Marchés financiers : après le krach boursier, quelle tendance pour les cours des actions en 2020 ?


Après le krach boursier, faut-il anticiper un rebond ou une rechute pour l’année 2020 sur les marchés actions ? Analyse d’experts sur l’évolution des marchés boursiers au premier trimestre, les facteurs de risques et d’appréciation des cours et les tendances à attendre pour 2020 dans le contexte de l'épidémie du nouveau coronavirus.

Après un effondrement éclair pire que celui de 2008 en février-mars, les marchés actions ont, de façon parallèle à la croissance économique, basculé dans l’incertitude la plus totale.

Analyse de l’évolution des marchés financiers au premier trimestre 2020

Indice boursierÉvolution T1 2020Évolution 2019
Source : IDMidCaps
CAC 40
-26,5%
+26,4%
CAC Mid&Small
-29,7%
+19,0%
CAC All-Tradable
-26,8%
+25,1%
CAC Mid 60
-29,7%
+19,7%
CAC Small
-29,7%
+15,2%
Euronext Growth-19,6%
+3,5%
EuroStoxx 50
-25,6%
+24,8%
MSCI World
-21,4%
+25,2%
S&P500-20,0%
+28,9%
DJIA-23,2%
+22,3%
Nasdaq-14,2%
+35,2%

Des sommets à l’abîme. De l’euphorie à la peur. En l’espace de quelques semaines, la diffusion de l’épidémie de Covid-19 sur l’ensemble de la planète a totalement retourné la situation sur les marchés actions. Le cygne noir que tout le monde redoutait et que personne n’a vu venir. « En passant de son plus haut depuis 2007 à son plus bas depuis mi-2013, le CAC 40 hors dividende a connu la chute la plus rapide de son histoire », observe Alexandre Baradez, responsable des analyses de marché d’IG France. « L’un des chocs les plus violents de toute l’histoire des marchés actions, comparable aux krachs de 1929 et 1987 », appuie Nicolas Chéron, responsable de la recherche marchés pour Binck.fr. Qui prend la suite d’anomalies de marchés marquées par des cours haussiers sans croissance bénéficiaire, des records de capitalisation boursière sous perfusion des politiques monétaires hyper-accommodantes des banques centrales. Au passage, l’épidémie aura, on l’a vite oublié, mis un terme à la plus longue phase d’expansion économique que l’on ait connu.

Aucun indice n’a échappé à la purge. Le Nasdaq a un peu mieux résisté, du fait de sa composante technologique et des excédents de trésorerie faramineux dont disposent certaines valeurs comme Apple ou Microsoft. D’un point de vue sectoriel, la pharmacie et les télécoms ont offert une belle résistance relative alors que les valeurs pétrolières et parapétrolières, automobiles, financières et aéronautiques ont été les plus touchées.

Toutefois, cette crise se singularise des autres à bien des égards. Déclenchée par le nouveau coronavirus, un facteur aussi exogène qu’inattendu, elle a, en un temps record, fait son irruption dans la vie de plus de 3,5 milliards d’individus contraints au confinement, soit plus de 50% de la population mondiale. La récession induite est inédite tant dans son ampleur que dans sa soudaineté. Les facteurs d’incertitude suscités par la pandémie sont à la fois d’ordre sanitaire, économique et financier dans un monde déjà fragilisé par l’excès d’endettement et les bouleversements écologiques. Le nombre de personnes contaminées, hospitalisées et décédées sont même devenus des paramètres clés d’analyse de la situation par les gérants de fonds et les économistes. Les investisseurs sont déboussolés, par manques de repères tant historiques que prospectifs.

Perspectives des marchés financiers pour 2020

Rebond technique ou reprise durable sur les marchés financiers ?

Que penser du rebond des cours de bourse constaté la semaine du 23 mars, durant laquelle le CAC 40 a repris 7,5% ? « C’est un rebond technique caractéristique d’un marché baissier de grande ampleur, comme le démontre l’analyse des phénomènes passés. C’est un signe d’espoir d’une crise de courte durée, les opérateurs essayant d’envisager la fin de l’épidémie avant même l’atteinte du pic épidémique, remarque Nicolas Chéron. D’autant que la rapidité de l’interventionnisme des banquiers centraux et des États a contribué à les rassurer. A ces facteurs psychologiques se sont greffés des facteurs purement techniques, un courant acheteur ayant été alimenté à la fois par des prises de bénéfices sur les ventes à découvert, l’impossibilité d’ouvrir de nouvelles positions vendeuses, des achats tactiques de court terme et des prises de position opportunistes de long terme ».

