Présidentielle 2022 : pouvoir d’achat, impôts, retraite, succession… le programme de Marine Le Pen

Par Olivier Brunet
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En pleine reprise de l’inflation, la candidate du Rassemblement national a fait de la protection du pouvoir d’achat des Français l’un des axes majeurs de son programme présidentiel. La jeunesse constitue l’autre thème fort de la fille de Jean-Marie Le Pen qui se présente pour la troisième fois consécutive à la magistrature suprême.

Le programme fiscal et social de Marie Le Pen, en bref

Parmi les 22 grandes mesures du programme de Marine Le Pen pour l’élection présidentielle des 10 et 24 avril 2022, une grande partie concerne la fiscalité et les retraites : 

Marine Le Pen et le pouvoir d’achat

Alors que l’inflation pourrait dépasser 4% cette année en France, la candidate du Rassemblement national (RN) a fait du pouvoir d’achat l’un de ses principaux chevaux de bataille. « L’objectif sera de redonner entre 150 et 200 euros par mois, par ménage, de pouvoir d’achat, notamment en baissant les dépenses contraintes », peut-on lire dans son programme.  

Pour limiter la flambée des prix de l’énergie, provoquée notamment par la guerre en Ukraine, Marine Le Pen souhaite faire passer la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) des produits énergétiques (essence, gazole, fioul, gaz, électricité) de 20% à 5,5%. Par ailleurs, la députée du Pas-de-Calais prévoit d’abaisser les tarifs autoroutiers d’environ 15% grâce à la renationalisation des réseaux d’autoroutes qui n’auraient plus ainsi de dividendes à verser à leurs actionnaires privés. 

À l’image d’Emmanuel Macron, de Valérie Pécresse et d’Éric Zemmour, Marine Le Pen propose de supprimer la redevance audiovisuelle fixée à 138 euros par an en métropole et à 88 euros par an dans les départements d’Outre-mer (DOM). Comme le polémiste d’extrême droite, elle veut y arriver en privatisant l’audiovisuel public. 

Du côté des revenus, la fille de Jean-Marie Le Pen propose aux entreprises d’augmenter les salaires de 10% jusqu’à trois fois le Smic (4.809,36 euros bruts par mois au 1er janvier 2022). En contrepartie, cette hausse sera exonérée de cotisations patronales. 

Marine Le Pen et les jeunes

La conseillère départementale du Pas-de-Calais fera des jeunes « la priorité [de son] quinquennat ». Elle souhaite augmenter de près de 30% la rémunération des apprentis et alternants. Concrètement, un chèque-formation (également appelé « chèque-apprentissage ») de 5.500 euros sera versé, par an et à parts égales, à l’entreprise et au jeune de 16 ou 17 ans en apprentissage ou en alternance. Son montant sera porté à 8.000 euros par an (toujours partagé à 50% avec l’employeur) pour les apprentis et alternants âgés de 18 à 30 ans. Un jeune apprenti ou alternant de moins de 18 ans touchera ainsi 230 euros de plus par mois, tandis que son homologue de 18-30 ans percevra 330 euros de plus par mois. 

Les étudiants qui travaillent pour financer leurs études bénéficieront d’un complément de revenu versé par l’État. Il représentera 20% du salaire dans la limite de 200 euros par mois ou 30% du salaire dans la limite de 300 euros par mois pour les étudiants boursiers. Dans les deux cas, le jeune devra valider ses semestres d’étude pour percevoir le complément. 

Les transports ferroviaires seront gratuits pour les 18-25 ans aux heures creuses, ce qui permettra, en plus, de « remplir les trains vides ». La gratuité s’appliquera aussi bien aux lignes régionales qu’aux lignes nationales. 

Les jeunes actifs seront exonérés jusqu’à leurs 30 ans d’impôt sur le revenu (IR) « pour qu’ils restent en France et fondent leur famille chez nous ». Également pour « éviter leur départ à l’étranger », les entrepreneurs de moins de 30 ans ne seront pas assujettis à l’impôt sur les sociétés (IS) durant les cinq ans suivant la création de leur entreprise. 

