« Il faudrait rétablir la dispense de recherche d’emploi pour les chômeurs seniors »


INTERVIEW – Le gouvernement vient de mettre en place une prime de 300 euros par mois pour les demandeurs d'emploi proches de la retraite, bénéficiaires des minima sociaux. Pour Sylvain Denis, délégué auprès du président de la Fédération nationale des associations de retraités (FNAR), cette prime ne va rien régler.    

Sylvain Denis, délégué auprès du président de la FNAR

Toutsurmesfinances.com : Que pensez-vous de la prime transitoire de solidarité pour les chômeurs âgés de 60 à 62 ans qui disposent de tous leurs trimestres de retraite et qui perçoivent l’allocation de solidarité spécifique (ASS) ou le revenu de solidarité active (RSA) ?
Sylvain Denis, délégué auprès du président de la FNAR : A priori, c’est une bonne chose car cette prime de 300 euros par mois va profiter à des demandeurs d’emploi seniors qui n’ont plus d’allocation chômage et qui ne peuvent pas partir à la retraite parce qu’ils n’ont pas encore atteint l’âge légal de départ. Or, on sait très bien que les entreprises n’embauchent pas les personnes après 60 ans. En revanche, on peut regretter que l’on rajoute ici une nouvelle couche au système français de protection sociale qui est déjà très compliqué. Le mécanisme même de la prime est complexe puisqu’elle est financée par la solidarité nationale mais versée par Pôle Emploi, qu’elle s’ajoute au RSA versé, lui par le département, et qu’elle s’arrête à l’entrée à la retraite. Ce qui implique que l’Etat, Pôle Emploi, les départements et les caisses de retraite communiquent entre eux. Ce n’est pas gagné.

 

N’est-ce pas injuste que ces chômeurs ne puissent pas partir à la retraite alors qu’ils justifient de tous leurs trimestres ?
Si. Pour percevoir en France une pension de retraite sans décote (sans minoration, NDLR), il faut avoir non seulement cotisé un certain nombre de trimestres, mais en plus atteindre un âge minimum. Nous sommes le seul système de retraite au monde à exiger à la fois une durée de cotisation et le respect de bornes d’âge. A la FNAR, nous militons pour un système unique de retraites que l’on travaille dans le secteur privé ou public, système qui devrait être largement simplifié. L’âge légal de départ n’est qu’un paramètre qui débouche sur des situations dramatiques comme ces demandeurs d’emploi seniors qui ont tous leurs trimestres, qui ne peuvent pas partir leur retraite mais qui ne peuvent pas travailler non plus et se retrouvent au RSA.

 

La prime transitoire de solidarité s’adresse aux chômeurs nés en 1954 et en 1955. Que va-t-il se passer pour les autres ?
Cette prime transitoire est en effet… temporaire. Or, on doute que la situation va s’améliorer pour les demandeurs d’emploi nés après 1955. Par ailleurs, je tiens à souligner qu’il faut en faire la demande pour en bénéficier. Je crains que nombre de chômeurs éligibles n’effectuent pas la démarche car là encore, elle est compliquée et que cette population éprouve souvent des difficultés à monter des dossiers. Si Pôle Emploi ne communique pas sur le sujet, il n’est même pas sûr que les seniors connaissent l’existence de cette prime !

 

Suite à la suppression de la dispense de recherche d’emploi (DRE) pour les chômeurs seniors, les pouvoirs publics ont mis en place l’allocation équivalent retraite (AER), puis l’allocation transitoire de solidarité (ATS) et maintenant la prime transitoire de solidarité (PTS). Ne faudrait-il pas rétablir la DRE ?
Ce serait en effet la solution la plus simple. Jusqu’en 2008, les demandeurs d’emploi de plus de 57 ans et – dans certaines conditions – de plus de 55 ans, étaient dispensés de recherche d’emploi. Ils percevaient leurs allocations chômage jusqu’à leur départ à la retraite. Ils passaient ainsi automatiquement du chômage à la retraite. Pour réaliser des économies à l’Unedic, la DRE a été supprimée. On s’est alors retrouvé avec des cohortes de chômeurs seniors en fin de droits, sans espoir de retrouver du travail et dans une situation de grand dénuement. C’est ainsi qu’a été créée l’AER qui, elle-même, a fini par être supprimée en 2011. Elle a été remplacée par l’ATS dont les conditions d’accès se sont avérées tellement restrictives que peu de gens peuvent en bénéficier. François Hollande avait promis le rétablissement de l’AER. En définitive, l’ATS a été prolongée et voici maintenant la création de la PTS. On n’y comprend plus rien.

 

Mais ne serait-ce pas compliqué pour l’exécutif de rétablir la DRE alors que la France s’est engagée auprès de Bruxelles à augmenter le taux d’activité des seniors ?
Outre les économies pour l’Unedic, la suppression de la DRE était en effet guidée par la volonté de contraindre les entreprises à garder leurs seniors. Jusque-là, il leur était facile de se séparer de leurs salariés de plus de 55 ou 57 ans en leur disant qu’ils profiteraient du chômage, puis de la retraite. Supprimer la DRE a constitué un signal fort en faveur de l’emploi des seniors. Ca a d’ailleurs partiellement marché. Le taux d’activité des 55-59 ans en France est désormais supérieur à la moyenne européenne. Toutefois, force est de constater qu’à compter de 60 ans, c’est-à-dire à partir du moment où les personnes sont autorisées à prendre leur retraite, il chute brutalement.

Propos recueillis par Jean-Philippe Dubosc

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