« La perspective de l’atteinte du pic épidémique constitue un véritable facteur de soutien des marchés, complète Louis Albert, directeur général et responsable de la gestion d’IDAM. Les yeux sont maintenant tournés vers les Etats-Unis où l’on s’accorde à dire que le pic de l’épidémie interviendra fin avril. Le consensus veut que dès que celui-ci sera passé, les marchés pourront remonter ».

Prévision sur le marché boursier français pour 2020

Et maintenant ? « Pour le moment, les marchés valorisent un choc économique violent mais temporaire, se manifestant par une récession au premier semestre suivie d’un rebond au second. Dans cette hypothèse, les niveaux actuels offrent un point d’entrée intéressant de repositionnement sur les actions sur un horizon à moyen terme, sur 3 à 5 ans », estime Alexandre Baradez qui, dans une telle configuration, aurait tendance à privilégier le DAX compte tenu des marges de manœuvre budgétaires dont dispose l’Allemagne pour faire face.

« À côté du risque épidémique, les incertitudes sur les conséquences de la pandémie sur l’économie réelle, très difficilement quantifiables à ce stade, constituent le deuxième facteur de risque de rechute des cours, analyse Louis Albert. Une chose est sûre, le choc sur la consommation américaine sera très important, même si son ampleur reste difficile à apprécier. Dans un second temps, l’enjeu sera de déterminer les zones et les secteurs où l’économie pourra reprendre plus facilement. À cet égard, tout porte à croire que les mesures de chômage partiel prises en France permettront une reprise plus rapide qu’aux États-Unis, où le taux de chômage est en train d’exploser ».

« Notre scénario macroéconomique de base repose sur une hypothèse selon laquelle la réponse tridimensionnelle, sanitaire pour contenir la propagation du virus, monétaire pour éviter la crise de financement de l’économie, et fiscale pour limiter les pertes sèches de revenus, produise ses effets en Europe. Il n’y a pas de raison que ce qui a marché en Asie ne fonctionne pas sur le Vieux continent, estime Samy Chaar, chef économiste de Lombard Odier. Le premier semestre est perdu et les mesures prises permettent d’espérer que le choc n’empiète pas sur le second semestre ni sur 2021. Dans le cas contraire, où la situation transitoire laisserait la place à une logique de guerre, on pourrait se demander si les marchés financiers ne finiraient pas par fermer, faute de liquidité ».

Les actions peuvent-elles plonger encore plus bas ? « On ne peut pas être catégorique, jauge Alexandre Baradez. Nous sommes toujours dans une phase de très forte correction, la probabilité d’atteindre de nouveaux points bas existe, notamment si les mesures de confinement et la récession qui en découle venaient à durer plus longtemps que prévu ». Le risque sanitaire est dans toutes les têtes, notamment celui d’une second vague épidémique qui saperait la confiance des agents économiques, consommateurs comme entreprises.

Autre facteur de risque, celui associé à l’endettement privé record favorisé par les taux bas. « Il faut se méfier du risque de grosse faillite que personne n’attend, à l’image de celle d’Enron en 2001 ou celle de Lehman Brothers en 2008. Tant que les craintes de faillites demeurent présentes, il y a peu de chances que les investisseurs commencent à reprendre du risque sur les marchés actions », considère Alexandre Baradez. « Nous avons connu le séisme, il faut s’attendre à une réplique », résumé Nicolas Chéron. Preuve des craintes qui pèsent sur la confiance sur les marchés : les indicateurs des mesure de la volatilité telles que l’indice VIX (aux Etats-Unis) ou le V2X (en zone euro), bien qu’en baisse après les pics constatés courant mars, demeurent à des niveaux très élevés.

Faute de facteur de soutien, Nicolas Chéron craint un scénario de « bourse administrée » dans les semestres à venir. « Dans un monde où les perspectives de croissance seraient faibles et incertaines, expose-t-il, le potentiel d’appréciation des cours serait limité, les banques centrales ne constituant plus un moyen de faire monter les prix mais de les empêcher de descendre. L’hypothèse d’un CAC 40 évoluant dans un couloir entre 3000 et 5000 points dans les deux ans à venir me semble probable ».

Dividendes et rachat d’actions : moteurs cassés ?

