Pherecydes Pharma : une introduction en Bourse pour financer ses premiers essais cliniques de traitements en phagothérapie

Par Olivier Brunet
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Pherecydes Pharma, société biotech basée à Nantes (44) et Romainville (93) qui développe des candidats-médicaments pour le traitement des infections bactériennes résistantes aux antibiotiques, souhaite récolter 7 à 8 millions d’euros à l’occasion de son introduction en Bourse. La levée de fonds lui permettrait de financer son programme d’essais cliniques, prioritairement contre le staphylocoque doré, jusqu’à fin 2022.

Introduction en Bourse de Pherecydes Pharma par augmentation de capital

Pherecydes Pharma a lancé son introduction en Bourse ou IPO (initial public offering, entrée en Bourse en anglais) sur Euronext Growth, le segment de la Bourse de Paris consacré aux entreprises de croissance. Le bouclage de l’opération est presque assuré : la société a reçu des engagements de souscription de 4,6 millions d’euros, soit 66,1% de l’offre, dont 2,1 millions provenant d’actionnaires existants. Et en raison d’une forte demande, la société a annoncé la clôture par anticipation de la période de souscription, du 3 au 1er février.

Première du genre en 2021, l’opération lancée par la société de biotechnologies, spécialiste de la phagothérapie, prend la forme d’une augmentation de capital d’un montant de 7 millions d’euros. En cas de forte demande, une rallonge pourrait être exercée sous la forme d’une clause d’extension de près d’un million d’euros, correspondant à l’émission d’un maximum de 166.599 actions supplémentaires.

Avec cette levée de fonds, Pherecydes Pharma estime pouvoir assurer le financement de son programme de développement jusqu’au second semestre 2022 « sans prendre en compte l’apport d’éventuels financements non dilutifs », précise Philippe Rousseau, directeur des opérations de la société. Cette visibilité provient, outre la présente augmentation de capital, d’un tour de financement préalable à l’IPO de 1,5 million d’euros réalisé en décembre. « Notre consommation de trésorerie historique est légèrement inférieure à 400.000 euros par mois. Elle va légèrement augmenter à partir de 2021, compte tenu du passage de nos programmes en essais cliniques », ajoute-t-il.

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Au moins 10% des actions sont mises à disposition dans le cadre d’une offre au public en France réalisée sous la forme d’une offre à prix ferme (OPF), s’adressant aux particuliers.

Prix de l’action Pherecydes Pharma – ALPHE

Le prix des actions Pherecydes Pharma (Code ISIN : FR0011651694) a été fixé à 6 euros.

La capitalisation boursière au prix de l’introduction en Bourse atteindrait :

  • 33,9 millions d’euros sans clause d’extension
  • 34,9 millions d’euros avec exercice intégral de la clause d’extension

En cas de succès, la première cotation des actions sur Euronext Growth devrait intervenir le 4 février prochain et les premiers échanges au cours de la séance de bourse du 9 février.

Spécialiste de la phagothérapie, une solution à l’antibiorésistance

Créée en 2006 et dirigée par Guy-Charles Fanneau de La Horie depuis 2016 (celui-ci avait mené l’IPO de Neovacs en 2010), Pherecydes Pharma est un spécialiste de la phagothérapie, un type de traitements découvert il y a un siècle s’appuyant sur les propriétés de virus tueurs de bactéries après les avoir infectées, appelés bactériophages ou phages. Ces phages constituent une réponse à l’antibiorésistance qui provoque plusieurs des centaines de milliers de morts chaque année (700.000 en 2014 selon l’OMS).

« Le mode d’action des bactériophages présente trois avantages : sa spécificité, puisqu’il s’attaque uniquement aux bactéries et pas aux cellules humaines, sa rapidité (moins de 45 minutes), et son autoréplication, une multiplication jusqu’à extinction de la dernière bactérie, ce qui évite l’administration répétée de traitements », résume Guy-Charles Fanneau de La Horie.

