Coupure de courant ou délestage cet hiver 2022-2023 en France : déroulement, explications

Par Sixtine Escieaux
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Les risques de coupures de courant, aussi appelés délestages tournants, sont accrus cet hiver, principalement en raison de la baisse de production d’électricité d’origine nucléaire. Probabilités de coupures, causes, déroulement et horaires des délestages, exceptions, fonctionnement de l’alerte Ecowatt… Toutes les explications.

Quel risque de coupure d’électricité en France pour l’hiver 2022-2023 ?

Le risque de coupure sur le réseau électrique existe pour l’hiver 2022-2023. Mais la « procédure de délestage » (coupures programmées, temporaires et localisées) est présentée comme un « ultime recours », le dernier niveau des mesures de sauvegarde pour faire face à la pénurie d’électricité par Xavier Piechaczyk, président du directoire de RTE, l’entreprise gestionnaire du réseau d’électricité en France, chargée d’assurer l’équilibre entre l’offre et la demande de courant. En d’autres termes, les coupures locales et limitées dans le temps sont une extrémité envisagée, mais la probabilité qu’elles se produisent est faible.

Tout en préparant les esprits au risque de coupure, le gouvernement se montre par ailleurs rassurant pour les prochaines semaines. « Il n’y a pas de risque de coupure sur le mois de décembre grâce aux prévisions météo relativement douces », déclare le cabinet de la ministre de la Transition économique Agnès Pannier-Runacher, en date du 18 novembre 2022, s’appuyant sur l’actualisation des prévisions de RTE publiées le même jour.

Les mesures de sobriété annoncées par le gouvernement, ainsi que la mise en place du dispositif Ecowatt destiné à diminuer la consommation en période de pointe, visent justement à éviter les coupures.

Les coupures d’électricité pour les ménages interviendraient cet hiver en cas de déséquilibre entre l’offre et la demande d’électricité, dans une configuration combinant les événements suivants :

  • retard supplémentaire dans le rythme de redémarrage par EDF des réacteurs nucléaires
  • hiver très froid ou vague de froid exceptionnelle
  • problème d’interconnexion au réseau électrique des pays voisins
  • trois jours après l’émission d’un signal Ecowatt rouge
  • effet insuffisant des différentes mesures d’urgence permettant de limiter la consommation d’électricité

Selon le rapport de RTE sur les « perspectives pour le système électrique pour l’automne et l’hiver 2022-2023 », publié au mois de septembre 2022, les risques de déséquilibre entre l’offre et la demande en électricité, « habituellement concentrés […] autour du mois de janvier » en raison des pics de consommation lors des vagues de froid, sont « plus particulièrement élevés entre novembre et janvier » de cet hiver, du fait de l’indisponibilité d’une large part du parc de centrales nucléaires et de la pénurie de gaz en Europe. En outre, « des situations tendues en dehors de cette période (octobre et février-mars) ne peuvent être exclues même si elles sont moins probables », ajoute RTE.

Toutefois, RTE estime que le scénario le plus extrême, combinant hiver très froid, absence d’effet du plan de sobriété présenté par le gouvernement, et limitation des échanges d’électricité entre pays européens du fait d’une pénurie de gaz, correspondrait au « cas improbable de cumul d’aléas défavorables ».

La configuration météorologique apparait, en outre, comme l’un des déterminants majeurs de la demande d’électricité. Or selon les tendances à trois mois publiées le 27 octobre par Météo France, correspondant à la période courant de novembre 2022 à janvier 2023, le scénario le plus probable pour le trimestre est « la prédominance de conditions anticycloniques, avec un temps calme et sec », conduisant à « des températures proches des normales climatologiques pour la France » métropolitaine. Les probabilités de scénario de températures affichées par Météo France sont les suivantes :

  • scénario le plus probable (50%) : températures conformes aux normales de saison
  • 30% de chances de connaître un hiver plus chaud que les normales de saison
  • une chance sur cinq (20%) d’éprouver un hiver plus froids que les normales de saison

Dans l’actualisation de son analyse publiée le 18 novembre, RTE a laissé inchangées ses perspectives pour l’hiver, avec une « probabilité
d’activation du signal Ecowatt rouge […] identique à celle du scénario central présenté le 14 septembre 2022 », soit moins de trois fois durant tout l’hiver.

