Le Slip Français, marque de sous-vêtements masculins fabriqués en France, lance son introduction en Bourse sur Euronext Growth Paris. L’opération porte sur un montant initial d’environ 12 millions d’euros, dont une augmentation de capital de 5 millions d’euros destinée à financer son outil de production et sa croissance, le reste correspondant à la vente d’actions par ses deux principaux actionnaires.
Le Slip Français : une introduction en Bourse sur Euronext Growth Paris
Le Slip Français invite les Français à devenir actionnaires à l’occasion de son introduction en Bourse, dont la période de souscription est ouverte du 25 juin au 8 juillet 2026 sur Euronext Growth Paris, le compartiment de la cote dédié aux PME et ETI. Sous le slogan « mettez votre Slip en action(s) ».
L’opération, d’un montant total initial de 12 millions d’euros, comporte deux volets. D’un côté, une augmentation de capital d’environ 5 millions d’euros, par émission d’actions nouvelles : c’est la seule part dont le produit revient à l’entreprise. De l’autre, une cession d’actions existantes d’environ 7 millions d’euros par des actionnaires actuels, dont le produit leur revient directement.
La taille de l’offre peut être portée à 13,8 millions d’euros en cas d’exercice intégral de la clause d’extension (une première rallonge), puis à 15,8 millions d’euros si l’option de surallocation (seconde rallonge) est activée. Ces deux rallonges portent uniquement sur des cessions d’actions existantes : elles permettraient aux actionnaires financiers historiques, les fonds Experienced Capital Partners (ECP) et 360 Capital Partners, de sortir en totalité.
L’émission des actions nouvelles est prioritaire : en cas de demande insuffisante, elle est servie avant les cessions.
L’Autorité des marchés financiers (AMF) a approuvé le prospectus de l’opération le 24 juin 2026 sous le numéro 26-212.
Prix de l’action Le Slip Français (ALLSF, FR0014018Y10)
Le prix de l’action Le Slip Français (code mnémonique : ALLSF) a été fixé à 14,80 euros par le conseil d’administration le 19 juin 2026.
Sur cette base, la valorisation de la société avant l’opération (valorisation « pré-money ») s’établit à 14,03 millions d’euros, pour 947 800 actions existantes après conversion des actions de préférence en actions ordinaires.
Avant l’opération, le capital est détenu à 40,99% par ECP, à 32,10% par 360 Capital Partners, à 17,11% par GG Corp (la holding du fondateur Guillaume Gibault) et à 9,21% par Léa Marie, directrice exécutive.
L’un des objectifs affichés de l’opération est de permettre à ECP et 360 Capital Partners, présents au capital depuis 2016 et 2015, de céder leur participation. En cas d’exercice intégral des deux rallonges, les deux fonds cèderaient 100% de leurs titres. Le flottant (la part du capital détenue par le public) passerait alors de 0% à plus de 83% du capital. Guillaume Gibault et Léa Marie, ont annoncé conserver leurs actions et se sont engagés à les garder pendant 365 jours après l’opération.
Le Slip Français, marque iconique du Made in France devenue groupe industriel
Le Slip Français a été fondé en 2011 par Guillaume Gibault. La marque s’est d’abord construite autour du sous-vêtement masculin, sur un positionnement premium associé au cadeau et à la fabrication française, avant d’élargir son offre aux chaussettes, pyjamas, tee-shirts et à une gamme féminine. Elle revendique plus de 850 000 clients depuis sa création et une notoriété de 60% des Français, selon une étude YouGov d’octobre 2025.
En 2023, face aux limites de son modèle, notamment sur le plan financier, avec deux exercices consécutifs de lourdes pertes en 2021 et 2022, l’entreprise a opéré un virage : passer d’une marque-cadeau haut de gamme à des sous-vêtements du quotidien plus accessibles. Le prix de vente moyen a été divisé par deux, ramené d’environ 40 à 20 euros, tandis que les volumes étaient multipliés par trois. Parallèlement, le modèle de distribution a été revu en profondeur, le réseau de boutiques ayant été ramené de 19 magasins fin 2023 à 2 en avril 2026, qui ont également vocation à être cédés. Seul un point de vente de type flagship à Paris, destiné principalement à incarner la marque et à servir de vitrine commerciale, a vocation à être ouvert.
Ces décisions expliquent la croissance en valeur limitée constatée l’an dernier : le chiffre d’affaires a progressé de 4,3% en 2025 (mais + 16% hors ventes des magasins détenus en propre), à 21,1 millions d’euros, malgré une hausse de 24% du nombre de pièces vendues.
Ce tournant tarifaire a été permis par un virage industriel, l’entreprise passant d’un modèle de sous-traitance à la production intégrée, au travers de l’usine Bonne Nouvelle, crée en 2023 et basée à Aubervilliers. Cette usine semi-automatisée, qui fabrique aujourd’hui environ 1 million de pièces par an, a été acquise en septembre 2025.
Au total, le groupe a assemblé près de 1,45 million de pièces en France en 2025.
La distribution passe désormais principalement par le numérique. Le site Internet représentait 72% du chiffre d’affaires 2025. Le panier moyen y atteignait 63 € HT en mars 2026.
Un marché du sous-vêtement masculin sur lequel la marque reste petite
Le Slip Français évolue d’abord sur le marché du sous-vêtement masculin en France, qui représente 71% de ses ventes en volume. Ce marché est estimé à plus de 500 millions d’euros (source : Kantar 2024).
