Aelis Farma : succès de l’introduction en Bourse pour financer le développement de traitements innovants des troubles cognitifs

Par Olivier Brunet
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Aelis Farma, société biotech basée à Bordeaux qui développe une nouvelle classe de médicaments pour le traitement des maladies du cerveau, a réussi à lever environ 25 millions d’euros dans le cadre de son introduction en Bourse sur le marché réglementé d’Euronext Paris. Objectifs : financer la poursuite des programmes cliniques de ses deux candidats-médicaments les plus avancés, dans le traitement des troubles liés à la consommation excessive de cannabis et des déficits cognitifs associés au syndrome de Down (lié à la trisomie 21). Le lancement du développement d’un autre candidat-médicament est également à l’étude.

Aelis Farma : lancement réussi de l’introduction en Bourse sur Euronext Paris

Aelis Farma, société biopharmaceutique française basée à Bordeaux, a lancé avec réussite son introduction en Bourse sur le marché réglementé d’Euronext Paris. Après avoir reçu l’approbation par l’Autorité des marchés financiers (AMF) du document d’enregistrement, la société avait obtenu le feu vert sur sa note d’opération.

Dans ce cadre, la société a réalisé une augmentation de capital pour financer son programme de recherche et développement (R&D) d’un montant d’environ 25 millions d’euros par émission d’un nombre maximum de nombre maximum de 1.783.167 actions ordinaires nouvelles. En cas de forte demande, cette somme est susceptible d’être portée à environ 25,55 millions d’euros par le biais de l’exercice intégral de l’option de surallocation par émission d’un maximum de 39.627 actions nouvelles additionnelles.

Aelis Farma avait reçu des engagements de souscription :

  •  de ses actionnaires historiques pour un montant de 5,5 millions d’euros
  • un engagement irrévocable de souscription de l’équivalent de 11 millions de dollars (M$) de la part d’Indivior PLC, partenaire industriel d’Aelis Farma coté sur la Bourse de Londres, soit environ d’environ 9,8 millions d’euros
  • du fonds DNCA Actions Euro Micro Caps pour un montant de 1,2 million d’euros
  • soit un total de 16,54 millions d’euros, soit environ 66,1% du montant brut de l’offre

Une tranche est allouée aux particuliers à hauteur de 10% minimum du nombre de titres offerts.

Au final, les 1.822.794 actions ordinaires ont été allouées comme suit dans le cadre de l’offre à prix ouvert (OPO) :

  • placement global : 1.686.579 actions ordinaires allouées à des investisseurs institutionnels français et étrangers (soit 92,53% du total des actions allouées)
  • OPO : 136.215 actions ordinaires nouvelles allouées au public (7,47% du total des titres alloués)

Prix de l’action Aelis Farma (FR0014007ZB4, AELIS)

Le prix de l’action Aelis Farma est fixé à 14,02 euros, soit le bas de la fourchette de prix indicative qui avait été rendue publique par voie de communiqué de presse et dans la note d’opération. Cette fourchette s’établissait entre 14,02 et 16,82 euros par action, soit un prix médian de 15,42 euros.

Sur la base d’un prix par action de 14,02 euros, la capitalisation boursière ressortira à environ 175 millions d’euros à l’issue de l’augmentation de capital. Elle était espérée à 204,9 millions d’euros sur la base d’un prix de 16,82 euros.

Aelis Farma développe une nouvelle classe de traitements des troubles cognitifs

Créée fin 2013, Aelis Farma est une société biopharmaceutique qui développe des candidats-médicaments appartenant à une nouvelle classe pharmacologique appelée inhibiteurs spécifiques de signalisation du récepteur CB1 (CB1-SSi), qui joue un rôle majeur dans la régulation de la physiologie et du comportement, ouvrant la voie à de potentiels traitements de plusieurs troubles cognitifs. Ces molécules sont basées sur la découverte dans les années 2000 par le groupe de recherche de Pier Vincenzo Piazza à l’Inserm (Bordeaux), co-fondateur et directeur général d’Aelis Farma, de l’inhibition spécifique du récepteur CB1 par la prégnénolone, une hormone naturellement présente dans le corps humain.