Cependant, RTE admet que les risques pour le système électrique « se répartissent de manière différente selon les périodes », se manifestant par :

  • une « situation moins risquée en décembre et à partir de fin février »
  • mais un mois de janvier qui « concentre à présent davantage de risque que dans l’analyse antérieure ».

Pour le gouvernement, « il est trop tôt pour confirmer que des coupures d’électricité organisées sont nécessaires » pour le mois de janvier, a fait savoir l’entourage de la ministre de la Transition économique Agnès Pannier-Runacher, en date du 18 novembre 2022. « L’hypothèse de devoir recourir à ces coupures partielles et programmées ne peut être à ce jour ni exclue, ni confirmée : il convient donc de s’y préparer », indique la Première ministre Élisabeth Borne, dans une circulaire adressée le 30 novembre 2022 aux préfets de départements.

Une nouvelle mise à jour des prévisions de RTE est prévue mi-décembre et « tous les mois jusqu’à la fin de l’hiver ».

RTE exclut dans tous les cas le risque d’un « black-out », d’une coupure générale d’électricité pour tous les Français, qui serait synonyme « d’écroulement », de perte de contrôle du système électrique et de paralysie du pays.

Délestage électrique : définition

Le délestage consiste à couper volontairement, de façon organisée, l’alimentation électrique d’une partie des consommateurs, dans une portion de chaque département de France métropolitaine, pour une durée limitée (2 heures maximum), en épargnant les usagers prioritaires arrêtés par chaque préfet de département. Le délestage est opéré par Enedis, gestionnaire du réseau de distribution sur 95% du territoire, et par les entreprises locales de distribution d’électricité (ELD) pour les 5% du territoire restants, qui procèdent à des coupures temporaires de certains consommateurs.

Autrement dit, un délestage ne concerne pas tout le territoire simultanément (un faible pourcentage) ni tous les foyers en même temps. On parle de délestage tournant car un secteur ne pourra pas subir deux délestage successifs.

Les éventuelles coupures programmées « ne devraient pas concerner plus de 4 millions de clients simultanément », d’après la circulaire adressée le 30 novembre 2022 par la Première ministre aux préfets.

Le délestage est une mesure préventive permettant d’éviter le risque de black-out. C’est l’ultime moyen de sauvegarde mis en œuvre pour équilibrer l’offre et la demande d’électricité, en cas d’effet insuffisant des autres dispositions d’urgence prises au préalable (voir rubrique « Les mesures prises pour éviter les coupures »).

Qui serait concerné par une coupure d’électricité, qui y échappe ?

En cas de recours au dispositif de délestage, tous les particuliers seront potentiellement concernés par les coupures, à l’exception des abonnés dépendant des lignes électriques servant à alimenter les abonnés prioritaires (hôpitaux, forces de l’ordre, prisons), qui ne seront pas soumis aux délestages. Selon le gouvernement, environ 40% des Français se trouvent sur des lignes alimentant des sites prioritaires et échapperont ainsi aux coupures. 60% des foyers sont donc potentiellement concernés par les délestages.

La Corse n’est pas concernée par les délestages, car elle dispose de son propre outil de production d’électricité et est reliée au réseau électrique italien.

Les particuliers ne sont, en principe, pas éligibles aux listes des usagers prioritaires arrêtées par chaque préfet de département. En effet, l’arrêté du 5 juillet 1990 fixant les consignes générales de délestages en France prévoit de maintenir l’alimentation en énergie électrique aux catégories d’usagers suivantes :

  • hôpitaux, cliniques et laboratoires
  • installations de signalisation et d’éclairage de la voie publique « jugées indispensables à la sécurité »
  • certaines installations industrielles, « particulièrement celles d’entre elles qui intéressent la défense nationale ».

