Impôt sur la fortune en France : de l’ISF à l’IFI, et le débat sur son retour

Par Olivier Brunet

L’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) n’existe plus en France depuis le 1er janvier 2018 : seul subsiste l’impôt sur la fortune immobilière (IFI), limité à l’immobilier. Des propositions pour taxer de nouveau l’ensemble de la fortune reviennent à chaque budget, sans avoir abouti à ce jour. L’élection présidentielle de 2027 relance la question de l’éventuel rétablissement d’un impôt sur la fortune.

Qu’est-ce qu’un impôt sur la fortune ?

Un impôt sur la fortune, comme l’ancien impôt de solidarité sur la fortune (ISF), est un impôt déclaratif calculé chaque année sur la valeur nette du patrimoine d’un foyer au 1er janvier (ses biens moins ses dettes), et non sur ses revenus.

L’impôt sur la fortune n’est qu’une des façons de taxer la richesse. L’administration fiscale prélève des impôts sur le patrimoine lui-même quand on le possède (IFI, taxe foncière), quand on l’achète (droits de mutation sur les ventes immobilières) et quand on le transmet (droits de succession et de donation). Elle taxe aussi les revenus qu’il procure : loyers, intérêts, dividendes et plus-values.

Certaines propositions prennent la forme d’un impôt minimum sur les plus hauts patrimoines, dit différentiel, comme celle de la Cour des comptes (voir plus bas).

Les partisans d’une imposition globale sur le patrimoine des foyers les plus aisés appellent à un rétablissement d’un impôt sur la fortune pour des raisons budgétaires, mais aussi à des fins de justice fiscale. Leur raisonnement peut s’appuyer sur les constats de la Cour des comptes, dans sa note « La fiscalité du patrimoine des ménages : pour une réforme d’équité et d’efficacité » (21 septembre 2026). Le patrimoine des ménages représente 5,8 fois le produit intérieur brut (PIB) en 2024, contre 3,3 fois en 1995. Les 10% de ménages les plus aisés en détiennent la moitié, pour un quart des revenus. L’héritage accroît cette concentration. Mieux répartir les richesses supposerait donc de taxer le patrimoine lui-même.

Les détracteurs d’une telle taxation soulignent au contraire le poids des prélèvements obligatoires en général, et celui de l’imposition sur le patrimoine en particulier. Selon la même note de la Cour des comptes, la France prélève déjà 117 milliards d’euros sur le patrimoine en 2024, soit 9,4% des prélèvements obligatoires. Elle se classe au quatrième rang de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) pour la part des impôts sur le patrimoine possédé dans l’ensemble de ses prélèvements. Un nouvel impôt conduirait à taxer une seconde fois une épargne issue de revenus ayant déjà été imposés.

Ne pas confondre

La contribution exceptionnelle sur les hauts revenus (CEHR) et la contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR) taxent les revenus, et non le patrimoine.

 

L’ISF existe-t-il encore ? Ce qui le distingue de l’IFI

Non : l’ISF a été supprimé au 1er janvier 2018, en application de l’article 31 de la loi n° 2017-1837 du 30 décembre 2017. L’impôt sur la fortune immobilière (IFI), dont le champ d’application est plus restreint, l’a remplacé. Voulue par Emmanuel Macron pour orienter l’épargne vers les entreprises, la réforme est critiquée par la gauche, qui y voit une mesure favorable aux plus aisés, symbolisant la politique fiscale de ses deux quinquennats.

L’IFI ne taxe que l’immobilier, détenu directement ou indirectement (via des sociétés ou certains placements). Il reprend le seuil de l’ancien ISF, 1,3 million d’euros, et son barème, de 0,5% à 1,5%. Pour un même foyer, seule la part immobilière du patrimoine est taxée à l’IFI. La prise en compte des dettes déductibles diffère aussi. Avec l’ISF, le foyer pouvait déduire ses emprunts et découverts bancaires, son impôt sur le revenu ou sa taxe d’habitation. Avec l’IFI, seules comptent les dettes liées aux biens immobiliers taxables, comme un emprunt immobilier ou la taxe foncière. L’impôt dû par un redevable soumis à l’IFI est donc en général moins élevé qu’avec l’ISF, sauf si son patrimoine est entièrement composé d’immobilier. En 2025, 193 600 foyers ont payé l’IFI, qui a rapporté 2,3 milliards d’euros à l’État. L’ISF comptait 356 300 redevables en 2017, pour une recette de 4,2 milliards d’euros.

