Jeunes actifs : comment placer l’argent de ses premiers salaires ?

Par Garance Pardigon
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Mettre de côté ses premiers salaires, c’est une question de méthode mais aussi de choix de placements. Comptes épargne, assurance vie, PEL, PER… Les solutions ne manquent pas, mais elles ne sont pas adaptées à tous les besoins. Encore faut-il les connaître et être en mesure de les évaluer.

Qui dit premiers salaires dit gestion des finances personnelles à mettre en place. Que l’on soit ingénieur, enseignant ou infirmier, rentrer dans la vie active et prendre son indépendance financière, c’est aussi apprendre à gérer et optimiser son budget. Entre épargne pour l’avenir, remboursement du prêt étudiant et dépenses courantes, les choix ne sont pas simples. Selon les moyens, le tempérament et les projets de chacun, une palette variée de placements financiers s’offre aux jeunes actifs. Chacune de ces solutions financières répond à des échéances et des objectifs particuliers.

Comment mettre de l’argent de côté dès la première paye

Pour mettre de l’argent de côté dès sa première paye, il faut un peu de méthode, de rigueur. Il est nécessaire de faire un budget, en répertoriant ses dépenses et ses rentrées d’argent. Si les sommes débitées sur le compte sont supérieures aux somme créditées, c’est le découvert, qu’il faudra combler avec le prochain salaire ou l’aide de papa ou maman. Gare aux frais de découvert dans l’intervalle. Dans ce cas, il faut agir pour diminuer ses dépenses. Frais bancaires, facture de téléphone ou d’énergie, assurances, tous ces postes peuvent être optimisés en faisant jouer la concurrence.

Lorsque les rentrées d’argent sont supérieures aux dépenses, une capacité d’épargne apparaît. Dans ce cas, il faut agir de façon ordonnée :

  1. Première étape : se constituer une épargne de précaution, jusqu’à atteindre environ 3 mois de salaire. L’idéal est d’épargner en début de mois pour ne pas être tenté de consommer le solde avant le versement de la prochaine paie.
  2. Deuxième étape : mettre de l’argent de coté tous les mois pour des projets à moyen terme : pour un voyage, pour acheter une voiture par exemple. L’assurance vie est alors conseillée, en l’alimentant les privilégiant des supports moyennement risqués (de type OPCI par exemple) dans l’optique d’une sortie entre 3 et 6 ans. S’il s’agit de préparer l’achat de la résidence principale, le PER (plan épargne retraite) peut être une solution, en profitant d’un déblocage anticipé
  3. Troisième étape : épargner à long terme en vue de la retraite ou pour financer les études des enfants… quand on compte en avoir

Placer son argent issu du Livret jeune

À 25 ans, les jeunes actifs sont contraints de fermer leur Livret jeune, premier compte ouvert à l’adolescence, parfois dès 12 ans, afin de gérer les sommes souvent reçues pour les grandes occasions comme les anniversaires ou l’atteinte de bons résultats scolaires. Comment réinvestir ces fonds ? Les livrets bancaires, placements garantis mais peu rentables, constituent une bonne base pour placer une partie de ses premiers salaires, afin de disposer d’un matelas de sécurité en cas d’aléas du quotidien (panne de lave-linge, réparation automobile, etc.). Ces comptes d’épargne rémunérés permettent de bénéficier d’une garantie de la somme d’argent placée à l’origine. Les sommes versées sont majorées chaque année de faibles intérêts, ce qui, dans le contexte actuel forte inflation, n’est pas satisfaisant côté rémunération.

Le calcul de ces intérêts bancaires intervient en fin d’année et les sommes versées par la banque sont ensuite à leur tour génératrices d’intérêts. Les fonds sont disponibles quasi-immédiatement, sans frais. Fiscalement, les intérêts perçus sont

  • soit totalement exonérés d’impôts s’il s’agit d’un livret réglementé (sauf PEL ou CEL)
  • soit soumis à l’impôt sur le revenu s’il s’agit d’un livret ordinaire : flat tax de 30% par défaut (dont 12,8% d’impôt et 17,2% de prélèvements sociaux).

