Plus d’un tiers des Français âgés de 55 à 59 ans n’ont pas d’emploi

Par Jean-Philippe Dubosc

Selon la dernière étude de l’Insee, 36% des seniors étaient sans activité en 2011. Le taux de chômage dans cette classe d’âge a augmenté sous l’effet de la crise et de la fin de la dispense de recherche d’emploi.

On savait que l’inactivité des seniors a tendance à s’aggraver. On en a aujourd’hui la preuve. Selon l’enquête « Emploi et salaire » de l’Insee parue ce 6 mars, dont les données s’achèvent en 2011, 36% des Français âgés de 55 à 59 ans – soit 1,4 million de personnes n’avaient pas d’emploi à cette date.
Le taux de chômage dans cette tranche d’âge a, il est vrai, fortement augmenté entre 2008 et 2011. Il a connu une hausse de 2,2 points durant cette période, alors qu’il a progressé dans le même laps de temps de seulement de 0,9 point chez les 60-64 ans.

Plus de seniors veulent travailler

La crise financière puis économique mondiale, qui a suivi la faillite de la banque d’affaires américaine Lehman Brothers, n’explique pas à elle seule le phénomène. Le relèvement, à partir du 1er janvier 2009, de l’âge de dispense de recherche d’emploi de 55 à 60 ans a beaucoup joué. « Les seniors sans emploi, auparavant dispensés de recherche, ont été plus nombreux à rechercher activement un emploi », observent les auteurs de l’étude.
Une personne de 55-59 ans sur six déclare ainsi vouloir travailler (une grande part de cette classe d’âge est en invalidité). Cette proportion a augmenté de 2,1 points entre 2008 et 2011, contre 1,2 point pour les 50-54 ans comme pour les 45-49 ans. 73,8% des 55-59 ans souhaitant travailler sont au chômage. Soit presque la même proportion que chez les 25-54 ans (76,1%).

Des victimes des licenciements

Parmi les 55-59 ans qui souhaitent travailler, 98% ont déjà exercé une activité professionnelle régulière. 54% de ces derniers travaillaient dans l’industrie, la construction ou le commerce alors que cette classe d’âge représente seulement 38% des postes occupés dans ces secteurs. Une forte part des 55-59 ans actifs sont, il est vrai, fonctionnaires. Or, il est très rare de perdre son emploi dans la fonction publique.
A ce titre, les licenciements constituent le premier motif de perte d’emploi chez les seniors. Toujours en 2011, 39% des 55-59 ans, souhaitant travailler et l’ayant déjà fait, étaient sans emploi suite à un licenciement, 26% suite à la fin d’emploi à durée limitée (CDD ou intérim), 11% à une rupture conventionnelle, 10% à une rupture consécutive à une maladie et 6% à une démission.

Augmentation du retour à l’emploi

Seule lueur d’espoir dans ce tableau bien sombre : le taux de retour à l’emploi des chômeurs âgés de 55 à 59 ans progresse, passant de 8% entre 2004 et 2008 à 11% entre 2009 et 2011. Parmi les 55-59 ans qui ont retrouvé un emploi en tant que salariés, 50% travaillent en CDD ou en intérim. « Il ne s’agit pas d’une spécificité liée à l’âge, puisqu’après 30 ans, entre 50 et 54% des personnes retrouvant un emploi sont en contrat temporaire », soulignent les auteurs.
56% des personnes de 55 à 59 ans, ayant retrouvé un emploi en tant que salariés, sont à temps partiel. La proportion est de 34% entre 30 et 34 ans. « Ceci s’explique d’une part par un effet d’offre de travail et d’autre part parce qu’avec l’âge, les personnes recherchent de plus en plus un emploi à temps partiel ». Ainsi, 23% des 55-59 ans recherchaient un emploi à temps partiel en 2011, contre 11% des 30-34 ans. Sans oublier les contrats aidés du secteur non marchand qui correspondent souvent à des emplois à temps partiel. Reste qu’au final, « on observe plutôt une tendance à l’augmentation du sous-emploi avec l’âge », conclut l’étude.

 

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Jean-Philippe Dubosc

Jean-Philippe Dubosc

Rédacteur en chef spécialisé dans la retraite

À propos de l'auteur
Jean-Philippe Dubosc est rédacteur en chef de ToutSurMesFinances.com et spécialiste des questions de retraite obligatoire et d’épargne. Présent au sein du média depuis plus de 13 ans, il analyse les réformes, les dispositifs réglementaires et les stratégies de départ à la retraite, avec une approche fondée sur une lecture rigoureuse des textes et une connaissance approfondie des différents régimes de retraite.

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