La principale différence entre les deux impôts, c’est l’assiette. En 2017, pour les redevables de l’ISF au-delà de 2,57 millions d’euros, les immeubles détenus en direct ne représentaient que 29% des biens taxés à l’ISF, selon un rapport du Sénat de 2019. Le reste se composait de valeurs mobilières (35%), d’assurance vie (14%), de liquidités (12%) et d’autres biens meubles (10%). Ces biens échappent pour l’essentiel à l’IFI. L’immobilier détenu via des sociétés ou certains fonds immobiliers reste taxé.

Pour connaître le seuil de l’IFI et son mode de calcul, il faut se reporter aux règles de l’IFI applicables en 2027 (article à paraître).

ISF (2017) IFI (2025)
Assiette Ensemble du patrimoine net, hors biens professionnels et objets d’art Patrimoine immobilier, détenu directement ou indirectement
Seuil Patrimoine net taxable supérieur à 1,3 M€ Patrimoine immobilier net taxable supérieur à 1,3 M€
Barème Progressif, de 0,5% à 1,5% Progressif, de 0,5% à 1,5% (identique)
Redevables 356 300 foyers 193 600 foyers
Recettes 4,2 Md€ 2,3 Md€

Sources : Redevables : DGFiP (ISF 2017 ; IFI 2025, DGFiP Statistiques n° 45, avril 2026). Recettes hors contrôle fiscal : comité d’évaluation, rapport 2019 (ISF) ; DGFiP, données d’émission (IFI). En comptabilité nationale, l’ISF 2017 représente 5,1 milliards d’euros et l’IFI 2018, 1,8 milliard (comité d’évaluation, rapport 2021). Barème et seuil de l’IFI : brochure pratique IFI 2026.

De l’IGF à l’IFI : les grandes dates

L’impôt sur les grandes fortunes (IGF) devait être « socialement juste, économiquement raisonnable, techniquement simple », selon la formule du ministre chargé du budget en 1982, citée par l’institut d’études économiques Rexecode. Son histoire connaît ensuite deux périodes : un alourdissement de 1989 au début des années 2000, puis un allègement à partir de 2005, jusqu’à la transformation en IFI en 2018.

  • 1982 (François Mitterrand) : création de l’IGF (loi n° 81-1160 du 30 décembre 1981).
  • 1986 (François Mitterrand, gouvernement de Jacques Chirac) : suppression de l’IGF (loi n° 86-824 du 11 juillet 1986).
  • 1989 (François Mitterrand) : création de l’ISF (loi n° 88-1149 du 23 décembre 1988), avec un plafonnement à 70% des revenus.
  • 1995-1996 (Jacques Chirac) : plafonnement relevé à 85%, puis « plafonnement du plafonnement ».
  • 1999 (Jacques Chirac, gouvernement de Lionel Jospin) : barème à sept tranches jusqu’à 1,8% et abattement de 20% sur la résidence principale.
  • 2007 (Nicolas Sarkozy) : avec la loi TEPA (n° 2007-1223), abattement relevé à 30%, réduction ISF-PME et bouclier fiscal à 50%.
  • 2011 (Nicolas Sarkozy) : seuil relevé à 1,3 million d’euros et suppression du bouclier fiscal.
  • 2012 (François Hollande) : contribution exceptionnelle sur la fortune votée en cours d’année.
  • 2013 (François Hollande) : barème de 0,5% à 1,5% et plafonnement à 75%.
  • 2018 (Emmanuel Macron) : remplacement de l’ISF par l’IFI.

 

Selon une étude de Rexecode, les recettes fiscales annuelles de l’impôt sur la fortune (actualisées en euros 2024) étaient de l’ordre de 1,5 milliard d’euros dans les années 1980, de 2 milliards dans les années 1990, de 4 à 5 milliards dans les années 2000 et 2010, avant de revenir autour de 2 milliards depuis 2018.

Suppression de l’ISF : les raisons et le bilan

La réforme de 2017 visait à orienter l’épargne vers les entreprises et à freiner les départs à l’étranger.

Selon un rapport des sénateurs Jean-François Husson et Claude Raynal (juin 2026), 11,9% des redevables de l’ISF ne payaient pas d’impôt sur le revenu en 2017. Sa disparition a privé l’administration d’une connaissance fine du patrimoine financier.