Mais pour l’heure, aucun traitement de ce type n’a obtenu d’autorisation de mise sur le marché (AMM) à ce jour dans ce domaine. Pherecydes Pharma a bien l’intention de compter parmi les précurseurs.

Phagothérapie sur-mesure

La société a réorienté sa recherche pour se concentrer en 2010 sur la sélection de phages existant à l’état naturel (abandon des phages génétiquement modifiés), puis son approche thérapeutique en  2017 sur la phagothérapie dite de précision. « Ce concept inventé par Pherecydes Pharma permet de réaliser un traitement adapté à chaque patient et de réaliser des économies d’échelle, expose le président du directoire de la société. L’hôpital nous envoie la souche bactérienne pathogène, nous détectons en 48 heures quels phages sont les plus actifs, ces phages sont ensuite assemblés dans des conditions stériles dans une solution physiologique par la pharmacie hospitalière puis administrés au patient à l’hôpital ».

Afin d’adresser le marché le plus large possible, la biotech a défini trois cibles thérapeutiques, sur lesquelles les essais cliniques (quatre en propre et deux financés par des programmes hospitaliers de recherche clinique) vont débuter successivement de 2021 à 2023. « Nous avons sélectionné trois bactéries qui à elles seules représentent 68% des infections résistantes, Staphylococcus aureus (staphylocoque doré), Escherichia coli (E. Coli) et Pseudomonas aeruginosa (responsable d’infections pulmonaires), qui sont trois priorités majeures de l’OMS », PDG de Pherecydes Pharma.

Introduction en Bourse pour financer le programme d’essais cliniques

Les trois-quarts des fonds levés seront alloués aux dépenses de recherche et développement (R&D), dont la moitié aux essais cliniques de traitements contre le staphylocoque doré, dans deux indications. Son programme le plus avancé vise à traiter les infections ostéoarticulaires sur prothèses, qui va entrer en phase I/II (évaluation de la tolérance et de l’efficacité) cette année. Les résultats sont attendus au troisième trimestre 2022. L’autre indication visée est l’infection de l’ulcère du pied diabétique, qui constitue, d’après la société, la première cause d’amputations de membres inférieurs dans les pays développés.

La direction prévoit d’affecter 25% de la levée de fonds à sa seconde cible thérapeutique, le traitement des infections urinaires compliquées causées par la bactérie Escherichia coli (E. Coli).

Plus de 30 M€ de CA dès 2025 ?

Pherecydes Pharma estime se distinguer d’autres biotech à plusieurs titres. « La société n’entre pas en développement clinique de façon classique puisque nous pouvons nous appuyer sur le test de nos phages en conditions réelles sur plus de 20 patients en France, ce qui nous a permis et récolter beaucoup d’informations cliniques et de susciter un phénomène de création de marché, puisque nous traitons des demandes de nouveaux hôpitaux de façon assez régulière », souligne Guy-Charles Fanneau de La Horie.

Autre élément de différenciation avancé par le président, la perspective d’une génération prochaine de chiffre d’affaires dès l’obtention d’autorisations temporaires d’utilisation (ATU) par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Celles-ci sont espérées au second semestre 2021 pour ses bactériophages anti-staphylocoque doré et anti-Pseudomonas aeruginosa, dès la mise à disposition des lots de phages produits selon les normes GMP/BPF (bonnes pratiques de fabrication). Le nombre d’infections résistantes au staphylocoque doré et à Pseudomonas aeruginosa est estimé à respectivement 19.000 et 4.500 par an rien qu’en France.

Selon les projections des analystes financiers de Portzamparc – BNP Paribas (banque d’affaires en charge de l’introduction en Bourse), les ATU pourraient représenter un potentiel de chiffre d’affaires annuel de plus 30 millions d’euros à l’horizon 2025, avant l’obtention des autorisations de mises sur le marché (AMM). Le management espère obtenir sa première AMM en 2025 dans le domaine des infections ostéoarticulaires sur prothèse. À ce stade, les dirigeants n’ont prévu aucune signature d’accord de licence avec un partenaire pharmaceutique dans leur business plan pour la mise sur le marché et la commercialisation de ses produits.