Les couples de moins de 30 ans, dont au moins un des membres dispose de la nationalité française, bénéficieront d’un prêt de l’État à taux zéro sur 10 ans pour accéder à la propriété. Ce prêt public, souscrit en complément d’un crédit immobilier pour l’achat de la résidence principale, ne pourra excéder 100.000 euros. En vue d’augmenter le taux de natalité, le capital restant dû sera transformé en don (c’est-à-dire qu’il ne sera pas remboursé) à la naissance du troisième enfant. 

Marine Le Pen et les impôts

Outre l’exonération de l’impôt sur le revenu pour les actifs de moins de 30 ans et la suppression de la contribution à l’audiovisuel public (CAP) et de l’impôt sur les sociétés pour les créateurs d’entreprise de moins de 30 ans, Marine Le Pen veut rétablir la demi-part fiscale pour les veufs et veuves. Cet avantage fiscal a été supprimé sous la présidence de Nicolas Sarkozy. 

La patronne du RN souhaite également supprimer l’impôt sur la fortune immobilière (IFI). Appliqué sur les patrimoines immobiliers dont la valeur estimée excède 1,3 million d’euros, l’IFI a remplacé, le 1er janvier 2018, l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Marine Le Pen veut transformer l’IFI en impôt sur la fortune financière (IFF). « Cet impôt visant la spéculation inclura les produits financiers et œuvres d’art détenues depuis moins de 10 ans », lit-on dans son programme. En revanche, la résidence principale ou la résidence unique (pour les locataires qui possèdent une résidence secondaire), ainsi que les biens professionnels, seront exclus de l’assiette taxable à l’IFF. 

Marine Le Pen veut créer un ministère dédié à la lutte contre les fraudes. « Il disposera des services et moyens des corps d’inspection spécialisés, et aura le pouvoir d’adresser des injonctions publiques aux organismes de sécurité sociale et de leur assigner des objectifs chiffrés ». Il s’attaquera à la fraude fiscale, à la fraude aux cotisations et prestations sociales, aux fraudes aux importations (notamment alimentaires), à la fraude aux étiquetages, à la lutte contre les ententes et à la lutte contre les agrandissements « frauduleux » des grandes surfaces. Les sanctions encourues en cas de fraude avérée seront relevées. « Une amende égale à trois fois les montants perçus lors de la première fraude, puis de cinq fois à la deuxième, sera immédiatement instituée. » 

Marine Le Pen et l’épargne

Contrairement à la campagne présidentielle de 2017, la candidate d’extrême droite ne veut plus faire sortir la France de la zone euro (le « Frexit »). De quoi rassurer les épargnants dont l’épargne est libellée en devise européenne. 

Marine Le Pen veut créer un Fonds souverain français (FSF). Les Français pourront acquérir des parts de ce fonds investi dans des entreprises française, « mais également dans des actifs stratégiques pour la souveraineté de la France à l’étranger, comme les matières premières énergétiques. » C’est dans le FSF que seront notamment logées les sociétés d’autoroutes re-nationalisées. 

Le fonds servira, en autres, à financer la transition énergétique. Marine Le Pen promet un rendement « d’au moins 2% aux Français qui y auront investi ». Elle parle de rémunération garantie, sans plus de détails.  

Marine Le Pen et les retraites

La candidate d’extrême droite a nuancé son programme sur les retraites. Alors que la fille de Jean-Marie Le Pen militait dans les campagnes de 2012 et 2017 pour un rétablissement de l’âge minimum de départ à la retraite à 60 ans (62 ans aujourd’hui) et une retraite à taux plein (sans décote) avec 40 ans de cotisation (43 ans actuellement), elle a nettement réduit son projet en 2022. Le départ à 60 ans serait possible uniquement pour les actifs ayant commencé à travailler avant l’âge de 20 ans et qui justifieraient de 40 annuités. Pour les autres, l’âge légal serait maintenu à 62 ans, tout comme la durée d’assurance à 43 ans pour percevoir une pension de vieillesse complète. 