Ce que disent les évaluations

Le comité d’évaluation des réformes de la fiscalité du capital (France Stratégie) a chiffré le coût de la réforme à 3,1 milliards d’euros en 2018. Pour 2022, il l’a estimé à environ 4,5 milliards d’euros. Comme l’ISF n’existait plus, ce chiffre repose sur une hypothèse du comité : l’IFI aurait continué à rapporter 29% de ce que l’ISF aurait rapporté. Les 5% des ménages les plus aisés ont reçu 57% des gains. En 2017, l’ISF payé par les 0,001% les plus fortunés représentait 0,1% de leur patrimoine, alors que le barème montait jusqu’à 1,5%. Cet écart s’explique surtout par le plafonnement : l’ISF et les impôts sur les revenus ne pouvaient pas dépasser ensemble 75% des revenus. Pour un patrimoine procurant peu de revenus, l’ISF était donc fortement réduit. Le comité n’a pas constaté que les foyers concernés aient davantage placé leur patrimoine dans les entreprises, comme le visait la réforme. Il a observé que, depuis 2018, les retours de contribuables en France dépassaient les départs, qui baissaient déjà depuis 2013.

Une étude réalisée pour France Stratégie (2023) a relevé un effet positif mais modeste sur les créations d’entreprises, et très faible sur les départs et les retours.

L’Institut des politiques publiques (IPP) a estimé à 2,9 milliards d’euros par an le coût du remplacement de l’ISF par l’IFI (2022). Il a aussi mesuré l’effet de l’ensemble des réformes fiscales et sociales du quinquennat 2017-2022 : les 1% des foyers les plus aisés y ont gagné l’équivalent de 3,3% de leur niveau de vie, contre 1,9% en moyenne. Selon l’IPP, ce gain vient surtout de deux mesures : le remplacement de l’ISF par l’IFI et la flat tax, instaurée en 2018, qui impose de façon forfaitaire les revenus de l’épargne.

Dans une note intitulée « Bilan d’ensemble de l’expérience française d’impôt sur la fortune » (janvier 2026), Rexecode a soutenu que l’ISF coûtait à l’État plus qu’il ne lui rapportait. Selon ses calculs, les départs de contribuables et d’entrepreneurs à l’étranger auraient fait perdre 6 à 8 milliards d’euros de recettes fiscales par an. L’ISF rapportait de son côté 2 à 5 milliards d’euros selon les années. Plus de la moitié de cette perte repose sur une estimation du nombre d’entrepreneurs partis à l’étranger pour raisons fiscales. L’étude juge elle-même cette estimation incertaine.

 

Quels pays appliquent un impôt sur la fortune ?

Selon le Conseil des prélèvements obligatoires (CPO), rattaché à la Cour des comptes, quatre pays de l’OCDE appliquent aujourd’hui un impôt sur l’ensemble du patrimoine : la Suisse, la Norvège, l’Espagne et la Colombie. Ils étaient une douzaine en 1990. Certaines de ces impositions sont récentes.

En 2022, cet impôt rapportait l’équivalent de 1,2% du PIB en Suisse, 0,5% en Norvège et 0,2% en Espagne, contre 0,1% pour l’IFI français (CPO, d’après l’OCDE).

Pays Biens professionnels Seuil Taux Recettes 2022 (% du PIB)
Suisse Imposés (allègements dans certains cantons pour les participations importantes) Fixé par chaque canton Fixé par chaque canton et ses communes 1,2
Norvège Retenus pour 80% de leur valeur (actions, immobilier d’entreprise) 1,9 million NOK par personne (3,8 millions pour un couple) 1% ; 1,1% au-delà de 21,5 millions NOK 0,5
Espagne Exonérés 700 000 € de patrimoine net par défaut, de 500 000 € à 3 M€ selon les régions ; résidence principale exonérée jusqu’à 300 000 € 0,2% à 3,5% (barème national, modifiable par chaque région) 0,2
France (IFI) Exonérés 1,3 M€ (immobilier seul) 0,5% à 1,5% 0,1

Suisse : AFC, état de la législation au 1er janvier 2026. Norvège : Skatteetaten, barème 2026. Espagne : BOE (décret-loi de 2011) et Agencia Tributaria (manuel pratique 2025, barème et montants exonérés régionaux 2025). Recettes : CPO, d’après l’OCDE.

