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Immigration, sécurité et sortie de l'euro ne sont pas les uniques thèmes des 144 engagements du programme de Marine Le Pen, qualifiée pour le 2nd tour de la campagne avec 21,30% des suffrages au 1er tour. Pourquoi voter ou ne pas voter Le Pen ? Présentation et analyse des mesures de la candidate du Front national à l'élection présidentielle sur la fiscalité, les retraites, la Sécurité sociale, le pouvoir d'achat.

- En résumé, le programme économique et social de Marine Le Pen
- Ses propositions sur les salaires et les 35 heures
- Chômage des seniors
- Fonctionnaires : dégel du point d'indice et jours de carence
- Son programme en faveur du pouvoir d'achat
- Revalorisation des aides sociales
- Âge de départ, anciens combattants : son projet sur les retraites
- Le programme fiscal de Le Pen en bref

Le programme économique et social de Marine Le Pen en bref

Marine Le Pen est arrivée deuxième au 1er tour de l'élection présidentielle avec 21,30% des suffrages exprimés selon les résultats définitifs communiqués par le ministère de l'Intérieur. Outre une sortie de l’Union européenne et l’abandon de l’euro après négociations et consultation des Français par référendum, protectionnisme, patriotisme économique et soutien aux TPE-PME sont les principaux axes du programme de Marine Le Pen (qui s'appelle en réalité Marion) sur le plan économique.

« Je défendrai résolument le travail. […] La première mesure est de donner un travail à chaque Français, un travail rémunéré à sa juste valeur, un travail qui permet de vivre dignement, de faire des projets et de construire sa vie », a déclaré la présidente du Front national lors d’un discours de campagne à Lyon, le 5 février 2017. Pour favoriser les embauches, elle propose notamment d’abaisser les charges sociales des TPE-PME et d’alléger leurs contraintes administratives.

Sur le plan social, Marine Le Pen projette une revalorisation des minimas sociaux et une annulation des dernières réformes des retraites en rétablissant l’âge légal à 60 ans contre 62 ans désormais.

Salaires : égalité homme/femme, assouplissement des 35 heures

Le neuvième des 144 engagements de campagne de Marine Le Pen porte sur la défense des droits des femmes. A ce titre, l’ancienne avocate annonce vouloir lutter contre l’inégalité salariale homme/femme en mettant en place un « plan national pour l’égalité » des rémunérations, sans préciser son contenu. Selon Eurostat, les femmes françaises gagnaient en moyenne 15,5% de moins que les hommes en 2014, un écart inférieur à celui constaté dans l’ensemble de l’Union européenne (16,7%). D’après la même source, le différentiel est plus important dans la fonction publique (écart de 20,1%) que dans le privé (15,3%).

S'il n'est pas question de remettre en cause la durée légale hebdomadaire du travail de 35 heures, la benjamine des trois filles de Jean-Marie Le Pen entend autoriser (mesure n° 63) la « négociation sur l’allongement du temps de travail exclusivement au niveau des branches professionnelles ». Et pose une condition : une « compensation salariale intégrale » selon le principe 37 heures payées 37 ou 39 heures payées 39.

Chômage des seniors : intégration dans la fonction publique

Pour lutter contre le chômage des séniors, Marine Le Pen envisage d'élargir le troisième concours de la fonction publique et le réserver aux plus de 45 ans ayant au moins huit ans d’expérience dans le privé (proposition n°85). « Je pense que ce n'est pas plus mal que le privé puisse infuser dans le public, a-t-elle déclaré au cours d'une intervention devant les petits patrons de la CPME (Confédération des PME), le 6 mars 2017. Cela permettra aux seniors qui ont des compétences acquises dans le privé de pouvoir terminer leur carrière dans un certain nombre de secteurs de la fonction publique ».

Le programme du FN en direction des fonctionnaires pour 2017

Marine Le Pen propose (mesure n°86) un dégel du point d'indice des fonctionnaires servant au calcul de leur rémunération sans préciser l'ampleur de la revalorisation envisagée. On notera que les politiques de gel du point d'indice, appliquées depuis juillet 2010, ont été stoppées sous François Hollande avec une augmentation de 1,2% appliquée en deux temps (+0,6% le 1er juillet 2016 et +0,6% le 1er février 2017).

Par ailleurs, « dans un souci d’égalité », la députée européenne propose d'établir « à deux jours le délai de carence (journées non payées, NDLR) dans le public et le privé pour le paiement des indemnités journalières d’Assurance maladie » suite à un arrêt de travail. Cette proposition reviendrait à uniformiser les règles entre fonction publique (où le jour de carence pour maladie n'existe plus depuis le 1er janvier 2014) et secteur privé (où le versement des indemnités journalières intervient après un délai de carence de 3 jours).