Sauf bonne nouvelle sur le front de l’épidémie, les raisons de croire à net rebond des actions à court terme sont faibles. D’autant que les moteurs que constituaient les rachats d’actions et les dividendes sont cassés : la BCE a par exemple demandé aux banques de ne pas verser de dividendes ni de procéder à des rachats d’actions durant la pandémie de Covid-19, au moins jusqu’au 1er octobre 2020, tant au titre de l’exercice 2019 que pour les acomptes des dividendes au titre de 2020.

Outre-Atlantique, le package de soutien budgétaire de 2200 milliards de dollars est conditionné à l’interdiction pour les entreprises bénéficiaires d’une aide de procéder au moindre rachat d’actions jusqu’à un an après l’avoir remboursée. « Par principe, il me semble préférable que l’entreprise utilise son cash pour créer de la valeur plutôt que le rendre à ses actionnaires, juge Louis Albert. Dans le contexte actuel, nous sommes très rassurés quand un émetteur annonce l’annulation de son dividende ».

Petites et moyennes valeurs : place à la sélection de titres

Au premier trimestre, les petites et moyennes ont été plus durement sanctionnées que les grandes valeurs, l’indice CAC Mid&Small chutant de 29,7% entre le 1er janvier et le 31 mars contre -27,2% pour le CAC 40. Un mouvement que l’on a aussi constaté outre-Atlantique, l’indice Russell 2000 ayant perdu davantage de terrain que les grands indices américains sur la période. Une prime à la liquidité qui s’inscrit dans la droite ligne de 2019, où les titres les plus liquides avaient été privilégiés. Au sein de l’indice Mid60, les valeurs parapétrolières (-63,3% pour Vallourec, -71,2% pour CGG) ont le plus souffert du courant vendeur dans le sillage de l’effondrement du prix du baril de pétrole, alors qu’à l’opposé le spécialiste du diagnostic in vitro, bioMérieux, qui fabrique des tests de dépistage du Covid-19, figure parmi les rares titres en hausse sur la période (+29,3%).

Malgré une chute des cours généralisée, la sélection de titres aura toute son importance lorsque le pic épidémique sera derrière nous. « Nous travaillons sur un panier d’actions de style plutôt value qui nous semblent à même de capter la reprise de l’économie. Nous ne savons pas quand nous allons réinvestir compte tenu des incertitudes persistantes, mais ces valeurs ont été identifiées, signale Louis Albert. En attendant, la poche de cash de notre fonds d’actions françaises atteint 10%, son maximum, et nous avons repositionné le portefeuille sur des business récurrents tels que les logiciels de santé comme Pharmagest Interactive ou Cegedim, Bastide, spécialisé dans le maintien à domicile et l’assistance respiratoire, les laboratoires comme bioMérieux ou Ipsen, les créateurs de contenus comme Mediawan ou Xilam, et les studios de jeux vidéo comme DontNod ou Ubisoft ».

Le gérant s’attache à mesurer l’impact de la crise sur l’activité et la capacité des entreprises à l’amortir en terme de rentabilité. Sont notamment analysés la part de l’effectif en télétravail et en chômage partiel, la perte de contrats, le nombre et l’importance des usines fermées, ainsi que le niveau d’endettement et sa structure. « Il faut rentrer dans le détail de l’endettement pour apprécier sa qualité, son adossement éventuel, sa maturité, dissèque louis Albert. Cela dit, nous sommes plus à l’aise avec des sociétés peu endettées. C’est un gage de sécurité et un signe de la capacité à réinvestir utile pour faire redémarrer la machine ou pour saisir des opportunités de croissance externe qui ne manqueront pas de se présenter, dans un environnement offrant plus de visibilité ».

Bilan des marchés financiers en 2019

Ci-dessous, notre dernier bilan annuel sur les marchés actions publié en janvier 2020.

Analyse rétrospective des marchés actions sur l’année 2019

+32% pour le Nasdaq, +29% pour le S&P500, +26% pour le CAC 40… Après la correction de la fin 2018, les performances exceptionnelles de l’année passée en ont surpris plus d’un, dans un contexte de ralentissement de la croissance économique mondiale sur fond de tensions commerciales sino-américaines. Bref, un millésime marqué par une décorrélation manifeste entre fondamentaux économiques et évolution des cours, alimentée par la politique monétaire accommodante des banques centrales, réserve fédérale américaine (Fed) en tête.