En Suisse, l’impôt sur la fortune n’existe pas au niveau fédéral : chacun des 26 cantons fixe son propre barème, et les communes y ajoutent leur part. Tout le patrimoine net y entre, y compris les actions, les œuvres d’art et les bijoux.

En Norvège, le taux global atteint 1% au-delà de 1,9 million de couronnes norvégiennes (NOK, soit environ 161 000 euros*) par personne, soit 3,8 millions pour un couple, et 1,1% au-delà de 21,5 millions. La résidence principale n’est retenue que pour 25% de sa valeur, jusqu’à 10 millions de couronnes. Les actions et l’immobilier d’entreprise sont retenus pour 80% de leur valeur.

L’Espagne a rétabli son impôt sur le patrimoine en 2011, puis l’a complété en 2022 par un impôt temporaire de solidarité sur les grandes fortunes, toujours en vigueur. Les régions peuvent modifier l’impôt : le montant exonéré va de 500 000 euros en Catalogne à 3 millions d’euros aux Baléares, et certaines régions, dont Madrid, accordent des réductions. À défaut de règle régionale, l’impôt vise les patrimoines nets supérieurs à 700 000 euros. La résidence principale est exonérée jusqu’à 300 000 euros.

* Parité retenue : 11,8260 NOK pour 1 € au 30 décembre 2025 (source : Banque de France).

Retour de l’impôt sur la fortune : les formules en débat

Aucun impôt sur l’ensemble de la fortune n’est en vigueur en France. Seule une loi pourrait en créer un. L’examen des amendements déposés sur les budgets 2026 et 2027 permet d’identifier les formules possibles d’un nouvel impôt sur la fortune, proposées par plusieurs bords politiques.

Réforme Formule Auteurs Seuil Taux Volet climatique
Rétablissement modifié de l’ISF Retour de l’ISF de 2017, barème relevé LFI 1,3 M€ 0,5% à 3% Non
ISF renforcé avec volet climatique ISF à barème élargi, valeur des biens modulée selon leur impact climatique LFI 1,3 M€ 0,5% à 5% Oui
ISF à trois étages Socle, chapeau et étage plancher LFI ; Écologiste et Social 1 M€ (LFI) ; 1,3 M€ (Écologiste et Social) Socle 0,5% ; chapeau 1% à 3% dès 10 M€ ; étage plancher (voir taxe Zucman) Oui
Élargissement de l’IFI « Impôt sur la fortune personnelle » : IFI étendu aux placements, liquidités, crypto-actifs et biens meubles Écologiste et Social 1,3 M€ Barème de l’IFI Non
Impôt sur la fortune improductive Version de l’Assemblée nationale Les Démocrates (J.-P. Mattei), modifiée par P. Brun (PS) 1,3 M€ (taxation au-delà de 2 M€) 1% Non
Impôt sur la fortune improductive Version du Sénat : « contribution des hauts patrimoines » A. de Montgolfier et sénateurs LR 2,57 M€ Barème de l’IFI Non
Contributions ciblées « Contribution féministe sur les très grandes fortunes » (impôt différentiel) LFI 250 M€ 0,28% (minimum d’imposition) Non
Contributions ciblées Contribution additionnelle à l’IFI sur les logements classés F et G Les Démocrates Redevables de l’IFI 5% à 40% de la part d’IFI afférente Oui
Taxe Zucman Écologiste et Social, Socialistes, LFI, GDR
Impôt sur la fortune financière (IFF) IFI remplacé par un impôt sur l’ensemble du patrimoine, hors résidence principale et biens professionnels RN (contre-budget du 6/10/2026) 1,3 M€ Barème de l’IFI Non

Sources : amendements au projet de loi de finances pour 2026 et pour 2027 (assemblee-nationale.fr, senat.fr).

L’ISF climatique

L’ISF climatique consisterait à moduler la valeur taxable des biens selon leur performance énergétique ou leur impact climatique. Le coefficient le plus élevé viserait les yachts et les avions privés. La version de La France insoumise (LFI) prévoit un barème de 0,5% à 5% et des coefficients par type d’actif. La version écologiste applique aux logements un coefficient de 0,8 à 1,5 selon leur classe énergétique : avec un coefficient de 0,8, un logement n’est retenu que pour 80% de sa valeur. Elle prévoit aussi une notation des placements. Les Démocrates proposent une autre approche, limitée à l’IFI : une contribution supplémentaire sur les logements classés F et G, les plus énergivores, égale à 5% à 40% de l’IFI dû sur ces biens.

