y aura des disparités importantes d’un secteur à un autre, confirme David Lenfant. On peut noter que le secteurs les plus actifs depuis quelques années sont la santé et la tech. Ce n’est pas un hasard si ce sont ceux qui ont le mieux résisté en bourse depuis le début de l’année ».

Bilan des marchés boursiers au premier trimestre 2020

Ci-dessous, notre 1er bilan trimestriel sur les marchés actions publié en avril 2020.

Chute historique des cours de Bourse de fin février à mi-mars

Des sommets à l’abîme. De l’euphorie à la peur. En l’espace de quelques semaines, la diffusion de l’épidémie de Covid-19 sur l’ensemble de la planète a totalement retourné la situation sur les marchés actions. Le cygne noir que tout le monde redoutait et que personne n’a vu venir. « En passant de son plus haut depuis 2007 à son plus bas depuis mi-2013, le CAC 40 hors dividende a connu la chute la plus rapide de son histoire », observe Alexandre Baradez, responsable des analyses de marché d’IG France. « L’un des chocs les plus violents de toute l’histoire des marchés actions, comparable aux krachs de 1929 et 1987 », appuie Nicolas Chéron, responsable de la recherche marchés pour Binck.fr. Qui prend la suite d’anomalies de marchés marquées par des cours haussiers sans croissance bénéficiaire, des records de capitalisation boursière sous perfusion des politiques monétaires hyper-accommodantes des banques centrales. Au passage, l’épidémie aura, on l’a vite oublié, mis un terme à la plus longue phase d’expansion économique que l’on ait connu.

Aucun indice n’a échappé à la purge. Le Nasdaq a un peu mieux résisté, du fait de sa composante technologique et des excédents de trésorerie faramineux dont disposent certaines valeurs comme Apple ou Microsoft. D’un point de vue sectoriel, la pharmacie et les télécoms ont offert une belle résistance relative alors que les valeurs pétrolières et parapétrolières, automobiles, financières et aéronautiques ont été les plus touchées.

Toutefois, cette crise se singularise des autres à bien des égards. Déclenchée par le nouveau coronavirus, un facteur aussi exogène qu’inattendu, elle a, en un temps record, fait son irruption dans la vie de plus de 3,5 milliards d’individus contraints au confinement, soit plus de 50% de la population mondiale. La récession induite est inédite tant dans son ampleur que dans sa soudaineté. Les facteurs d’incertitude suscités par la pandémie sont à la fois d’ordre sanitaire, économique et financier dans un monde déjà fragilisé par l’excès d’endettement et les bouleversements écologiques. Le nombre de personnes contaminées, hospitalisées et décédées sont même devenus des paramètres clés d’analyse de la situation par les gérants de fonds et les économistes. Les investisseurs sont déboussolés, par manques de repères tant historiques que prospectifs.

Rebond technique ou reprise durable sur les marchés financiers ?

Que penser du rebond des cours de bourse constaté la semaine du 23 mars, durant laquelle le CAC 40 a repris 7,5% ? « C’est un rebond technique caractéristique d’un marché baissier de grande ampleur, comme le démontre l’analyse des phénomènes passés. C’est un signe d’espoir d’une crise de courte durée, les opérateurs essayant d’envisager la fin de l’épidémie avant même l’atteinte du pic épidémique, remarque Nicolas Chéron. D’autant que la rapidité de l’interventionnisme des banquiers centraux et des États a contribué à les rassurer. A ces facteurs psychologiques se sont greffés des facteurs purement techniques, un courant acheteur ayant été alimenté à la fois par des prises de bénéfices sur les ventes à découvert, l’impossibilité d’ouvrir de nouvelles positions vendeuses, des achats tactiques de court terme et des prises de position opportunistes de long terme ».

« La perspective de l’atteinte du pic épidémique constitue un véritable facteur de soutien des marchés, complète Louis Albert, directeur général et responsable de la gestion d’IDAM. Les yeux sont maintenant tournés vers les Etats-Unis où l’on s’accorde à dire que le pic de l’épidémie interviendra fin avril. Le consensus veut que dès que celui-ci sera passé, les marchés pourront remonter ».

Quelles tendances sur les marchés ?