À l’image de quasiment tous les autres candidats, Marine Le Pen souhaite indexer les retraites sur l’inflation afin que les retraités ne perdent plus en pouvoir d’achat. Actuellement, le taux de revalorisation au 1er janvier des pensions de base est fixé par le gouvernement (sauf pour les avocats). Dans le but de réaliser des économies, plusieurs exécutifs, dont les gouvernements d’Emmanuel Macron, ont appliqué des taux inférieurs à la hausse des prix à la consommation. Les pensions complémentaires des salariés du secteur privé, gérées par l’Agirc-Arrco, sont également habituées à telles sous-indexations.  

Marine Le Pen propose que la revalorisation annuelle des retraites de base soit automatiquement alignée sur l’inflation (celle des retraites complémentaires continuerait, elle, à être fixée par les régimes complémentaires autonomes). À noter : Emmanuel Macron a annoncé qu’il souhaitait que cette indexation des pensions de base sur la hausse des prix intervienne dès cet été. 

Tout comme la candidate socialiste Anne Hidalgo, Marine Le Pen veut rehausser le minimum vieillesse à 1.000 euros par mois. Au 1er janvier 2022, l’allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa), qui remplace le minimum vieillesse depuis 2006, s’élève à 916,78 euros par mois pour une personne seule. L’Aspa est versée à partir de 65 ans et sous conditions de ressources. Marine Le Pen souhaite également augmenter les « petites retraites », sans donner plus de précisions. 

Marine Le Pen et les transmissions

L’imposition des donations et héritages constitue l’un des thèmes phares de la campagne présidentielle de 2022. Marine Le Pen ne fait pas exception. La candidate d’extrême droite milite pour une baisse des impôts sur les transmissions, afin de « renforcer les liens entre les générations ». 

Elle propose d’aligner l’abattement des droits de donation des grands-parents aux petits-enfants sur celui entre parents et enfants. Comme les pères et mères, un grand-père ou une grand-mère pourra donner, de son vivant, à chacun de ses petits-fils ou petites-filles jusqu’à 100.000 euros en franchise d’impôt (contre 31.865 euros aujourd’hui). En outre, l’abattement de 100.000 euros pour les parents et grands-parents pourra être renouvelé tous les 10 ans, au lieu de tous les 15 ans actuellement. 

Marine Le Pen veut sortir les biens immobiliers de l’assiette taxable aux droits de succession dans la limite de 300.000 euros. Pour rappel, si les conjoints mariés sont exonérés de frais successoraux, ce n’est pas le cas des enfants qui bénéficient, toutefois, d’un abattement de 100.000 euros chacun. Alors que 85% des succession ne sont déjà pas imposées, la députée du Pas-de-Calais estime que sa mesure va « supprimer les impôts sur l’héritage direct (de parent à enfants, NDLR) pour les familles modestes et les classes moyennes ». 

Pour que « les TPE-PME s’enracinent dans le temps dans notre paysage économique », les parts de l’entreprise familiale léguées par le parent défunt à ses enfants seront entièrement exonérées de droits de succession, à condition que les héritiers gardent leurs parts au capital pendant au moins 10 ans. Aujourd’hui, les enfants bénéficient d’un abattement de 75% sur les parts transmises s’ils ne vendent pas leurs titres dans les quatre ans suivant le décès de leur parent entrepreneur.  

Les principales mesures patrimoniales de Marine Le Pen en 2017

  • Abaissement de l’impôt sur le revenu (IR) de 10% pour les trois premières tranches marginales d’imposition (TMI) 
  • Défiscalisation des heures supplémentaires 
  • Abrogation du prélèvement à la source de l’IR 
  • Maintien de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) 
  • Rétablissement de l’âge légal de départ à la retraite à 60 ans 
  • Revalorisation de 20% de l’Aspa (ex-minimum vieillesse) réservé aux personnes de 65 ans et plus de nationalité française ou justifiant d’au moins 20 ans de résidence en France 

 

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