 

Dans une étude d’octobre 2025, le Conseil d’analyse économique (CAE), organisme placé auprès du Premier ministre, estime qu’un retour de l’ISF selon ses règles d’avant 2018 aurait rapporté à l’État en 2026 environ 5 milliards d’euros de plus que l’IFI. Ce chiffre reprend une estimation du comité d’évaluation des réformes de la fiscalité du capital (France Stratégie) et ne tient pas compte des réactions des contribuables. Le CAE juge d’ailleurs ambitieux d’espérer davantage d’un impôt sur le patrimoine. Il rappelle que, d’après des études menées au Danemark et en Suède, 0,74 euro sur chaque euro d’impôt sur le patrimoine attendu finit par disparaître. Les contribuables réagissent surtout sans quitter le pays, en optimisant leur impôt ou en modifiant leurs placements ; l’exil fiscal n’explique qu’environ 0,20 euro sur ces 0,74 euro.

Toute nouvelle formule devrait aussi respecter les limites fixées par le Conseil constitutionnel. Selon la Cour des comptes, les Sages ont accepté un impôt représentant en moyenne 0,5% du patrimoine net au-delà de 3 millions d’euros, sans plafonnement. Le Conseil constitutionnel a, en revanche, censuré un taux de 1,8% sur la part du patrimoine au-delà de 16,8 millions d’euros.

Budget 2026 : un impôt sur la fortune improductive voté par les députés, puis abandonné

L’impôt sur la fortune improductive, proposé en 2019 par Albéric de Montgolfier (LR), visait à taxer les actifs jugés improductifs plutôt que tout le patrimoine : liquidités, assurance vie en fonds en euros, biens meubles, crypto-actifs, immobilier non affecté à une activité.

Cette appellation a été reprise dans un amendement de Jean-Paul Mattei (Les Démocrates), voté le 31 octobre 2025 par les députés, modifié par Philippe Brun (PS). L’impôt se serait appliqué dès 1,3 million d’euros, au taux de 1% sur la part au-delà de 2 millions. La résidence principale aurait été exclue jusqu’à 1 million d’euros (contre une prise en compte dans l’IFI pour 70% de sa valeur). Les logements loués, les œuvres d’art et les autres biens meubles auraient été taxés.

Le 28 novembre 2025, le Sénat a adopté une « contribution des hauts patrimoines », dès 2,57 millions d’euros, au barème de l’IFI. Les logements loués, les placements de long terme et les objets d’art auraient été exonérés. Parmi les placements, seules les liquidités auraient été taxées.

La loi de finances pour 2026 (19 février 2026) n’a retenu aucune des deux versions et a laissé l’IFI inchangé. Seule une taxe sur les holdings patrimoniales a été retenue, recentrée sur les biens dits somptuaires (yachts, avions, bijoux, vins…).

Avant le dépôt du projet de loi de finances pour 2026, le Gouvernement avait écarté un minimum d’imposition de 0,5% au-delà de 2 millions d’euros, hors biens professionnels. La taxe Zucman fera l’objet d’un article dédié.

Budget 2027 : le rétablissement de l’ISF de nouveau rejeté à l’Assemblée

Le projet de loi de finances (PLF) pour 2027 ne contient pas d’article prévoyant de rétablir un impôt sur la fortune. Les amendements déposés du 5 au 10 octobre 2026 ont tous été rejetés en séance le 16 octobre 2026, en première lecture. Ils prévoyaient un rétablissement modifié de l’ISF, un ISF renforcé avec volet climatique, un ISF à trois étages, un élargissement de l’IFI ou des contributions ciblées. Les amendements visant à instaurer la taxe Zucman, déposés par les groupes Écologiste et Social, Socialistes, LFI et Gauche démocrate et républicaine (GDR), ont également été rejetés.

L’Assemblée nationale a finalement rejeté l’ensemble du volet recettes du budget le 4 novembre 2026. Le Sénat va examiner le texte initial du Gouvernement, qui ne prévoit pas d’impôt sur la fortune.

Les mesures patrimoniales du budget 2027 font l’objet d’un article dédié.