Et maintenant ? « Pour le moment, les marchés valorisent un choc économique violent mais temporaire, se manifestant par une récession au premier semestre suivie d’un rebond au second. Dans cette hypothèse, les niveaux actuels offrent un point d’entrée intéressant de repositionnement sur les actions sur un horizon à moyen terme, sur 3 à 5 ans », estime Alexandre Baradez qui, dans une telle configuration, aurait tendance à privilégier le DAX compte tenu des marges de manœuvre budgétaires dont dispose l’Allemagne pour faire face.

« À côté du risque épidémique, les incertitudes sur les conséquences de la pandémie sur l’économie réelle, très difficilement quantifiables à ce stade, constituent le deuxième facteur de risque de rechute des cours, analyse Louis Albert. Une chose est sûre, le choc sur la consommation américaine sera très important, même si son ampleur reste difficile à apprécier. Dans un second temps, l’enjeu sera de déterminer les zones et les secteurs où l’économie pourra reprendre plus facilement. À cet égard, tout porte à croire que les mesures de chômage partiel prises en France permettront une reprise plus rapide qu’aux États-Unis, où le taux de chômage est en train d’exploser ».

« Notre scénario macroéconomique de base repose sur une hypothèse selon laquelle la réponse tridimensionnelle, sanitaire pour contenir la propagation du virus, monétaire pour éviter la crise de financement de l’économie, et fiscale pour limiter les pertes sèches de revenus, produise ses effets en Europe. Il n’y a pas de raison que ce qui a marché en Asie ne fonctionne pas sur le Vieux continent, estime Samy Chaar, chef économiste de Lombard Odier. Le premier semestre est perdu et les mesures prises permettent d’espérer que le choc n’empiète pas sur le second semestre ni sur 2021. Dans le cas contraire, où la situation transitoire laisserait la place à une logique de guerre, on pourrait se demander si les marchés financiers ne finiraient pas par fermer, faute de liquidité ».

Les actions peuvent-elles plonger encore plus bas ? « On ne peut pas être catégorique, jauge Alexandre Baradez. Nous sommes toujours dans une phase de très forte correction, la probabilité d’atteindre de nouveaux points bas existe, notamment si les mesures de confinement et la récession qui en découle venaient à durer plus longtemps que prévu ». Le risque sanitaire est dans toutes les têtes, notamment celui d’une second vague épidémique qui saperait la confiance des agents économiques, consommateurs comme entreprises.

Autre facteur de risque, celui associé à l’endettement privé record favorisé par les taux bas. « Il faut se méfier du risque de grosse faillite que personne n’attend, à l’image de celle d’Enron en 2001 ou celle de Lehman Brothers en 2008. Tant que les craintes de faillites demeurent présentes, il y a peu de chances que les investisseurs commencent à reprendre du risque sur les marchés actions », considère Alexandre Baradez. « Nous avons connu le séisme, il faut s’attendre à une réplique », résumé Nicolas Chéron. Preuve des craintes qui pèsent sur la confiance sur les marchés : les indicateurs des mesure de la volatilité telles que l’indice VIX (aux Etats-Unis) ou le V2X (en zone euro), bien qu’en baisse après les pics constatés courant mars, demeurent à des niveaux très élevés.

Faute de facteur de soutien, Nicolas Chéron craint un scénario de « bourse administrée » dans les semestres à venir. « Dans un monde où les perspectives de croissance seraient faibles et incertaines, expose-t-il, le potentiel d’appréciation des cours serait limité, les banques centrales ne constituant plus un moyen de faire monter les prix mais de les empêcher de descendre. L’hypothèse d’un CAC 40 évoluant dans un couloir entre 3000 et 5000 points dans les deux ans à venir me semble probable ».

Dividendes et rachat d’actions : moteurs cassés ?

Sauf bonne nouvelle sur le front de l’épidémie, les raisons de croire à net rebond des actions à court terme sont faibles. D’autant que les moteurs que constituaient les rachats d’actions et les dividendes sont cassés : la BCE a par exemple demandé aux banques de ne pas verser de dividendes ni de procéder à des rachats d’actions durant la pandémie de Covid-19, au moins jusqu’au 1er octobre 2020, tant au titre de l’exercice 2019 que pour les acomptes des dividendes au titre de 2020.