Le cumul de différents livrets est possible. Mais tous répondent à un même objectif : se doter d’une épargne de précaution, pour faire face à un coup dur comme une panne de voiture ou d’électroménager nécessitant une réparation ou un remplacement.

Le fonctionnement du Livret A, compte d’épargne préféré des Français, se rapproche de celui du Livret jeune. Son taux de rémunération est généralement inférieur (le Livret Jeune le moins rentable est égal au taux du Livret A), mais le plafond de dépôts est bien supérieur :

  • limite de versements de 22.950 euros hors intérêts sur un Livret A
  • contre 1.600 euros pour le Livret Jeune.

La question de la limite d’âge est un problème pour le Livret Jeune :

  • le Livret Jeune est réservé aux enfants à partir de 12 ans jusqu’à moins de 26 ans
  • alors que le Livret A peut être ouverts dès la naissance, sans limitation d’âge

Si la limite d’âge du Livret Jeune est atteinte ou s’il est plein, les économies peuvent aussi être placées sur un Livret Développement Durable et Solidaire (LDDS, anciennement LDD), compte réservé aux personnes remplissant une déclaration de revenus et plafonné à 12.000 euros. A eux deux, Livret A et LDDS permettent de placer au total 34.950 euros avec un rendement net d’imposition de 2,92% en 2023 (taux moyen annuel), tenant compte de la hausse de 2% à 3% intervenue le 1er février 2023.

Quitte à ouvrir un compte d’épargne, autant privilégier le Livret d’Épargne Populaire (LEP) quand on gagne moins de 1.750 euros de salaire net par mois. En effet, le LEP constitue une bonne alternative au Livret Jeune. Plafonné à 10.000 euros depuis le 1er octobre, l’accès à ce compte est soumis à conditions de ressources (destiné au placement de revenus modestes ou moyens) et rémunéré à hauteur de 6,10% nets par an et de 6%, selon le taux en vigueur respectivement du 1er février au 31 juillet 2023 et à compter du 1er août 2023. Ses conditions d’ouverture sont plus restrictives que les autres livrets :

PEL : privilégier un plan ouvert avant le 1er février 2015

Le Plan Épargne Logement (PEL) est un premier pas vers l’acquisition d’un bien immobilier. Produit d’épargne bancaire réglementé, il permet d’épargner jusqu’à 15 ans dans le but de souscrire un crédit immobilier d’un montant maximum de 92.000 euros à un taux préférentiel déterminé à l’avance (3,20% actuellement en vigueur). Le plafond de versements sur le PEL, fixé à 61.200 euros, est largement plus élevé que celui du Livret A, afin de bénéficier d’un apport personnel important.

Cependant, le PEL est rémunéré à seulement 2% brut en 2023, soit 1,40% net après application de l’impôt sur le revenu via le système du prélèvement forfaitaire unique (PFU) et des prélèvements sociaux (s’il a été ouvert en 2018, 2019, 2020, 2021, 2022) ou 2023. Un niveau de taux qui permet difficilement aux sommes versées de faire des petits.

Pour bénéficier d’une meilleure rémunération, il faut avoir eu la chance ou l’opportunité d’avoir ouvert un PEL avant le 1er février 2015 : le taux brut du PEL est alors de 2,50%, soit un taux net de 2,07% après prélèvements sociaux (le PFU ne s’applique pas).

Financer un projet à moyen ou long terme avec l’assurance vie

Un jeune actif peut également souscrire un contrat d’assurance vie en organisant des versements mensuels ou trimestriels programmés. Supports sécuritaires mais de moins en moins rentables, les fonds euros des contrats d’assurance vie drainent une bonne partie de l’épargne des particuliers depuis nombre d’années. Avec un rendement moyen autour de 1,9% avant impôts et prélèvements sociaux en 2022, ils ne permettre plus de valoriser un capital dans la perspective d’un premier achat immobilier comme par le passé.