Interview du président du directoire de Pherecydes Pharma

Guy-Charles Fanneau de La Horie, président du directoire de Pherecydes Pharma

Guy-Charles Fanneau de La Horie, président du directoire de Pherecydes Pharma

ToutSurMesFinances.com : Pourquoi chercher une réponse à l’antibiorésistance ?

Guy-Charles Fanneau de La Horie : L’antibiorésistance pose un problème de santé publique critique et planétaire. L’OMS a fait état de 700.000 morts liés à la résistance aux antibiotiques en 2014 et les projections sont très alarmantes. Selon un rapport remis en 2016 à la demande du ministère de la Santé britannique, ce sont 10 millions de personnes qui pourraient mourir dans le monde en 2050 en cas d’inaction en matière de résistance aux antimicrobiens. Or l’humanité n’est pas suffisamment armée : aucune nouvelle classe d’antibiotiques n’a été mise sur le marché depuis 1982.

Les coûts sont déjà colossaux pour la société et les systèmes de santé : entre 20 000 et 80 000 dollars par patient en Europe, une mortalité plus que doublée et des durées d’hospitalisation allongées de 9 à 13 jours.

Quel est l’intérêt de la phagothérapie ?

La phagothérapie est issue de la découverte simultanée en 1915 par deux chercheurs, le Britannique Frederick Twort et le Franco-Canadien Félix d’Hérelle, de l’Institut Pasteur, des bactériophages, ou phages, des virus naturels capables de tuer une bactérie sans infecter d’autres cellules.

La phagothérapie a été largement utilisée comme traitement contre les infections en Europe et aux Etats-Unis, jusqu’à l’essor de l’antibiothérapie à partir de années 1940. Elle est toujours utilisée comme anti-infectieux dans certains pays de l’Est comme en Géorgie ou en Russie. Ces phages sont vendus sans ordonnance, sans avoir été spécifiquement caractérisés ni fait l’objet d’études cliniques référencées. Dans les pays occidentaux, la phagothérapie moderne se développe depuis les années 2000, dans un contexte l’augmentation des infections nosocomiales et de déficience de nouveaux traitements.

Quel est le savoir-faire de Pherecydes Pharma ?

Nous avons sélectionné et caractérisé les meilleurs phages, actifs contre un maximum de souches bactériennes et adaptés à une production à grande échelle.

Les traitements sont individualisés. Pour chaque patient, nous identifions in vitro les phages les plus actifs sur sa souche bactérienne pour lui proposer un traitement sur-mesure : nous ne lui administrons que les phages les plus efficaces. C’est le concept de phagothérapie de précision que Pherecydes Pharma a inventé. Mais notre approche va au-delà du concept puisqu’elle a déjà été testée sur 20 patients en France, en accord avec l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament), dans le cadre de traitements compassionnels que nous avons fourni à titre gratuit, dans des situations très exceptionnelles, les malades n’ayant aucun autre recours ni le temps d’attendre l’autorisation de mise sur le marché (AMM).

Quelles sont les infections bactériennes visées ?
Nous nous concentrons sur trois familles de phages permettant d’adresser les trois infections bactériennes les plus critiques selon l’OMS : le staphylocoque doré ou Staphylococcus aureus, Pseudomonas aeruginosa dans le domaine des infections pulmonaires et l’Escherichia coli.

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre programme le plus avancé ?
Il vise staphylocoque doré, la deuxième bactérie la plus responsable d’infections nosocomiales à l’hôpital, dont une large part des souches est résistante aux antibiotiques.