Le pouvoir d’achat au cœur du programme de Marine Le Pen

Le soutien du pouvoir d’achat est l’un des principaux thèmes de la campagne de la candidate FN à l'élection présidentielle. Elle veut « rendre leur argent aux Français », a-t-elle déclaré en préambule de ses 144 engagements présidentiels pour 2017. « Rendre l’argent aux Français c’est mettre en place la priorité nationale. J’assume d’arrêter de vouloir prendre en charge l’intégralité de la misère du monde », a-t-elle déclaré lors de son meeting à Clairvaux-les-Lacs (17 février 2017, Jura). Sachant qu'elle s'est montrée résolue à supprimer l'aide médicale d'Etat (AME) accordée aux étrangers sans papiers (voir mesures sur la Sécurité sociale).

La promesse phare de la favorite des sondages pour le premier tour de l'élection présidentielle est sans conteste son projet d'instaurer une prime de pouvoir d’achat (PPA) en faveur des Français les plus modestes (proposition n°59). Une mesure à visée électoraliste qui lui permet d'embrasser plusieurs thèmes de prédilection de son camp : patriotisme économique et protectionnisme.

« Nous ne pouvons pas dire que nous sommes patriotes si nous ne défendons pas la solidarité nationale. [...] C’est pourquoi nous créerons la prime de pouvoir d’achat qui permettra de verser aux salariés et retraités qui touchent moins de 1.500 euros par mois des recettes d’une contribution sociale à l’importation de 3% », a-t-elle déclaré lors de son meeting de Lyon, le 5 février 2017. Marine Le Pen a évoqué à cette occasion un montant annuel de 1.000 euros versés par bénéficiaire. Le 6 mars 2017, elle a évoqué devant une assemblée de petits patrons une somme de l'ordre de 80 euros par mois. En revanche, elle s'est montrée défavorable à une hausse du Smic (déclarations sur Europe 1 le 25 janvier 2017).

Elle propose en outre :
- de réduire de moitié le taux d’intérêt maximum (taux d’usure) applicable aux emprunts et découverts bancaires (proposition n°50)
- de diminuer « immédiatement » de 5% les tarifs réglementés du gaz et ceux de l’électricité sans préciser si ce geste portait sur le prix hors taxes (HT) ou toutes taxes comprises (TTC) de l'énergie (proposition n°60).

Marine Le Pen s'est déclarée opposée à l'augmentation des taxes sur le tabac et donc du prix des cigarettes, lors de son passage sur RTL le 8 mars 2017.

Plusieurs think tank (laboratoire d'idées) d’inspiration libérale affirment que le programme de Marine Le Pen est de nature à grever le pouvoir d’achat des Français, principalement en raison de la sortie de l’euro qui renchérirait les produits importés.

Par exemple, la Fondation Concorde estime que la politique monétaire voulue par la candidate FN pourrait entraîner une inflation comprise entre 7 et 9% (contre +1,2% prévus par l’Insee en 2017), soit, pour un salarié touchant le salaire médian en 2016 (1.776 euros nets par mois) une perte de pouvoir d'achat à l’horizon 2022 de 139 euros par mois. De son côté, l’Institut Montaigne estime qu’une dépréciation de la monnaie de 15% amputerait le pouvoir d’achat des ménages de « 1600 euros par an en moyenne pour chacun des 30 millions de ménages français » (2000 euros par an en cas de dépréciation de 20%).

« Le vrai serial killer du pouvoir d’achat, c’est Marine Le Pen avec la sortie de l’euro, une inflation galopante », a d’ailleurs critiqué François Fillon au cours du débat TV organisé par TF1, le 20 mars 2017.

Sécurité sociale : revalorisation des aides sociales au programme

Tout comme François Fillon, Marine Le Pen propose de revenir sur la modulation des allocations familiales en vigueur depuis le 1er juillet 2015, qui ampute les sommes perçues par les familles aisées de 50% ou 75% en cas de dépassement de certains seuils de ressources. C'est le sens de sa proposition n°55 qui prévoit en outre l'indexation des allocations familiales sur l'évolution du coût de la vie, c'est-à-dire leur revalorisation annuelle au même rythme que le taux d'inflation.

Un geste est en outre prévu en faveur des bénéficiaires de certains minimas sociaux (propositions n°58 et 88). « Nous revaloriserons significativement l’allocation adultes handicapés et le minimum vieillesse », a déclaré la candidate frontiste à Lyon, sans fixer le taux d'augmentation envisagé. Elle a affirmé plus tard dans la campagne qu'elle envisageait une revalorisation de 20% de l'Aspa (ex-minimum vieillesse).