Actuellement, Aelis Farma développe deux candidats-médicaments inhibant l’hyperactivité du récepteur CB1 tout en préservant son activité physiologique normale :

  • AEF0117 : traitement l’addiction au cannabis
  • AEF0217 : traitement de plusieurs déficits cognitifs, à commencer par ceux liés au syndrome de Down (trisomie 21)

Globalement, le modèle de création de valeur d’Aelis Farma repose à la fois sur la mise en place de partenariats industriels pour assurer à terme la commercialisation de ses candidats-médicaments, et sur le développement clinique autonome de certaines molécules jusqu’à l’autorisation de mise sur le marché.

AEF0117 : candidat-médicament pour le traitement de l’addiction au cannabis

AEF0117, premier candidat-médicament mis au point par la société, vise à traiter les troubles dus à une consommation excessive de cannabis. C’est aussi la molécule la plus avancée du programme de développement d’Aelis Farma, puisqu’une étude de phase 2a (test d’efficacité sur un petit groupe de volontaires) a été menée avec succès en 2019-2020.

La société prévoit d’entamer, au deuxième trimestre 2022, une étude de phase 2b, visant à évaluer chez 330 patients le potentiel thérapeutique de AEF0117 dans les troubles de l’usage du cannabis. Celle-ci doit s’achever courant 2024.

AEF0117 a d’ores et déjà été source de création de valeur pour Aelis Farma, la molécule ayant fait l’objet en juin 2021 d’un accord d’option de licence avec Indivior PLC, laboratoire britannique reconnu dans le traitement des addictions (il commercialise le Subutex, produit de substitution à l’héroïne ou aux autres opiacés), permettant le financement potentiel de son programme de développement jusqu’à son terme.

Si l’issue de l’étude de phase 2b s’avère positive, Aelis Farma et Indivior prévoient de démarrer des études de phase 3 fin 2024 ou début 2025, afin d’obtenir une approbation aux États-Unis et en Europe. Aelis Farma est en charge des opérations et coûts associés jusqu’à la fin du programme de phase 2b, l’exécution de la phases 3 et de la demande d’autorisation de mise sur le marché (AMM) étant dévolue à Indivior, s’il exerce l’option de licence.

Les modalités financières du deal sont les suivantes :

  • paiement par Indivior d’une option de 30 M$ déjà encaissée par Aelis Farma
  • versement par Indivior à Aelis Farma de 100 M$ en cas d’exercice de l’option de licence à l’issue de la phase 2b
  • versement par Indivior à Aelis Farma d’une somme maximum de 340 M$ supplémentaires en cas de franchissements d’étapes de développement, réglementaires et commerciales
  • paiement de redevances par Indivior à Aelis Farma comprises entre 12% et 20% sur les ventes nettes de AEF0117

AEF0217 : traitement des déficits cognitifs associés au syndrome de Down (trisomie 21)

AEF0217, le second candidat-médicament développé par la société, est entré en développement clinique de phase 1 en 2021 afin d’évaluer sa sécurité d’emploi.

Dédié au traitement des troubles cognitifs, AEF0217 cible pour l’heure plus spécifiquement le déficit cognitif du syndrome de Down « pour lequel l’ensemble du développement clinique et non-clinique jusqu’à la phase 2b incluse, a été entièrement conçu, validé et démarré », indique Aelis Farma dans son document d’enregistrement.

L’entreprise indique que AEF0217 « pourrait devenir le premier traitement des déficits cognitifs causés par une hyperactivité du récepteur CB1 et, en première indication, ceux associés au syndrome de Down (trisomie 21), condition génétique causée par la présence d’un chromosome 21 supplémentaire dans les cellules de la personne atteinte ».

Aelis Farma chiffre à 0,8 million le nombre de personnes vivant avec le syndrome de Down dans les principaux pays occidentaux et au Japon, « avec une prévalence en progression en raison de l’augmentation significative, lors des dernières décennies, des grossesses tardives et de l’espérance de vie des personnes vivant avec ce syndrome ».

Le management entend mener ce programme en stand alone (de façon autonome) jusqu’à l’autorisation de mise sur le marché, « tout en restant ouvert à l’évaluation d’un partenariat potentiel ».