En outre, certaines personnes hospitalisées à domicile, ayant le statut de patient ou malade à haut risque vital (PHRV ou MHRV), sont également concernées par les délestages : elles sont potentiellement soumises au risque de coupure comme tout autre usager, mais bénéficient d’un dispositif de communication spécifique en cas d’émission d’un signal Ecowatt rouge, synonyme de forte tension sur l’approvisionnement en électricité.

Le gouvernement a indiqué, le 30 novembre, que les institutions et infrastructures suivantes seraient potentiellement concernées par les coupures :

  • établissements scolaires
  • universités
  • éclairage public

S’agissant des écoles, le gouvernement recommande une fermeture de celles-ci en cas de délestage le lendemain matin pour des raisons de confort et de sécurité (absence de chauffage et de système d’alarme fonctionnels).

Le zonage des coupures ne tiendra pas compte de l’intensité du froid selon le secteur géographique.

PHRV : dispositif particulier d’information en cas de coupure pour certains malades

Certains malades hospitalisés à domicile bénéficient d’un service d’information particulier en cas de coupure de courant, lorsqu’ils ont le statut de patient ou malade à haut risque vital (PHRV ou MHRV) et qu’ils sont identifiés comme tel par Enedis. Ils ne sont, en revanche, pas exclus des plans de délestage prévus par RTE.

Le statut PHRV permet, en cas de coupure programmée, d’être prévenu 3 jours puis 2 jours à l’avance de la date et de l’heure prévisionnelles de la coupure, permettant au malade ou à ses proches de s’organiser. Il est alors essentiel de disposer d’un appareil autonome d’alimentation en électricité (groupe électrogène, batteries par exemple) pour faire fonctionner l’appareillage pendant la coupure. Les préfets ont pour consigne d’assurer, sur indication de l’Agence régionale de santé (ARS), « l’organisation des éventuels déplacements de ces personnes ».

Entrent dans cette catégorie :

  • les patients sous respirateur artificiel ayant une autonomie inférieure ou égale à quatre heures par jour (sous respirateur plus de 20 heures par jour)
  • les enfants sous nutrition parentérale (alimentés par voie intraveineuse)

Selon le gouvernement, 3805 PHRV étaient recensés au 8 novembre dernier, selon le gouvernement.

Pour bénéficier du statut PHRV, le patient ou son représentant légal doit effectuer chaque année les démarches suivantes :

  • être diagnostiqué comme tel par un professionnel de santé
  • faire une demande en remplissant le formulaire Cerfa « Demande d’information particulière en cas de coupure de courant électrique » n°10401*02
  • faire remplir un certificat médical spécifique par son médecin traitant
  • envoyer le formulaire et le certificat à l’Agence régionale de santé (ARS) par e-mail ou par courrier

La demande doit être renouvelée chaque année.

Déroulement et durée d’un plan de délestage électrique étape par étape

Si elles doivent se produire, les coupures d’électricité interviendraient (source RTE) :

  • le matin entre 8 et 13 heures et le soir entre 18 et 20 heures, soit en période de pointe de consommation
  • jamais le week-end
  • très rarement le soir après 20 heures
  • jamais la nuit, « sauf situation exceptionnelle »
  • dans un nombre plus ou moins important de départements selon l’ampleur des besoins
  • dans des zones « non contiguës » d’un même département (par petites poches)

La procédure de mise en œuvre et d’information des coupures est la suivante :