« Le changement de ton impulsé par le président de la Fed Jerome Powell a ouvert la voie à trois baisses de taux d’intérêt consécutives puis à des injections de liquidités jamais vues depuis l’assouplissement quantitatif qui a suivi la crise des subprime en 2008-2009. Ces mesures, habituellement déployées en période de crise, ont constitué le premier moteur de la hausse de 2019 », résume Alexandre Baradez, responsable des analyses de marché d’IG France.

Second moteur, les rachats d’actions qui ont atteint des niveaux colossaux. « Ce ne sont pas les investisseurs qui ont tiré les performances, les flux investis en actions demeurant négatifs sur l’année. Ce sont les entreprises elles-mêmes avec 800 milliards de dollars de rachats d’actions propres aux Etats-Unis et 200 milliards en Europe », constate Vincent Juvyns, stratégiste chez JP Morgan Asset Management.

En France, les rachats d’actions des entreprises du CAC 40 ont atteint 11 milliards d’euros en 2019, un plus haut sur 10 ans, sans atteindre le record de 2007 (19,2 milliards d’euros), selon la lettre Vernimmen.net n°175. Le cumul rachats d’actions + dividendes versés a représenté 3,6% de la capitalisation boursière moyenne de l’indice parisien en 2019.

Potentiel et risques pour 2020

Difficile d’imaginer que la Fed resserre sa politique monétaire avant les élections présidentielles américaines. De même, la Banque Centrale Européenne envoie des signaux de stabilisation de la sienne, comme l’a rappelé le 14 janvier 2020 François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, lors de ses vœux à la place financière de Paris.

La politique accommodante des banques centrales est donc appelée à perdurer cette année, pour sûr au premier semestre, de même que les opérations de rachat de titres des entreprises cotées.

Pas sûr qu’elles permettront aux actions de rééditer en 2020 leurs performances de 2019. D’autant qu’en face de ces facteurs de soutien à la hausse, les sources d’incertitudes demeurent : à l’échelle globale, de nouveaux soubresauts ne sont pas à exclure au cours des négociations commerciales entre la Chine et les États-Unis, et en Europe, le Brexit est loin d’avoir trouvé son issue définitive, un accord de libre-échange avec l’Union européenne restant à négocier. Last but not least, de vives tensions géopolitiques ont ressurgi dans le Golfe Persique dès le début de cette année, marqué par la crise entre l’Iran et les États-Unis, et la surenchère, pas uniquement verbale, entre Téhéran et Washington.

Sans compter que le potentiel de valorisation s’est amenuisé, sauf redressement notable des perspectives de croissance. « La croissance économique demeurera inférieure à son potentiel, les perspectives bénéficiaires sont appelées à être révisées à la baisse et les valorisations sont en ligne voire supérieures aux moyennes historiques, observe Vincent Juvyns. Nous n’identifions pas d’importants facteurs de soutien des cours, en dehors peut-être d’avancées sur l’accord commercial Chine-États-Unis et d’une dynamique de flux de collecte vers les actions ».

« Les bénéfices des entreprises n’ont pas progressé en 2019, abonde Alexandre Baradez. Les multiples de valorisation se sont fortement accrus : le CAC 40 se paie 20 fois ses bénéfices, au-delà de sa moyenne historique de 17 ; aux Etats-Unis, l’indice S&P 500 se paie 23 fois ses bénéfices sur la base des derniers résultats ».

Cependant, l’analyse des ratios cours/bénéfices (ou PER, price earning ratio) montre que l’expansion des multiples de valorisation des actions n’est pas uniforme, certains secteurs affichant des primes par rapport à leurs moyennes de long terme plus importantes que d’autres. Janus Henderson a observé que ces primes s’établissaient à 25,8% pour le secteur communications et à 22,8% pour le secteur technologique au 25 octobre 2019 par rapport à la moyenne des PER sur 10 ans, alors qu’à l’opposé, les secteurs de l’énergie et de la finance étaient décotés (respectivement -3,5% et -6%).

Dans ces conditions, les gérants de fonds sont conduits à faire preuve de sélectivité, souvent au détriment du Vieux Continent. L’Europe est souvent sous-pondérée, la faute à une croissance molle de l’ordre de 1% et à une exposition à plus de 50% du chiffre d’affaires des entreprises cotées aux échanges internationaux, actuellement en berne. A l’inverse, les Etats-Unis et les émergents, sont généralement privilégiés. « Nos portefeuilles sont plus offensifs avec une pondération accrue aux actions sans pour autant être tributaires de la croissance mondiale. Nos investissements sont orientés sur les marchés où la composante domestique domine : 90% du chiffre d’affaires de l’indice CSI 300 est généré localement en Chine, cette proportion atteint les deux tiers sur les marché US », illustre Vincent Juvyns.

