« PER et assurance vie sont complémentaires »


Le PER offre un avantage fiscal à l’entrée, grâce à la déductibilité des versements, en contrepartie d’une liquidité limitée à la sortie anticipée pour acquisition de la résidence principale ou accidents de la vie. Un fonctionnement qui ne se prête pas à tous les contribuables, qui auront dans tous les cas intérêt à conserver leur contrat d’assurance vie pour disposer de leur capital rapidement. L’éclairage de Clémence Gastaldi Serisé, Directrice générale d’AXA Prévoyance & Patrimoine.

ToutSurMesFinances.com : Qu’est-ce que le PER apporte à l’épargnant par rapport aux anciens produits d’épargne retraite ?

Clémence Gastaldi Serisé : Le Perp et le contrat Madelin présentaient deux freins majeur à la généralisation de l’épargne retraite en France : une sortie en rente quasi-obligatoire et un effet tunnel dont il était impossible de sortir, puisqu’on ne pouvait pas toucher à  son épargne avant la retraite en dehors des cas de déblocage pour accident de la vie.

Le PER (plan d’épargne retraite) répond à ces deux problématiques grâce aux assouplissements introduits par la loi Pacte. D’un côté il permet de sortir, au choix, en capital ou en rente au moment de la retraite, et de l’autre il offre une possibilité de sortie anticipée pour acquisition de la résidence principale, en complément des cas de force majeure.

J’y ajouterais un troisième avantage rarement mis en avant : l’organisation du PER en trois compartiments permet de débloquer depuis un seul produit toute l’épargne retraite accumulée à la fois à titre individuel et dans le cadre de ses différents dispositifs en entreprise.

A qui le PER s’adresse-t-il ?

L’utilité du PER variera d’un client à l’autre en fonction de son projet de vie, de son cadre familial, de sa tranche marginale d’imposition (TMI). Un audit préalable auprès d’un agent général ou d’un conseiller expert est indispensable pour déterminer les besoins de chacun et l’opportunité de souscrire ou alimenter un contrat d’assurance vie et/ou un PER.

Cela dit, au sein du couple, on peut encourager la détention d’un PER chacun, en particulier pour celui ou celle qui a le revenu le plus faible de manière à le ou la protéger. Cette logique de prévoyance s’appuie sur la possibilité pour le conjoint survivant de débloquer son propre PER en cas de décès de l’époux ou du partenaire de Pacs. En outre, au moment de l’alimentation du contrat, on peut faire bénéficier de sa propre enveloppe de déductibilité à son conjoint.

Le PER est-il préconisé pour tous ?

Généralement, le PER ne présente pas d’intérêt lorsqu’on est non-imposable. On peut résumer le PER à une enveloppe vous offrant un avantage fiscal à l’entrée en contrepartie d’une liquidité limitée. Un fonctionnement qui ne se prête pas aux contribuables ne payant pas d’impôt sur le revenu, à moins de vouloir se contraindre à épargner sans possibilité, ou presque, de sortir jusqu’à la retraite. À l’inverse, l’assurance vie offre une liquidité totale et un avantage fiscal sur les gains au bout de 8 ans.

Et dans les tranches d’imposition à 41% ou 45% ?

Le PER a énormément d’intérêt puisqu’il permet de déduire les versements dans la limite de l’enveloppe de déductibilité figurant sur l’avis d’imposition annuel. L’imposition des revenus dans les tranches les plus élevée est effacée : pour une TMI à 41% et un versement de 1000 euros déductible du revenu imposable, l’économie d’impôt atteint 410 euros.

Quid des tranches d’imposition à 11 ou 30% ?

L’opportunité de recourir à un PER s’analyse avec un conseiller, qui mettra en balance l’avantage fiscal sur les versements d’un côté, et le blocage du capital de l’autre, tout en se projetant sur la situation lors du départ en retraite. Plus le différentiel de tranche d’imposition est important entre la phase d’épargne et la phase de restitution sous forme de capital ou de rente, plus l’utilisation du PER est efficace. Mais d’une manière générale, nous encourageons la détention des deux véhicules, assurance vie et PER.

Pourquoi ?

Assurance vie et PER sont deux produits complémentaires. L’assurance vie est indispensable, ne serait-ce que pour disposer de liquidités rapidement, alors que le PER répond davantage à l’enjeu de constitution d’une épargne pour la retraite. La pondération entre les deux dépendra de nombreux facteurs. Par exemple, les personnes fortement imposées dont le besoin de liquidités immédiates ne se fait pas sentir pourront privilégier le PER. Dans tous les cas, l’étude minutieuse de votre situation et de vos réels besoins avec un conseiller expert est fondamentale.

Propos recueillis par Olivier Brunet