Levée de fonds pour enrichir le portefeuille de produits

Le produit net de la levée de fonds lancée par Aelis Farma dans le cadre de l’introduction en Bourse, estimé à 22,2 millions d’euros, vise à financer notamment :

  • « l’accélération » du développement de ses deux premiers candidats-médicaments, AEF0117 et AEF0217
  • l’extension d’AEF0217 à une autre indication thérapeutique (autre type de trouble cognitif)
  • l’entrée en développement d’un autre candidat-médicament, en ciblant en priorité des maladies orphelines impliquant le CB1

Par composé, les fonds ont vocation à être affectés comme suit :

  • AEF0117 : 25% des fonds levés
  • AEF0217 : 45%
  • Développement de nouveaux CB1-SSi : 30%

Interview : Pier Vincenzo Piazza, cofondateur et directeur général d’Aelis Farma

Pier Vincenzo Piazza, DG d’Aelis Farma (au centre), entouré de Valérie Monlezun, COO (à gauche) et de Valérie Scappaticci, CFO, (à droite)

Quelles sont les particularités d’Aelis Farma ?

Aelis Farma est une société biopharmaceutique qui se caractérise par un écosystème de recherche et développement qui nous a permis d’avoir des relations structurantes avec des partenaires de prestige en France et à l’international et un accès à des agences de financement parmi les plus exigeantes au monde, comme le National Institutes of Health (NIH) aux États-Unis ou le comité Horizon 2020, programme de recherche et d’innovation de l’Union européenne.

Nous développons une nouvelle classe de médicaments qu’on appelle les CB1-SSi qui combat l’hyperactivité du récepteur CB1, un récepteur du cerveau impliqué dans un nombre très large de pathologies cérébrales. Nos molécules ont un mécanisme d’action unique, jamais testé chez l’homme auparavant, qui donne un accès à des domaines thérapeutiques et des maladies sans traitement disponible jusqu’à maintenant. C’est comme si, rétrospectivement, nous avions découvert les anxiolytiques ou les antidépresseurs.

Scientifique de formation, j’ai décidé de passer à l’entrepreneuriat pour m’assurer que la classe de médicaments que j’ai découverte soit portée sur le marché dans les meilleures conditions.

En quoi vos candidats-médicaments sont-ils innovants ?

La classe pharmacologique de génération précédente ciblant le récepteur CB1 proposée jusqu’à présent, les antagonistes, produisent des effets indésirables empêchant leur utilisation.

Les caractéristiques de nos molécules évitent ces effets secondaires en reproduisant le mécanisme d’action de la Pregnenolone, une hormone sécrétée naturellement, intervenant dans la régulation de l’hyperactivité du récepteur CB1. Ces propriétés nous ouvrent des options thérapeutiques dans des domaines où il n’existait pas de traitement. Nous avons d’ores et déjà amené deux candidats-médicaments au stade du développement clinique : AEF0117 pour traiter les effets néfastes de l’usage excessif du cannabis et AEF0217 pour traiter divers déficits cognitifs, notamment ceux liés à la trisomie 21.

Notre innovation a été validée par un partenaire industriel expert, Indivior, leader dans le traitement des addictions, pour le développement d’AEF0117 en cas de résultats positifs de l’étude de phase 2b.

Pourquoi cibler les troubles liés à la consommation excessive du cannabis ?

Ils constituent la prochaine épidémie liée à l’usage de drogues. La vague de légalisation a favorisé l’augmentation de la concentration de THC, le principe actif du cannabis, la drogue est devenue de plus en plus puissante, entraînant des effets de plus en plus néfastes. Dans les États américains qui ont légalisé le cannabis, comme au Nevada, les entrées aux urgences dues au cannabis ont dépassé celles dues à la consommation d’opioïdes et d’héroïne, un phénomène auquel on assiste aussi en Europe. On compte 7,2 millions d’individus ayant reçu un diagnostic d’addiction au cannabis dans les pays occidentaux, et on estime à environ 250.000 par an les cas de psychoses provoqués par le cannabis en Europe et aux États-Unis. On peut également ajouter les conséquences sociales de la consommation excessive de cannabis, se traduisant par une augmentation du décrochage scolaire, du chômage, ainsi que les déficits cognitifs pouvant aller jusqu’à 8 points de perte de QI.

AEF0117 est votre candidat-médicament le plus avancé. Où en est-on ?