La société y détient environ 4% de part de marché, alors que sa marque est connue de 60% des Français. C’est ce décalage entre une forte notoriété et une part de marché encore faible qui constitue, selon Guillaume Gibault, le premier moteur de croissance : « convertir cette notoriété » en ventes.
Le groupe se positionne également sur des produits connexes (chaussettes, pyjamas, tee-shirts) et propose une gamme féminine (4% de ses ventes – 40% de la clientèle).
Deux relais de croissance d’ici 2030
Le Slip Français entend s’appuyer sur deux moteurs pour se développer.
Le premier est le développement de la marque sur son marché historique du sous-vêtement masculin, où l’entreprise compte doubler sa part de marché à horizon 2030. Pour ce faire, l’entreprise compte s’appuyer sur des campagnes marketing « à forte viralité » et le développement d’un programme de fidélité pour conforter la récurrence des achats (taux de réachat de ses clients de 42% en 2025).
Le second est le renforcement de son outil industriel pour proposer une offre de production aux marques tierces, baptisée « Made in France as a Service ». L’idée : fabriquer en France, pour le compte d’autres marques. L’entreprise évalue ce marché à plus d’un milliard d’euros.
Ce relais de croissance repose sur la filiale Fier(T), créée seulement en avril 2026 : en 2025, cette activité de production pour des tiers était quasiment inexistante.
L’outil industriel a ainsi vocation à produire à grande échelle des jeans (2027), des sacs et casquettes (2028) et du linge de lit (2029).
Doublement du chiffre d’affaires visé à l’horizon 2030
Le Slip Français ne communique pas de prévisions de bénéfice, mais affiche des objectifs de doublement de son chiffre d’affaires à l’horizon 2030, ce qui le porterait à environ 42 millions d’euros, et une part de marché portée d’environ 4% à 8% sur le sous-vêtement masculin.
Elle vise par ailleurs un résultat d’exploitation supérieur à 10% de son chiffre d’affaires d’ici trois à cinq ans.
L’entreprise est redevenue bénéficiaire en 2025.
Utilisation du produit de la levée de fonds par Le Slip Français
Les fonds levés dans le cadre de l’augmentation de capital d’un montant d’environ 5 millions d’euros bruts, soit 3,7 millions d’euros nets après frais, devrait être répartis de la façon suivante :
- 34% à l’outil industriel, principalement via des investissements (achat de machines) et le développement de la filiale Fier(T) ;
- 32% à l’accélération commerciale et marketing, notamment via la publicité et le développement des revendeurs ;
- 34% pour faire face aux besoins de trésorerie nécessaires à l’accompagnement de la hausse des volumes envisagée.
Le produit des cessions d’actions, lui, ne revient pas à l’entreprise mais aux actionnaires qui vendent leurs titres, à savoir ECP et 360 Capital Partners.
Points de vigilance avant d’investir
Avant d’investir, quelques informations clés méritent d’être prises en compte.
Aucun dividende avant 2030. Un protocole signé avec les prêteurs le 2 avril 2025, qui rééchelonne la dette jusqu’en 2030, interdit toute distribution de dividende jusqu’au remboursement complet des prêteurs, prévu courant 2030.
Une activité avec une forte saisonnalité. Environ 36% du chiffre d’affaires est réalisé au quatrième trimestre, notamment pendant le Black Friday et la période des fêtes de fin d’année.
Un relais de croissance B2B encore embryonnaire. L’offre « Made in France as a Service », présentée comme le second moteur de croissance, ne génère pas encore de revenus significatifs.
Informations pratiques sur l’introduction en Bourse du Slip Français
Modalités
- Marché de cotation : Euronext Growth Paris
- Code mnémonique : ALLSF
- Code ISIN : FR0014018Y10
- Prix de l’offre : 14,80 euros par action
- Nature de l’opération : augmentation de capital (337 838 actions nouvelles, environ 5 millions d’euros) et cession d’actions existantes (471 742 actions, environ 6,98 millions d’euros), avec clause d’extension et option de surallocation portant sur des actions existantes
- Montant total brut maximum : 15,8 millions d’euros
- Structure : offre à prix ferme destinée aux particuliers en France et placement global destiné aux investisseurs institutionnels
- Valorisation pré-money : 14,03 millions d’euros
- Engagements de souscription : 6,925 millions d’euros, dont 4,8 millions d’euros d’Eiffel Investment Group, 1,5 million d’euros de Vatel Capital (par conversion de créance).
Calendrier
- 24 juin 2026 : approbation du prospectus par l’AMF
- 25 juin 2026 : ouverture de l’offre à prix ferme et du placement global
- 8 juillet 2026 : clôture de l’offre à prix ferme, à 17 heures pour les souscriptions au guichet et à 20 heures pour les souscriptions par Internet
- 9 juillet 2026 : fixation définitive des modalités de l’offre et annonce du résultat
- 13 juillet 2026 : règlement-livraison des actions
- 14 juillet 2026 : premières négociations des actions sur Euronext Growth Paris
- 7 août 2026 : date limite d’exercice de l’option de surallocation
À propos de l'auteur
Olivier Brunet est cofondateur de ToutSurMesFinances.com et rédacteur en chef spécialisé en placements et fiscalité des particuliers. Présent au sein du média depuis sa création, il en est l’un des piliers éditoriaux. Il analyse les stratégies d’investissement, suit les évolutions fiscales et les problématiques patrimoniales avec une vision long terme, forgée par des années de pratique et de suivi des marchés.





