Défiscalisation : « La vocation des Sofica est d’investir à risque dans les films »

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INTERVIEW L’investissement en Sofica souffre de la baisse de la réduction d’impôt accordée aux souscripteurs. Pour Hugues de Chastellux, gérant des Sofica Manon et des investissements des Sofica La Banque Postale Image, cet avantage fiscal doit être relevé pour permettre à ces sociétés de prendre plus de risques.

Hugues de Chastellux, gérant des Sofica Manon et des investissements des Sofica La Banque Postale Image


Toutsurmesfinances.com : La souscription de parts de Sofica est ouverte jusqu'au 31 décembre 2014. Comment cet outil de défiscalisation se porte-t-il ?
Hugues de Chastellux, gérant des Sofica Manon et des investissements des Sofica La Banque Postale Image : En 2013, l'enveloppe globale accordée aux sociétés de financement du cinéma et de l'audiovisuel, de 63,07 millions d'euros, n'a pas été collectée. Ce mauvais millésime est principalement lié aux articles de presse qui ont mis à l'index le cinéma français l'an passé et affirmé qu'il n'était pas rentable. Qui plus est, avec la baisse de la réduction d'impôt de 43% à 36% depuis 2012, la moitié des Sofica n'ont pas atteint leur objectif de collecte en 2013.

Vous dénoncez le rôle de la presse mais le cinéma français n'est-il pas en perte de vitesse ?
Le cinéma français, entre 2013 et 2014, a augmenté le nombre de ses entrées en salle de 51%. C'est considérable, même si l'on part d'une très mauvaise année 2013. Cette performance résulte de la combinaison d'une mauvaise offre étrangère et d'une bonne offre française. Je dirais même que le cinéma français se porte en ce moment extrêmement bien, grâce notamment aux ventes à l'international en Chine, en Corée du Sud ou aux Etats-Unis.

Les rendements affichés par les Sofica ne sont-ils pas plutôt la cause du désintérêt relatif des souscripteurs ?
Certaines Sofica ont des rendements faibles voire négatifs et d'autres présentent des performances très honorables. Les premières Sofica Manon liquidées offriront un taux de rendement interne qui varie entre 4 et 6%, avantage fiscal inclus. Les difficultés actuelles des Sofica tiennent véritablement à la baisse de la réduction d'impôt à 36% : la grande majorité des actionnaires est très sensible à l'avantage fiscal.

Cette diminution de la réduction d'impôt est, je le précise, totalement injustifiée. En atteste l'étude de l'Inspection générale des finances* sur les niches fiscales, dans laquelle les Sofica ont reçu la note maximale de 3. La Sofica est une niche utile, intelligente et maîtrisée ; la preuve en est puisque cela fait 30 ans qu'elle existe. Si les Sofica disparaissaient, au moins 50 films ne pourraient pas être produits chaque année.

« Offrir un crédit à 0% à UGC, Gaumont ou Pathé n'a aucun intérêt »

Relever le taux de la réduction d'impôt permettrait d'espérer de meilleurs rendements...
La conjoncture fiscale étant ce qu'elle est, nous ne pouvons plus fonctionner sans un minimum d'adossement. La Sofica Manon 6 a un taux d'adossement de 40%, La Banque Postale Image de 30%.

J'ai commencé à gérer une Sofica en janvier 1986, c'est-à-dire la première année du dispositif. J'ai assisté aux discussions pour la loi qui l'a inventée en juillet 1985. Les Sofica ont été créées pour aider les producteurs indépendants et leur donner des quasi-fonds propres. La vocation des Sofica était alors d'investir à risque dans les films, pas de faire crédit au producteur. Relever l'avantage fiscal permettrait de faire moins d'adossement. Offrir un crédit à 0% à UGC, Gaumont ou Pathé n'a aucun intérêt.

Quelles sont les autres évolutions nécessaires pour rendre possible cette prise de risque ?
Les Sofica doivent être relativement importantes pour pouvoir assumer ce risque et être un vrai partenaire des producteurs de films. Les pouvoirs publics ont décidé d'augmenter leur nombre en passant de 10 à 12 cette année alors que 6 ou 7 suffiraient largement. Avec une enveloppe de 10 millions d'euros chacune et un avantage fiscal à 40%, elles auraient les moyens d'investir massivement dans les films sans avoir peur de prendre des risques. Arroser, c'est-à-dire mettre un peu d'argent sur beaucoup de films, n'a pas d'intérêt. L'important est, je le rappelle, de se positionner comme un partenaire du film. Actuellement, plus d'adossement équivaut à moins d'investissement à risque. Et c'est une vraie perte pour la production indépendante.

Enfin, nous constatons que si les recettes du cinéma français augmentent, elles sont de plus en plus sélectives. Pour réussir des investissements à risque, il faut donc être sélectifs et faire de bons choix. Ce n'est possible que si l'on a accès à un maximum de projets. Or, plus il y aura de Sofica, moins celles-ci auront accès à un grand nombre de projets.


Propos recueillis par Thibault Lamy

 

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