  • à J-3 : annonce par RTE et le ministère de la transition écologique d’une vigilance renforcée, de la possibilité d’un recours au délestage, campagne d’information par les pouvoirs publics, envoi des notifications de pré-alerte aux utilisateurs de l’application Ecowatt, information particulière aux patients à haut risque vital (PHRV) ou à leurs représentants
  • à J-2 : confirmation par RTEde la prévision d’un signal Ecowatt rouge, information particulière aux patients à haut risque vital (PHRV) ou à leurs représentants
  • à J-1, vers 15 heures : confirmation par RTE et Enedis de la possibilité de coupures le lendemain, communiqué de presse de RTE et Enedis comprenant la carte des départements potentiellement concernés, actualisation de la carte des départements concernés sur le site Monecowatt.fr
  • à J-1, vers 17 heures : mise en ligne des adresses concernées sur le site Internet coupures temporaires d’Enedis
  • à J-1, vers 21h30 : actualisation par Enedis des zones géographiques, liste des communes et arrondissements concernés par les coupures temporaires
  • le jour J : envoi des alertes aux utilisateurs de l’application Ecowatt quelques heures avant la survenance d’un créneau rouge, activation des coupures par les 30 agences régionales d’Enedis par tranches de 2 heures maximum par client

Comment être informé en cas de coupure ?

Pour savoir si on est potentiellement concerné par un délestage, il existe plusieurs moyens :

  • s’inscrire à l’alerte vigilance coupure par SMS sur Monecowatt.fr
  • télécharger l’application mobile Ecowatt sur Google Play (Android) ou l’App Store (Apple) et accepter les notifications d’alerte
  • télécharger l’application mobile « Enedis A mes côtés » pour consulter l’état du réseau électrique en temps réel
  • saisir son adresse sur le site « coupures-temporaires » d’Enedis
  • suivre les radios et chaînes
  • sortir de chez soi pour vérifier si le voisinage est également privé d’électricité

La veille d’une potentielle coupure, tout abonné pourra se rendre sur le site Internet d’Enedis pour savoir s’il est concerné ou pas par le délestage.

Les personnes ne disposant pas de connexion à Internet peuvent appeler Enedis au 09 70 82 00 70 (serveur vocal interactif).

Ecowatt rouge, orange, vert : suivi de l’alimentation en électricité en France

Ecowatt est l’indicateur de la situation du système électrique français, de son niveau de contrainte, établi par RTE, gestionnaire du réseau d’électricité en France, au niveau national (pas de différentiation selon les régions). C’est aussi un système d’alerte de la population, des entreprises et des collectivités locale, permettant d’avertir de la nécessité de diminuer sa consommation d’électricité, quand le signal orange ou rouge est déclenché.

Il existe trois types de signaux Ecowatt :

  • L’alerte Ecowatt rouge, synonyme de très forte tension sur le réseau électrique, signifie que « des coupures sont inévitables si nous ne baissons pas notre consommation », indique Xavier Piechaczyk, président du directoire de RTE. C’est un signal de risque fort de délestage ;
  • Ecowatt orange est un signal de tension sur le réseau électrique, sans risque de coupure et un appel aux écogestes pour éloigner ce risque ; une diminution de la tension de 5% et l’interruption des activités industrielles électro-intensives ne sont pas exclues ;
  • le signal Ecowatt vert signifie que la situation est normale et la consommation adaptée à la production d’électricité

Ecowatt annoncera un signal orange ou rouge trois jours à l’avance (J-3) ainsi qu’à l’approche d’un créneau orange ou rouge durant les heures qui précèdent.

Les signaux Ecowatt seront diffusés (liste non exhaustive) :

  • par les grands distributeurs d’électricité
  • par de nombreux médias
  • par des enseignes de grande distribution
  • par La Poste
  • par des agences immobilières
  • par SMS pour les personnes inscrites via le site Monecowatt.fr

En cas de déclenchement de l’alerte Ecowatt rouge, la consommation prévisionnelle d’électricité ne pourra pas être couverte par la production française disponible complétée par les importations d’électricité. Sans baisse volontaire de la consommation lors de l’émission d’une alerte Ecowatt rouge, RTE indique devoir se trouver contrainte de procéder à des coupures.

Chaque particulier peut s’abonner au service Ecowatt pour recevoir des alertes par SMS ou e-mail sur le site monecowatt.fr et télécharger l’application Ecowatt pour smartphone.