Notre composé AEF0117 a montré en phase préclinique qu’il est très puissant, il fonctionne donc à très faible dose. Nous n’avons constaté aucun des effets adverses traditionnellement observés avec les antagonistes CB1 de précédente génération. Ces bons résultats ont permis d’obtenir l’autorisation d’administration à l’homme auprès de la FDA et un financement du NIH qui a participé au développement des premières phases d’étude clinique, la phase 1 chez les volontaires sains et la phase 2a (preuve d’activité) chez les toxicomanes au cannabis. Les résultats positifs nous ont conduits à lancer, avec notre partenaire Indivior, une phase 2b de grande envergure à partir du deuxième trimestre 2022.

Nous avons déjà abouti son développement pharmaceutique : dès la phase 1, nous avons utilisé la forme pharmaceutique qui sera commercialisée (des capsules, dont la fabrication est externalisée, NDLR). Elle présente l’avantage d’avoir de très faibles coûts de production et une très grande stabilité.

Quels sont les apports d’AEF0217, votre second candidat-médicament au stade clinique ?

Le développement préclinique a apporté la preuve préclinique d’une restauration du déficit de la mémoire de travail, trouble cognitif clé du syndrome de Down ( trisomie 21). Cette combinaison d’efficacité préclinique et d’innocuité observée jusqu’à présent en phase 1 fait naître un espoir d’une avancée majeure dans la qualité de vie et l’intégration sociale des personnes vivant avec le syndrome de Down, qui touche 0,8 million de personnes dans les principaux pays occidentaux et au Japon. De plus au niveau préclinique AEF2017 a montré une efficacité dans d’autres déficits cognitifs, neurodéveloppementaux et liés au vieillissement, et pourrait avoir un éventail d’indications très large.

Quelle est votre stratégie de création de valeur ?

Notre vision stratégique consiste à montrer que nous sommes capables d’amener nos candidats-médicaments jusqu’à la mise sur le marché, sachant que nous n’aurons pas vocation à les commercialiser. Cela ne nous empêchera pas, tactiquement, à discuter avec des partenaires potentiels. Nous ne doutons pas que, lorsque des résultats commenceront à sortir, nos composés pourront attirer énormément d’attention.

Notre deal avec Indivior démontre que nous sommes en capacité de saisir les opportunités créatrices de valeur pour l’actionnaire.

Pourquoi cette introduction en Bourse ?

Nous n’avions pas besoin d’argent, notre trésorerie nous permettant déjà d’assurer la viabilité de l’entreprise jusqu’en 2024. La levée de fonds permettra d’amener nos CB1-SSi plus haut plus vite, pour asseoir notre position de leader mondial dans le traitement de maladies du cerveau liées au CB1 et non pour payer le cash burn (consommation de trésorerie) lié à nos opérations.

Nous allons pouvoir préparer, à compter de 2023, l’entrée d’une troisième molécule en développement. Nos programmes ciblent en priorité sur des indications orphelines, telles que le syndrome de délétion 22q11, une maladie génétique orpheline associée à l’hyperactivité et à la psychose, ou certains troubles du spectre autistique (TSA).

Propos recueillis par Olivier Brunet

IPO Aelis Farma : modalités, dates, code ISIN

Modalités de l’introduction en Bourse de la société Aelis Farma

  • Marché de cotation : Euronext Paris
  • Code mnémonique de l’action : AELIS
  • Code ISIN : FR0014007ZB4
  • Prix d’introduction : 14,02 euros (la fourchette indicative était comprise entre 14,02 et 16,82 euros, soit un prix médian à 15,42 euros)
  • Nature de l’opération : augmentation de capital
  • Nombre de titres offerts : 1.783.167 actions maximum hors rallonges (1.822.794 en comptant les 39.627 actions nouvelles additionnelles)
  • Éligibilité des titres : PEA, PEA-PME, compte-titres ordinaire (CTO), 150-0 B ter du CGI (remploi de plus-value de cession)

Calendrier de l’IPO

Le calendrier indicatif de l’IPO d’Aelis Farma est le suivant :

  • 1er février 2022 : approbation du prospectus par l’AMF
  • 2 janvier 2022 : ouverture de la période de souscription
  • 14 février 2022 : clôture de l’offre à prix ouvert (OPO) à 17 heures pour les souscriptions au guichet de banque et à 20 heures pour les ordres passés en ligne
  • 15 février 2022 : annonce du résultat de l’offre, fixation du prix
  • 17 février 2022 : règlement-livraison des titres (date d’inscription sur compte-titres)
  • 18 février 2022 : début des négociations des actions sur Euronext
  • 17 mars 2022 : date limite d’exercice de l’option de surallocation
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