Seule alternative : se tourner vers les marchés financiers et/ou immobiliers en investissant une partie des versements sur des unités de compte (part de Sicav et FCP) investies directement ou indirectement en actions, et/ou en obligations ou sur des supports immobiliers de type SCPI, OPCI ou SC/SCI. Revers de la médaille : le capital investi sur ces supports n’est plus garanti, d’où l’intérêt d’épargner régulièrement et surtout à long terme pour minimiser les pertes éventuelles en cas de crise sur les marchés financiers ou immobiliers. En contrepartie de cette prise de risque accrue, la diversification permet d’espérer une meilleure performance du contrat.

Le PER, un bon plan pour préparer sa retraite au plus tôt ?

Jeune actif et déjà préoccupé par la retraite ? Dès les premières heures de votre vie active, certains peuvent être tentés d’ouvrir un Plan épargne retraite (PER), seul enveloppe financière d’épargne retraite accessible depuis le 1er octobre 2020.

En effet, ce produit peut être ouvert sans condition d’âge spécifique et garantit certains avantages fiscaux. Les sommes versées sur un PER sont déductibles chaque année du revenu imposable dans certaines limites. Quand on n’est pas (ou peu) imposé, on peut opter pour des versements non déductibles, ce qui permet de bénéficier d’une fiscalité plus favorable à la sortie. Le PER permet d’obtenir à partir de l’âge de la retraite :

  • soit un complément de revenu régulier sous forme de rente viagère
  • soit un capital dont on dispose comme on le souhaite
  • soit un peu les deux

Cependant, ce placement est-il une bonne solution quand on débute dans la vie active ? Plusieurs réponses à cette question :

  1. la vertu du PER est pédagogique : il permet de se forcer à épargner et de se projeter dans l’avenir
  2. le PER permet d’accumuler de l’épargne sur un horizon très long (30 ou 40 ans), ce qui permet de prendre des risques potentiellement rémunérateurs en investissant dans les entreprises (en actions, directement ou indirectement)
  3. fiscalement, l’avantage de la déductibilité des versements sur un PER est avant tout intéressante pour des revenus conséquents, et donc a priori plus élevés que les premiers salaires. Sauf si, d’emblée, votre premier boulot vous procure une paye qui vous fait entrer directement dans une tranche d’imposition à 30%, 41% ou 45%
  4. il n’a aucun intérêt à court terme, les sommes étant bloquées jusqu’à la retraite, sauf cas de déblocage anticipé pour force majeure comme l’invalidité ou le décès
  5. quand on a une dizaine d’années devant soi, le PER peut être intéressant pour constituer un apport personnel en vue d’un achat immobilier pour y vivre : l’acquisition de la résidence principale est en effet l’un des cas de déblocage anticipé du PER, c’est même le seul motif, autre qu’un accident de la vie, qui permet de retirer de l’argent sans attendre l’âge de la retraite

BTC, ETH pour les convaincus du potentiel des crypto-monnaies

Ces actifs ne présentent aucune valeur tangible sous-jacente (ils ne sont pas représentatifs de la valeur d’une entreprise ou d’un immeuble), leurs prix sont soumis à une forte volatilité (les cours subissent de fortes, et soudaines, variations) et ils ne rapportent, en tant que tels, pas d’intérêts. Mais pour les personnes convaincues, les crypto-monnaies ou crypto-actifs présentent plusieurs avantages :

  • ils ne peuvent pas être émis par une banque centrale, il échappent donc à la perte de valeur inhérente aux monnaies traditionnelles ou monnaies fiat
  • ils constituent un système alternatif aux monnaies centralisées

Si on dénombre des milliers de crypto-actifs, quelques uns se distinguent par leur pérennité (Bitcoin, BTC) ou par un usage répandu (ether, ETH). Il existe plusieurs modes d’investissement en crypto, plus ou moins risquées :

  • achat dans une logique spéculative
  • achats programmés dans une optique d’investissement de long terme, via la méthode DCA (dollar cost average), pour lisser la volatilité des cours à court terme
  • revenus passifs de staking : immobilisation d’actifs numériques en contrepartie d’une rémunération
  • revenus passifs de lending : prêt d’actifs numériques en contrepartie d’une rémunération
  • produits dérivés sur cryptos pour les plus aguerris : paris sur la baisse ou la hausse d’un actif à partir de contrats financiers à terme

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