Les mesures prises pour éviter les coupures

Plusieurs mesures d’urgence sont prévues par RTE pour éviter la mise en œuvre des plans de délestage électrique :

  • recours au signal Ecowatt rouge pour inviter les collectivités publiques, les entreprises et les ménages à diminuer volontairement leur consommation électrique par des écogestes
  • « interruptibilité » des industriels gros consommateurs d’énergie : interruption de leur alimentation en électricité en contrepartie d’une rémunération
  • diminution de la tension de 5% sur réseau à haute de tension pour réduire la puissance consommée par les différents appareils électriques (chauffage, éclairage, plaques de cuisson, etc.).

Pour éviter le délestage un jour faisant l’objet de l’émission d’un signal Ecowatt rouge, la consommation électrique en France doit diminuer :

  • de 1 à 5% en cas d’hiver normal
  • jusqu’à 15% en cas de vague de froid

Par ailleurs, le gouvernement indique avoir œuvré pour que les pays européens jouent le jeu de la solidarité énergétique. Une cellule interministérielle de crise se réunit deux fois par semaine depuis le début du mois de novembre et une circulaire a été adressée le 30 novembre 2022 aux préfets pour mettre en place des mesures de préparation et de gestion de crise en cas de survenue d’une mesure de délestage électrique programmé.

Comment se préparer à une coupure de courant chez soi ?

Pour minimiser les désagréments d’une coupure organisée par les pouvoirs publics, on peut anticiper en prenant les précautions suivantes (liste de conseils non exhaustive) :

  • avoir sous la main un système d’éclairage nomade : lanterne LED, lampe-torche, lampe frontale
  • préparer un lot de bougies
  • disposer d’un chauffage d’appoint
  • allumer un feu de cheminée ou un poêle à bois
  • disposer d’un système de cuisson d’appoint : réchaud à gaz, cuiseur solaire en cas de coupure en journée
  • laisser son portail électrique ouvert
  • mettre sa porte de garage en position fermée
  • recharger son ordinateur et son téléphone portable à l’avance
  • prévenir ses proches âgés ou dépendants
  • se rendre chez ses proches âgés ou en situation de dépendance pour les accompagner pendant la coupure

En outre, pendant la coupure, les précautions suivantes peuvent être prises (liste non exhaustive) :

  • éviter au maximum les déplacements en voiture
  • éviter de prendre l’ascenseur
  • éviter d’ouvrir les fenêtres (pour conserver la chaleur dans le logement)
  • éviter d’ouvrir le réfrigérateur (en l’absence de courant, l’appareil ne pourra créer de froid)
  • appeler le 112 en cas de nécessité d’appeler un numéro de secours

Quel numéro d’urgence appeler en cas de coupure ?

En cas de délestage, il n’est pas certain que les numéros d’urgence à deux chiffres (15 pour le Samu, 17 pour la police / gendarmerie, 18 pour les sapeurs-pompiers) soient joignables, la population risquant d’être dans l’impossibilité d’émettre des appels, les antennes-relais des réseaux téléphoniques n’étant généralement pas en capacité de supporter les coupures, faute d’équipements en groupes électrogènes ou batteries.

Le gouvernement va recommander l’appel du 112 pendant les coupures éventuelles, le numéro d’appel d’urgence européen, accessible sur poste fixe ou mobile. Ce numéro court est en effet interopérable, donc joignable même si l’antenne-relais fonctionnelle à proximité est celle d’un autre opérateur que le sien. Une cartographie des zones blanches du 112 (zones non couvertes) est en cours d’établissement pour permettre aux préfets de départements de se préparer.

