« A l’étranger, les retraites des fonctionnaires sont aussi perçues comme plus généreuses »

Par Jean-Philippe Dubosc
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INTERVIEW – De plus en plus de voix s’élèvent en France, comme dernièrement le président du Medef, Pierre Gattaz, en faveur d’un alignement des régimes de retraite du public sur le régime général du privé. Un mouvement déjà amorcé chez nos voisins, comme l’explique Anna Cristina D’Addio, économiste à l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

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Toutsurlaretraite.com : Les discussions en France autour de la réforme des retraites ont mis en relief les spécificités des régimes de la fonction publique. Qu’en est-il à l’étranger ?
Anna Cristina D’Addio : Les systèmes des retraites varient beaucoup d’un pays à un autre. Ceci est particulièrement vrai dans le cas des fonctionnaires. Toutefois, on peut distinguer cinq catégories de pays. Il y a ceux où les régimes de la fonction publique sont totalement intégrés au régime général des salariés du secteur privé. C’est le cas en Hongrie, en Pologne, en République Tchèque, en Slovaquie, en Slovénie et dans les Etats Baltes. Avant la transition vers une économie de marché, il n’y avait pas de plan de retraite privé en place dans ces ex-Républiques du bloc de l’Est. Ce n’était pas rationnel de repenser et réorganiser le système de retraite en créant des différences entre les régimes privé et public de retraite.

La deuxième catégorie est composée de pays disposant de régimes spécifiques à la fonction publique mais dont les paramètres sont très proches ou identiques à ceux du régime général. On les trouve en Europe du Nord (Danemark, Pays-Bas, Islande) et en Scandinavie (Suède, Finlande). La troisième catégorie rassemble les pays où les régimes des fonctionnaires ont été intégrés au régime général, mais dont le calcul des pensions demeure différent, notamment pour le traitement des primes. C’est le cas en Irlande, en Italie ou en Espagne.
La quatrième catégorie regroupe les pays où les régimes de la fonction publique ont été partiellement intégrés au régime général, comme le Royaume-Uni ou l’Australie. Enfin, demeurent des pays où les régimes de fonctionnaires sont totalement séparés des autres, tels la France et l’Allemagne.

 

Dans cette dernière catégorie, observe-t-on un alignement des régimes du public sur ceux du privé ?
L’alignement concerne souvent seulement quelques paramètres du système de retraite. En Allemagne, l’âge de la retraite des fonctionnaires a été aligné sur celui du régime général. Le Portugal et l’Autriche sont allés plus loin en alignant totalement le régime de retraite de la fonction publique sur celui du privé. Parmi les pays qui ont encore des régimes de retraite séparés, il faut mentionner la Belgique et la Grèce. Pour ce dernier pays, toutefois, plusieurs reformes impulsées sous la houlette des recommandations de la « Troika » (le Fonds monétaire international, la Banque centrale européenne et la Commission de Bruxelles, NDLR) visent à baisser considérablement le taux de remplacement (la différence entre le salaire et la pension perçue, NDLR) de leurs régimes de la fonction publique.

 

En France, les régimes de la fonction publique sont montrés du doigt. Est-ce le cas ailleurs ?
Oui car ils sont souvent perçus comme beaucoup plus généreux. C’est aussi pour cette raison que l’on observe un mouvement d’alignement du public sur le privé justifié par la recherche d’une plus grande équité entre les actifs. Il est vrai que souvent les modes de calcul des pensions du secteur public débouchent sur des prestations de retraite plus avantageuses que celles du privé. Longtemps, les fonctionnaires ont été moins bien payés que les salariés du secteur privé mais en contrepartie ils étaient assurés de recevoir une bonne retraite. La crise économique a remis en cause ce contrat implicite. Les rémunérations dans le privé se sont tassées alors même qu’il est devenu de plus en plus difficile pour un salarié d’obtenir une pension à taux plein.

Pour autant, les fonctionnaires ne sont pas toujours des privilégiés. Les plans d’austérité mis en place en Europe se sont quelque fois traduits par une baisse des salaires dans la fonction publique, voire même des retraites des fonctionnaires. C’est le cas en Irlande, où les traitements et les pensions des agents ont été réduits de manière substantielle au cours des trois dernières années.

 

Dans les autres pays, les fonctionnaires dits « actifs » peuvent-ils partir plus tôt à la retraite comme en France ?
Il existe en effet des mécanismes analogues aux catégories actives de la fonction publique française. Les militaires et les pompiers ont d’une manière générale la possibilité de partir plus tôt à la retraite. Après, tout dépend du périmètre de la fonction publique et de la définition de la pénibilité en vigueur dans le pays. En Espagne, les danseuses et d’autres personnes travaillant dans des métiers artistiques peuvent partir plus tôt. En Belgique, le métier d’enseignant permet d’obtenir une retraite anticipée.
En réalité, on observe que la plupart des pays de l’OCDE se penchent actuellement sur la question de la pénibilité. Le constat est que certains métiers longtemps considérés comme difficiles ne le sont plus tandis que d’autres ne donnent pas droit à une retraite anticipée alors qu’ils le devraient. Le sujet dépasse là les seuls métiers de la fonction publique.

Propos recueillis par Jean-Philippe Dubosc

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