Plus d’infos : Dividendes des actions du CAC 40 : montant, calendrier, classement et historique

Outre-Atlantique, le package de soutien budgétaire de 2200 milliards de dollars est conditionné à l’interdiction pour les entreprises bénéficiaires d’une aide de procéder au moindre rachat d’actions jusqu’à un an après l’avoir remboursée. « Par principe, il me semble préférable que l’entreprise utilise son cash pour créer de la valeur plutôt que le rendre à ses actionnaires, juge Louis Albert. Dans le contexte actuel, nous sommes très rassurés quand un émetteur annonce l’annulation de son dividende ».

Smallcaps, midcaps place à la sélection de titres

Au premier trimestre, les petites et moyennes ont été plus durement sanctionnées que les grandes valeurs, l’indice CAC Mid&Small chutant de 29,7% entre le 1er janvier et le 31 mars contre -27,2% pour le CAC 40. Un mouvement que l’on a aussi constaté outre-Atlantique, l’indice Russell 2000 ayant perdu davantage de terrain que les grands indices américains sur la période. Une prime à la liquidité qui s’inscrit dans la droite ligne de 2019, où les titres les plus liquides avaient été privilégiés. Au sein de l’indice Mid60, les valeurs parapétrolières (-63,3% pour Vallourec, -71,2% pour CGG) ont le plus souffert du courant vendeur dans le sillage de l’effondrement du prix du baril de pétrole, alors qu’à l’opposé le spécialiste du diagnostic in vitro, bioMérieux, qui fabrique des tests de dépistage du Covid-19, figure parmi les rares titres en hausse sur la période (+29,3%).

Malgré une chute des cours généralisée, la sélection de titres aura toute son importance lorsque le pic épidémique sera derrière nous. « Nous travaillons sur un panier d’actions de style plutôt value qui nous semblent à même de capter la reprise de l’économie. Nous ne savons pas quand nous allons réinvestir compte tenu des incertitudes persistantes, mais ces valeurs ont été identifiées, signale Louis Albert. En attendant, la poche de cash de notre fonds d’actions françaises atteint 10%, son maximum, et nous avons repositionné le portefeuille sur des business récurrents tels que les logiciels de santé comme Pharmagest Interactive ou Cegedim, Bastide, spécialisé dans le maintien à domicile et l’assistance respiratoire, les laboratoires comme bioMérieux ou Ipsen, les créateurs de contenus comme Mediawan ou Xilam, et les studios de jeux vidéo comme DontNod ou Ubisoft ».

Le gérant s’attache à mesurer l’impact de la crise sur l’activité et la capacité des entreprises à l’amortir en terme de rentabilité. Sont notamment analysés la part de l’effectif en télétravail et en chômage partiel, la perte de contrats, le nombre et l’importance des usines fermées, ainsi que le niveau d’endettement et sa structure. « Il faut rentrer dans le détail de l’endettement pour apprécier sa qualité, son adossement éventuel, sa maturité, dissèque louis Albert. Cela dit, nous sommes plus à l’aise avec des sociétés peu endettées. C’est un gage de sécurité et un signe de la capacité à réinvestir utile pour faire redémarrer la machine ou pour saisir des opportunités de croissance externe qui ne manqueront pas de se présenter, dans un environnement offrant plus de visibilité ».

Bilan des marchés financiers en 2019

Ci-dessous, notre dernier bilan annuel sur les marchés actions publié en janvier 2020.

Analyse rétrospective des marchés actions sur l’année 2019

+32% pour le Nasdaq, +29% pour le S&P500, +26% pour le CAC 40… Après la correction de la fin 2018, les performances exceptionnelles de l’année passée en ont surpris plus d’un, dans un contexte de ralentissement de la croissance économique mondiale sur fond de tensions commerciales sino-américaines. Bref, un millésime marqué par une décorrélation manifeste entre fondamentaux économiques et évolution des cours, alimentée par la politique monétaire accommodante des banques centrales, réserve fédérale américaine (Fed) en tête.

« Le changement de ton impulsé par le président de la Fed Jerome Powell a ouvert la voie à trois baisses de taux d’intérêt consécutives puis à des injections de liquidités jamais vues depuis l’assouplissement quantitatif qui a suivi la crise des subprime en 2008-2009. Ces mesures, habituellement déployées en période de crise, ont constitué le premier moteur de la hausse de 2019 », résume Alexandre Baradez, responsable des analyses de marché d’IG France.