Coupure de la chauffe des ballons d’eau chaude du 15 octobre 2022 au 15 avril 2023

Depuis le 15 octobre et jusqu’au 15 avril 2023, les 4,3 millions de particuliers ayant souscrit à un tarif « heures pleines/heures creuses » (HP/HC) dont une partie des heures creuses se situent dans une plage horaire comprise entre 11h30 et 14 heures, font l’objet d’une « neutralisation de l’enclenchement » des ballons d’eau chaude, sans action individuelle de leur part. Les chauffe-eau ne sont ainsi pas actionnés durant cette plage des heures creuses dites méridiennes : la production d’eau-chaude sanitaire est reportée pendant la plage nocturne du tarif HP/HC, entre 22 heures et 8 heures du matin.

Dans un communiqué intitulé « Enedis ne coupera pas les ballons d’eau chaude cet hiver », diffusé le 5 octobre 2022, le gestionnaire du réseau de distribution d’électricité précise que « cette mesure n’aura pas d’impact ni sur le confort, ni sur la facture des clients concernés, le tarif heure creuse étant maintenu ». En outre, un client peut « à tout moment réenclencher, s’il le souhaite, son ballon d’eau chaude de manière manuelle ».

Cette mesure vise à diminuer le pic de consommation électrique à l’heure du déjeuner. Selon Enedis, ce dispositif de décalage durant la nuit permet d’économiser l’équivalent de 2,5 gigawatts, soit l’équivalent de la consommation de Paris.

Pour rappel, les pics de consommation quotidienne se situent entre 8 et 13 heures le matin et entre 18 et 20 heures le soir.

Pourquoi ce risque de pénurie d’électricité pour l’hiver 2022-2023 ?

Un délestage se produit lorsque l’électricité produite ou importée en France n’est pas suffisante pour faire face à la consommation et que les mesures prises pour réduire cette dernière ne permettent pas de passer les pics de demande, par exemple en période de grand froid.

Le risque de coupure de courant est accru cet hiver en raison principalement du déficit de production d’origine nucléaire, en raison de l’indisponibilité de plusieurs centrales. Le 3 novembre, EDF a révisé en baisse son objectif de production nucléaire pour l’année 2022 dans une fourchette de 275 à 285 térawatts-heure (TWh) contre 280 à 300 TWh précédemment et entre 295 à 315 TWh initialement, en raison :
– des conséquences des grèves de l’automne 2022 sur les plannings d’arrêt pour maintenance
– de l’allongement de la durée d’arrêt de quatre réacteurs nucléaires concernés par le programme de contrôles et réparations du phénomène de corrosion.

La baisse de production sur l’ensemble de l’année se situerait entre 21% et 23,8% par rapport à 2021, année durant laquelle le parc nucléaire d’EDF a produit 360,7 TWh d’électricité.

La production nucléaire en France au cours des neuf premiers mois de 2022 s’établit à 209,2 TWh, soit 59 TWh de moins qu’à la même période en 2021.

Pour limiter le risque de pénurie, EDF a d’ores et déjà décidé de réaménager son calendrier d’arrêts planifiés de centrales nucléaires, par exemple en repoussant une visite décennale d’octobre 2022 à fin janvier 2023, et en décalant de deux à cinq semaines neuf arrêts devant initialement débuter en janvier, février ou mars.

À ce déficit de production s’ajoute la pénurie de gaz en Europe qui risquait potentiellement de limiter les capacités d’importation d’électricité produite par les pays voisins, dont la part des centrales à gaz dans le mix-énergétique est généralement plus importante qu’en France. Cependant, le taux de remplissage des stocks de gaz en France et en Europe est tel mi-novembre que « les centrales à gaz ne courent donc pas
de risque d’être empêchées de fonctionner au cours des prochaines semaines », selon les prévisions de RTE réactualisées mi-novembre.

Dans ces conditions, et en cas d’hiver plus froid que la moyenne, le risque de coupures organisées par RTE serait accru. Dans son « scénario du pire », RTE prévoit l’émission du signal Ecowatt rouge jusqu’à près de 30 fois au maximum sur la période courant d’octobre 2022 à mars 2023, sachant qu’aucun signal n’a pour l’heure été émis en octobre et novembre.

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