Elle entend par ailleurs « développer une prise en charge digne de l’autisme et des troubles du spectre autistique » (proposition n°88).

L'ouverture de droits nouveaux en faveur des personnes âgées dépendantes figure également à son programme (proposition n°69) : Marine Le Pen évoquait la « création nécessaire d’une cinquième branche de la Sécurité sociale consacrée à la dépendance » au cours d'un colloque sur le bien vieillir en France (Paris, 20 octobre 2016), sans précision sur son financement.

A l'opposé et en phase avec une revendication ancienne du FN, elle entend « réaliser des économies » (proposition n°71) en supprimant l’aide médicale d’état (AME), une prise en charge à 100% des dépenses réservée aux « clandestins » (étrangers en situation irrégulière, NDLR), d'une durée d'un an renouvelable sur demande. Il serait question de remplacer l'AME par une aide restreinte, « exclusivement réservée aux soins d’urgence vitale ».

Programme de Marine Le Pen sur les retraites

Marine Le Pen s'engage (proposition n°52) à rétablir l’âge de départ à la retraite à 60 ans, contre 62 ans aujourd’hui. Pour percevoir une retraite à taux plein (sans minoration du montant perçu pour cause de trimestres manquants), elle propose de fixer la durée de cotisation à 40 annuités (soit un retour aux conditions applicables aux générations nées en 1948 au plus tard) contre 41 ans et demi actuellement et 43 ans à partir de 2035. Elle a toutefois fait preuve d'un certain flou, le 3 mai 2017. Lors du débat Macron - Le Pen à la télévision, elle a évoqué le rétablissement de la retraite à 60 ans d'ici la fin de son quinquennat alors que quelques sermaines plus tôt, elle avait affirmé sur YouTube que cette mesure serait prise sous 2 mois après son élection, en cas de victoire le 7 mai.

Elle est aussi d'avis de revaloriser les pensions des anciens combattants (mesure n°94) et le minimum vieillesse (désormais appelé Aspa, mesure n°58). Elle propose en outre de conditionner l'octroi de l'Aspa « à la nationalité française ou à vingt ans de résidence en France » sans préciser si ces nouvelles conditions s'appliqueraient à tous ou seulement aux nouveaux demandeurs. Actuellement, une condition de séjour en France de plus de 6 mois ou 180 jours peut suffire pour ouvrir droit à cette allocation.

Enfin, jugeant le compte pénibilité « inapplicable dans sa forme actuelle », elle propose (mesure n°44) son remplacement par un nouveau dispositif « reposant sur une évaluation personnalisée » effectuée par la médecine du travail.

Fiscalité : les grandes lignes du programme de Marine Le Pen

Quatre propositions essentielles sont à retenir dans le programme fiscal de Marine Le Pen :
- une baisse de 10% de l’impôt sur le revenu sur les trois premières tranches du barème à 14%, 30% et 41% (mesure n°75)
- un rétablissement de la défiscalisation des heures supplémentaires (mesure n°64)
- l'abrogation du prélèvement à la source (proposition n°77) comme François Fillon
- le maintien (mesure n°74) de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF)
- allègement de la fiscalité sur les donations (mesure n°56)
> Tous les détails sur le programme fiscal de Marine Le Pen

A lire aussi sur les programmes des autres candidats à l'élection présidentielle d'avril-mai 2017

> Programme d'Emmanuel Macron (EM, également qualifié pour le 2nd tour)
- Pouvoir d’achat, impôts, Sécurité sociale… Le programme de Macron pour 2017


> Programme de Nathalie Arthaud (LO)
- Nathalie Arthaud : le programme de Lutte Ouvrière pour 2017

> Programme de Philippe Poutou (NPA)
- Philippe Poutou : le programme anticapitaliste du NPA pour 2017

> Programme de Jean-Luc Mélenchon (LFI)
- Smic, retraites, fiscalité… le programme de Mélenchon

> Programme de François Fillon (LR)
- Pouvoir d’achat : les propositions de Fillon pour 2017

> Programme de Benoît Hamon (PS)
- Revenu universel, impôts, retraite : le programme de Benoît Hamon pour 2017

> Programme de Jacques Cheminade (S&P)
- Jacques Cheminade : Smic, retraites, impôts, son programme pour 2017

> Programme de Jean Lassalle (R!)
- Jean Lassalle 2017 : son programme social, fiscal et financier pour l’élection présidentielle

> Programme de Nicolas Dupont-Aignan (DLF)
- Dupont-Aignan : fiscalité, pouvoir d’achat, retraite, son programme présidentiel pour 2017

> Programme de François Asselineau (UPR)
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