Valorisations hors sol ?

Dans cette situation d’absence de progression des bénéfices, Alexandre Baradez s’attend de son côté, à un regain de volatilité tant aux Etats-Unis qu’en Europe. Les publications de résultats annuels sont particulièrement attendues par les investisseurs, la moindre mauvaise nouvelle étant susceptible d’être durement sanctionnée.

« Une réconciliation des valorisations avec les fondamentaux macroéconomiques serait saine pour tout le monde, estime Alexandre Baradez. Le CAC 40 pourrait au mieux osciller dans une fourchette de +10 à -10%. Le DAX doit quitter la zone des 13.000 points et retourner sur les 11.000 points pour s’aligner sur le cycle économique. Du côté des valeurs technologiques, les plus grandes valeurs comme Facebook ou Google feront face au risque de régulation des situations monopolistiques. Il ne serait pas illogique que l’indice Nasdaq retombe jusqu’à 7.000 points, soit -20%. Si la consolidation devait ne pas se produire, nous partirions sur les bases d’une bulle spéculative ».

Dividendes des valeurs européennes : nouveaux records en 2020 ?

Vincent Juvyns estime que les sociétés cotées vont de nouveau choyer leurs actionnaires en 2020, au travers de rachats d’actions et de versements de dividendes, au besoin en finançant ces politiques par voie d’endettement lorsqu’elles n’en n’ont pas les capacités. Ainsi, les entreprises de l’indice MSCI Europe devraient verser à leurs actionnaires environ 359 milliards d’euros en 2020 sous la forme de dividendes, selon la dernière édition de l’étude sur les dividendes réalisée par Allianz Global Investors (Allianz GI), gestionnaire d’actifs de l’assureur Allianz. Un nouveau record après celui déjà atteint en 2019 (+3,6% en 2020 vs 2019).

Début décembre 2019, le taux de rendement moyen de cet échantillon de valeurs atteignait 3,7%.

Un véritable moteur de performance dans le cadre d’un horizon d’investissement à long terme. Les dividendes ont contribué à hauteur de plus d’un tiers (37,8%) à la performance totale des actions européennes depuis 1974, selon Allianz GI.

Smallcaps, midcaps : le grand écart

Du côté des petites et moyennes valeurs, la situation n’est pas comparable. « C’est la classe d’actifs qui a le plus souffert en 2018 et celle qui a le moins rattrapé en 2019. Les spectres de la guerre commerciale sino-américaine, du Brexit et du ralentissement de la croissance mondiale, qui s’est matérialisé, ont poussé les analystes à revoir à la baisse leurs attentes et les investisseurs à rester très prudents en privilégiant la partie la plus liquide des différents marchés », analyse Louis Albert, directeur général et responsable de la gestion d’IDAM. L’indice CAC Small a ainsi repris 15,2% en 2019 après avoir abandonné 28% en 2018, dont -38% pour les 100 plus petites.

Actuellement, les multiples de valorisation médians (source échantillon de 245 valeurs suivies par le bureau d’analyse financière IDMidCaps) font apparaître un PER de 16,5, une VE/EBITDA de 7,8 (valeur d’entreprise ramenée au résultat brut opérationnel, NDLR) et un prix sur actif net de 1,5, des niveaux exactement en phase avec la moyenne des dix dernières années (2010-2019).

« Les petites et moyennes valeurs ne sont pas décotées dans leur globalité, nous assistons cependant à d’énormes disparités de valorisations par secteurs ou par actions intra-sectorielles, traduisant une exagération des critères de sélection, poursuit Louis Albert. Certains sont prêts à payer la qualité jusqu’à 40 années de bénéfices alors qu’à l’opposé, d’autres valeurs se paient seulement entre 6 et 10, à l’image de secteurs délaissés comme les équipementiers automobiles. Notre travail consiste à sélectionner les titres décotés pour de mauvaises raisons. Le marché des petites et moyennes capitalisations, qu’il soit français ou européen, offre aujourd’hui des opportunités particulièrement intéressantes ».

Le gérant s’attache en outre, dans l’environnement de taux bas, à sélectionner des valeurs disposant encore d’une capacité d’endettement pour adapter leur stratégie, en évitant celles qui le seraient déjà trop, dans l’hypothèse d’une remontée des taux.