Second moteur, les rachats d’actions qui ont atteint des niveaux colossaux. « Ce ne sont pas les investisseurs qui ont tiré les performances, les flux investis en actions demeurant négatifs sur l’année. Ce sont les entreprises elles-mêmes avec 800 milliards de dollars de rachats d’actions propres aux Etats-Unis et 200 milliards en Europe », constate Vincent Juvyns, stratégiste chez JP Morgan Asset Management.

En France, les rachats d’actions des entreprises du CAC 40 ont atteint 11 milliards d’euros en 2019, un plus haut sur 10 ans, sans atteindre le record de 2007 (19,2 milliards d’euros), selon la lettre Vernimmen.net n°175. Le cumul rachats d’actions + dividendes versés a représenté 3,6% de la capitalisation boursière moyenne de l’indice parisien en 2019.

Potentiel et risques pour 2020

Difficile d’imaginer que la Fed resserre sa politique monétaire avant les élections présidentielles américaines. De même, la Banque Centrale Européenne envoie des signaux de stabilisation de la sienne, comme l’a rappelé le 14 janvier 2020 François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, lors de ses vœux à la place financière de Paris.

La politique accommodante des banques centrales est donc appelée à perdurer cette année, pour sûr au premier semestre, de même que les opérations de rachat de titres des entreprises cotées.

Pas sûr qu’elles permettront aux actions de rééditer en 2020 leurs performances de 2019. D’autant qu’en face de ces facteurs de soutien à la hausse, les sources d’incertitudes demeurent : à l’échelle globale, de nouveaux soubresauts ne sont pas à exclure au cours des négociations commerciales entre la Chine et les États-Unis, et en Europe, le Brexit est loin d’avoir trouvé son issue définitive, un accord de libre-échange avec l’Union européenne restant à négocier. Last but not least, de vives tensions géopolitiques ont ressurgi dans le Golfe Persique dès le début de cette année, marqué par la crise entre l’Iran et les États-Unis, et la surenchère, pas uniquement verbale, entre Téhéran et Washington.

Sans compter que le potentiel de valorisation s’est amenuisé, sauf redressement notable des perspectives de croissance. « La croissance économique demeurera inférieure à son potentiel, les perspectives bénéficiaires sont appelées à être révisées à la baisse et les valorisations sont en ligne voire supérieures aux moyennes historiques, observe Vincent Juvyns. Nous n’identifions pas d’importants facteurs de soutien des cours, en dehors peut-être d’avancées sur l’accord commercial Chine-États-Unis et d’une dynamique de flux de collecte vers les actions ».

« Les bénéfices des entreprises n’ont pas progressé en 2019, abonde Alexandre Baradez. Les multiples de valorisation se sont fortement accrus : le CAC 40 se paie 20 fois ses bénéfices, au-delà de sa moyenne historique de 17 ; aux Etats-Unis, l’indice S&P 500 se paie 23 fois ses bénéfices sur la base des derniers résultats ».

Cependant, l’analyse des ratios cours/bénéfices (ou PER, price earning ratio) montre que l’expansion des multiples de valorisation des actions n’est pas uniforme, certains secteurs affichant des primes par rapport à leurs moyennes de long terme plus importantes que d’autres. Janus Henderson a observé que ces primes s’établissaient à 25,8% pour le secteur communications et à 22,8% pour le secteur technologique au 25 octobre 2019 par rapport à la moyenne des PER sur 10 ans, alors qu’à l’opposé, les secteurs de l’énergie et de la finance étaient décotés (respectivement -3,5% et -6%).

Dans ces conditions, les gérants de fonds sont conduits à faire preuve de sélectivité, souvent au détriment du Vieux Continent. L’Europe est souvent sous-pondérée, la faute à une croissance molle de l’ordre de 1% et à une exposition à plus de 50% du chiffre d’affaires des entreprises cotées aux échanges internationaux, actuellement en berne. A l’inverse, les Etats-Unis et les émergents, sont généralement privilégiés. « Nos portefeuilles sont plus offensifs avec une pondération accrue aux actions sans pour autant être tributaires de la croissance mondiale. Nos investissements sont orientés sur les marchés où la composante domestique domine : 90% du chiffre d’affaires de l’indice CSI 300 est généré localement en Chine, cette proportion atteint les deux tiers sur les marché US », illustre Vincent Juvyns.