La proposition de la Cour des comptes

En décembre 2025, le Conseil des prélèvements obligatoires (CPO), rattaché à la Cour des comptes, a proposé une autre approche qu’un retour de l’ISF : un impôt différentiel sur la fortune personnelle. Le principe consiste à fixer un minimum d’imposition pour les plus hauts patrimoines. Chaque foyer dont le patrimoine non professionnel dépasse 5 millions d’euros devrait payer au moins 0,5% de ce patrimoine. L’IFI déjà payé serait déduit : seul le complément éventuel serait dû. Selon le CPO, la mesure rapporterait 1,4 milliard d’euros, sans tenir compte des réactions des contribuables. Dans sa note du 21 septembre 2026, la Cour des comptes a repris cette recommandation : elle propose une imposition minimum de 0,5% du patrimoine, hors biens professionnels, sans reprendre le seuil de 5 millions d’euros ni la déduction de l’IFI. Il s’agit d’une recommandation destinée à éclairer le débat public.

Présidentielle 2027 : ce que proposent les partis sur l’impôt sur la fortune

À l’approche de la présidentielle, les positions des partis sur l’impôt sur la fortune se lisent dans leurs amendements au projet de budget 2027, ainsi que dans les programmes et propositions des candidats déclarés.

La France insoumise (LFI) et les Écologistes défendent chacun une version de l’ISF climatique, dans leurs amendements d’octobre 2026 (voir l’encadré ci-dessus).

Raphaël Glucksmann (Place publique), vainqueur de la primaire contre des candidats du PS, ne mentionne pas l’ISF dans son projet. Parmi ses 42 priorités présentées en juin 2025, Place publique évoque un « effort fiscal nouveau, ciblé sur les très hauts patrimoines ».

Le Rassemblement national (RN) propose de remplacer l’IFI par un impôt sur la fortune financière (IFF), dans son contre-budget présenté le 6 octobre 2026, dont les modalités ont été détaillées dans un amendement, rejeté par l’Assemblée nationale le 16 octobre 2026. L’IFF viserait à taxer l’ensemble du patrimoine net au-delà de 1,3 million d’euros, avec le barème de l’IFI (0,5% à 1,5%), hors résidence principale et biens professionnels.

Au 5 novembre 2026, les propositions publiées sur les sites d’Édouard Philippe (Horizons), de Gabriel Attal (Renaissance) et de Bruno Retailleau (Les Républicains) ne contiennent aucune mesure sur l’ISF ou l’IFI.

Tous les candidats ne sont pas encore connus, et tous n’ont pas présenté leur programme. Les propositions sur l’impôt sur la fortune peuvent donc encore évoluer.

FAQ impôt sur la fortune

Un nouvel impôt sur la fortune pourrait-il s’appliquer dès 2027 ?

En l’état, non. Le projet de budget 2027 ne prévoit pas de rétablir un impôt sur la fortune, et les amendements proposés en ce sens ont été rejetés à l’Assemblée. L’impôt se calcule sur le patrimoine au 1er janvier. Une mesure votée courant 2027 ou dans le cadre du budget 2028 ne viserait donc en principe que le patrimoine au 1er janvier 2028. Seule une contribution exceptionnelle votée en cours d’année, comme en 2012, serait susceptible de s’appliquer entre-temps.

Qui payait l’ISF ?

356 300 foyers en 2017, soit moins de 1% des foyers fiscaux, avec un âge moyen de 69 ans. En 2017, les redevables payaient en moyenne 11 690 euros d’impôt ; pour un sur dix, le revenu fiscal de référence, calculé par l’administration à partir des revenus déclarés, ne dépassait pas 30 500 euros.

Les œuvres d’art étaient-elles taxées à l’ISF ?

Non. Les objets d’art, d’antiquité et de collection étaient totalement exonérés. Ils restent aussi hors de l’IFI, qui ne taxe que l’immobilier.

L’ISF pouvait-il dépasser les revenus du contribuable ?

Non, dans sa dernière version. Un plafonnement limitait le total de l’ISF et des impôts sur les revenus à 75% des revenus en 2017.

Olivier Brunet

Olivier Brunet

Rédacteur en chef spécialisé placements et fiscalité

À propos de l'auteur
Olivier Brunet est cofondateur de ToutSurMesFinances.com et rédacteur en chef spécialisé en placements et fiscalité des particuliers. Présent au sein du média depuis sa création, il en est l’un des piliers éditoriaux. Il analyse les stratégies d’investissement, suit les évolutions fiscales et les problématiques patrimoniales avec une vision long terme, forgée par des années de pratique et de suivi des marchés. 

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