Baisse des pensions, papy-boom, inégalité hommes-femmes…, les idées reçues sur la retraite sont nombreuses. La plupart se révèlent, après vérification, fausses.
– Les retraites ne baissent pas
Contrairement à ce que l’on a coutume de dire, le montant moyen des pensions ne recule pas en France. Il progresse même d’année en année. D’après l’enquête annuelle de la Drees (*) publiée le 28 avril 2016, la retraite totale moyenne de droit direct (hors les pensions de réversion versées aux veufs et veuves) s’est élevée à 1.322 euros bruts par mois en 2014, en hausse de 1,2% en euros constants (c’est-à-dire en prenant en compte l’inflation) par rapport à 2013. A titre de comparaison, elle se situait à 1.029 euros bruts par mois en 2004.
Cette augmentation continue s’explique par ce que les économistes appellent « l’effet de noria ». Compte tenu de la hausse des qualifications et du développement du statut de cadre, le niveau des salaires, qui sert de base de calcul à la pension, a tendance à progresser. Par ailleurs, certains droits à la retraite, notamment les trimestres octroyés gratuitement au titre de la maternité ou de l’invalidité, ont été améliorés au fil des ans. Résultat : les nouveaux retraités perçoivent en moyenne des retraites plus élevées comparés à leurs aînés.
– Le nombre de nouveaux retraités n’augmente pas forcément
Le déficit des régimes est souvent justifié par l’arrivée massive à la retraite des « papy-boomer », cette génération née après la Seconde guerre mondiale, un tiers plus nombreuse que les autres classes d’âge. Si le phénomène du « papy-boom » est réel, ses effets ne sont pas continus. Ainsi, toujours selon la Drees, 702.000 assurés, tous régimes confondus, ont liquidé leurs droits à la retraite en 2014. Soit 7,4% de moins qu’en 2013 (758.000 personnes).
La baisse a été encore plus forte en 2012 (- 11%) et en 2011 (- 12%). Ces résultats, qui peuvent surprendre, résultent du report progressif de l’âge légal de départ à la retraite de 60 à 62 ans d’ici 2017 instauré par la loi Woerth de 2010. Ces effets devraient s’estomper avec le temps. A moins qu’une nouvelle réforme repousse de nouveau l’âge légal…
– Les inégalités entre les hommes et les femmes se réduisent
Le montant moyen de la pension des retraitées a atteint 1.007 euros bruts par mois en 2014, contre 1.660 euros bruts par mois pour leurs homologues masculins. Si l’écart est important (39,3%), il diminue d’année en année. Ainsi, le « gap » s’élevait à 45,4% en 2004.
L’augmentation du taux d’activité chez les femmes ainsi que la hausse de qualification de la population féminine expliquent cette réduction. « En outre, l’assurance vieillesse des parents au foyer (AVPF) mise en place en 1972 leur permet, sous certaines conditions, d’acquérir des droits à pension au titre de l’éducation des enfants », souligne la Drees. Il n’empêche, l’écart de pension entre hommes et femmes devrait encore atteindre 25% en 2060, selon les projections du Conseil d’orientation des retraites (COR). En cause : les différences salariales entre les sexes qui persistent.
– Les Français sont plus nombreux à cotiser plus que demandé
Les actifs ont compris qu’ils étaient condamnés à cotiser, et donc à travailler, plus longtemps afin d’augmenter les recettes des régimes de retraite et combler leur déficit. La réforme Touraine de 2014 a ainsi allongé la durée de cotisation dans les régimes de base de 41,5 à 43 ans d’ici 2035 et l’accord Agirc-Arrco du 30 octobre 2015 prévoit un malus temporaire de 10% sur les pensions complémentaires pour les salariés qui partent à 62 ans.
Loin de renâcler, les Français vont même plus loin. Une part de plus en plus importante d’entre eux cotise au-delà de la durée de cotisation exigée. 13,4% des salariés sont partis à la retraite avec une surcote en 2014, contre 12% en 2013. Le pourcentage s’élève même à 31,9% chez les agriculteurs (30,8% en 2013). Les efforts sont, il est vrai, généralement payants : le gain moyen de pension lié à la surcote atteint 320 euros par mois chez les fonctionnaires civils d’Etat !
(*) Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques du ministère des Affaires sociales.
À propos de l'auteur
Jean-Philippe Dubosc est rédacteur en chef de ToutSurMesFinances.com et spécialiste des questions de retraite obligatoire et d’épargne. Présent au sein du média depuis plus de 13 ans, il analyse les réformes, les dispositifs réglementaires et les stratégies de départ à la retraite, avec une approche fondée sur une lecture rigoureuse des textes et une connaissance approfondie des différents régimes de retraite.