Nous avons sélectionné deux indications pour lesquelles nous pouvons démontrer le bénéfice que peut apporter l’activité de nos phages : les infections ostéoarticulaires sur les prothèses qui touchent  jusqu’à 2% des prothèses de hanche et 3% des prothèses de genou, et l’ulcère du pied diabétique. 15% des patients souffrant de diabète peuvent être atteints d’un ulcère du pied diabétique. On sait que cette infection est la première cause d’amputations de membres inférieurs dans les pays développés.

Nous avons présenté à l’EMA notre programme de développement préclinique sur les infections ostéoarticulaires sur prothèses causées par Staphylococcus aureus. Nous avons démontré que nos phages étaient très bien tolérés, qu’ils étaient actifs sur des modèles animaux, même en présence de biofilms, où les bactéries adhèrent à un support et se développent en colonies, ce qui favorise leur survie et constitue un frein majeur à l’efficacité des antibiotiques.

Quelles sont les prochaines étapes de développement de ce programme ?
Une étude de phase I/II sera lancée mi-2021. Il s’agira d’une étude comparative menée sur 60 à 80 patients, menée avec les CRIOAc (centres référents de prise en charge des infections ostéo-articulaires les plus complexes, NDLR). L’objectif est de démontrer l’efficacité et la tolérance des phages à trois mois post-opération, dans le cadre d’un protocole DAIR (nettoyage des tissus nécrosés, traitement aux antibiotiques et maintien de la prothèse, NDLR). Nous disposerons des résultats au troisième trimestre 2022.

En parallèle, une étude complémentaire, réalisée sur une autre catégorie de patients souffrant d’infections sur prothèse, sera lancée par le CHU de Bordeaux en tant que promoteur, auquel nous fourniront les phages.

À quel horizon peut-on espérer une mise sur le marché ?
La situation dépendra largement des résultats de l’étude de phase I/II.  Si nous suivons un schéma jusqu’aux études de phase III (comparaison vs placebo ou traitement de référence, NDLR), une demande d’AMM pourra intervenir à l’horizon 2025. Mais si les résultats devaient être très bons, nous pourrions envisager de reprendre langue avec l’agence européenne du médicament pour passer par un schéma AMM conditionnelle, accordé à des médicaments répondant à des besoins médicaux insatisfaits.

Pourquoi une cotation sur Euronext Growth plutôt que sur le Nasdaq ?
Notre structure actionnariale et nos opérations, qui sont encore très européens justifiaient davantage une cotation sur Euronext que sur le Nasdaq. De plus, deux sociétés de notre environnement concurrentiel sont déjà cotées sur le Nasdaq, mais aucune ne l’était en Europe.

Propos recueillis par Olivier Brunet

IPO de Pherecydes Pharma : modalités, code ISIN

Modalités de l’introduction en Bourse de Pherecydes Pharma

  • Marché de cotation : Euronext Growth
  • Code mnémonique de l’action : ALPHE
  • Code ISIN : FR0011651694
  • Prix d’introduction : 6 euros par titre
  • Nature de l’opération : augmentation de capital
  • Nombre de titres proposés : 1.166.666 actions nouvelles (1.333.265 maximum)
  • Éligibilité des titres : PEA, PEA-PME, compte-titres ordinaire (CTO), réduction d’impôt IR-PME

Dates de l’introduction en Bourse

La date de clôture de l’introduction en Bourse a été avancée du 3 au 1er février, en raison vif succès rencontré auprès des investisseurs. Le calendrier de l’opération a été modifié en conséquence.

  • 12 janvier 2021 : validation par Euronext du projet d’admission sur Euronext Growth à Paris
  • 20 janvier 2021 : ouverture de la période de souscription
  • 1er février 2021 (le 3 initialement) : clôture de l’offre à prix ferme (OPF) à 17 heures pour les souscriptions au guichet de banque et à 20 heures pour les ordres passés en ligne
  • 2 février 2021 (le 4 initialement) : annonce du résultat de l’offre
  • 4 février 2021 (le 8 initialement) : règlement-livraison des titres
  • 5 février 2021 (le 9 initialement) : début des négociations des actions sur le marché Euronext Growth d’Euronext Paris
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