Valorisations hors sol ?

Dans cette situation d’absence de progression des bénéfices, Alexandre Baradez s’attend de son côté, à un regain de volatilité tant aux Etats-Unis qu’en Europe. Les publications de résultats annuels sont particulièrement attendues par les investisseurs, la moindre mauvaise nouvelle étant susceptible d’être durement sanctionnée.

« Une réconciliation des valorisations avec les fondamentaux macroéconomiques serait saine pour tout le monde, estime Alexandre Baradez. Le CAC 40 pourrait au mieux osciller dans une fourchette de +10 à -10%. Le DAX doit quitter la zone des 13.000 points et retourner sur les 11.000 points pour s’aligner sur le cycle économique. Du côté des valeurs technologiques, les plus grandes valeurs comme Facebook ou Google feront face au risque de régulation des situations monopolistiques. Il ne serait pas illogique que l’indice Nasdaq retombe jusqu’à 7.000 points, soit -20%. Si la consolidation devait ne pas se produire, nous partirions sur les bases d’une bulle spéculative ».

Dividendes des valeurs européennes : nouveaux records en 2020 ?

Vincent Juvyns estime que les sociétés cotées vont de nouveau choyer leurs actionnaires en 2020, au travers de rachats d’actions et de versements de dividendes, au besoin en finançant ces politiques par voie d’endettement lorsqu’elles n’en n’ont pas les capacités. Ainsi, les entreprises de l’indice MSCI Europe devraient verser à leurs actionnaires environ 359 milliards d’euros en 2020 sous la forme de dividendes, selon la dernière édition de l’étude sur les dividendes réalisée par Allianz Global Investors (Allianz GI), gestionnaire d’actifs de l’assureur Allianz. Un nouveau record après celui déjà atteint en 2019 (+3,6% en 2020 vs 2019).

Début décembre 2019, le taux de rendement moyen de cet échantillon de valeurs atteignait 3,7%.

Un véritable moteur de performance dans le cadre d’un horizon d’investissement à long terme. Les dividendes ont contribué à hauteur de plus d’un tiers (37,8%) à la performance totale des actions européennes depuis 1974, selon Allianz GI.

Smallcaps, midcaps : le grand écart

Du côté des petites et moyennes valeurs, la situation n’est pas comparable. « C’est la classe d’actifs qui a le plus souffert en 2018 et celle qui a le moins rattrapé en 2019. Les spectres de la guerre commerciale sino-américaine, du Brexit et du ralentissement de la croissance mondiale, qui s’est matérialisé, ont poussé les analystes à revoir à la baisse leurs attentes et les investisseurs à rester très prudents en privilégiant la partie la plus liquide des différents marchés », analyse Louis Albert, directeur général et responsable de la gestion d’IDAM. L’indice CAC Small a ainsi repris 15,2% en 2019 après avoir abandonné 28% en 2018, dont -38% pour les 100 plus petites.

Actuellement, les multiples de valorisation médians (source échantillon de 245 valeurs suivies par le bureau d’analyse financière IDMidCaps) font apparaître un PER de 16,5, une VE/EBITDA de 7,8 (valeur d’entreprise ramenée au résultat brut opérationnel, NDLR) et un prix sur actif net de 1,5, des niveaux exactement en phase avec la moyenne des dix dernières années (2010-2019).

« Les petites et moyennes valeurs ne sont pas décotées dans leur globalité, nous assistons cependant à d’énormes disparités de valorisations par secteurs ou par actions intra-sectorielles, traduisant une exagération des critères de sélection, poursuit Louis Albert. Certains sont prêts à payer la qualité jusqu’à 40 années de bénéfices alors qu’à l’opposé, d’autres valeurs se paient seulement entre 6 et 10, à l’image de secteurs délaissés comme les équipementiers automobiles. Notre travail consiste à sélectionner les titres décotés pour de mauvaises raisons. Le marché des petites et moyennes capitalisations, qu’il soit français ou européen, offre aujourd’hui des opportunités particulièrement intéressantes ».

Le gérant s’attache en outre, dans l’environnement de taux bas, à sélectionner des valeurs disposant encore d’une capacité d’endettement pour adapter leur stratégie, en évitant celles qui le seraient déjà trop, dans l’hypothèse d’une remontée des taux.