Une retraite à 62 ans certes, mais avec un nombre de trimestres en hausse


AVIS D'EXPERT – L'allongement de la durée de cotisation aux régimes de retraite, annoncée par François Hollande et confirmée par Jean-Marc Ayrault, est déjà une réalité, rappelle Frédéric Barrel, directeur technique de Neovia Retraite.

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Le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault a confirmé le 31 mars 2013, les propos tenus par le chef de l’Etat le 28 mars 2013 à la télévision : le gouvernement ne reculera pas encore l’âge légal de départ en retraite, actuellement à 62 ans, mais augmentera très certainement le nombre de trimestres nécessaire pour ouvrir droit à la retraite « à taux plein ».

Augmentation de la durée d’assurance, bis repetita…

L’idée d’une augmentation progressive de la durée d’assurance n’est pas nouvelle. Dès 2003 et la réforme des retraites « loi Fillon », il a été décidé d’augmenter cette durée d’assurance d’un trimestre par tranche d’âge pour passer de 160 trimestres pour les personnes nées jusqu’en 1948 à 161 pour les assurés nés en 1949, puis 162 pour 1950, 163 pour 1951 et 164 pour les années 1952 et plus. Mais cette loi prévoyait déjà une nouvelle augmentation, à compter de 2019, d’un trimestre par tranche d’âge de 1959 à 1962 pour passer à 165, 166, 167 et enfin 168 trimestres.
Revenant sur ce qui avait été décidé en août 2003, la loi du 9 novembre 2010 a anticipé cette augmentation pour fixer ce nombre de trimestres à 165 à compter des années 1953, et a prévu que le nombre de trimestres nécessaires serait déterminé par décret l’année du 56ème anniversaire de l’assuré. Un décret du 1er août 2011 a fixé cette durée d’assurance à 166 pour les années 1955 et plus. Les décisions de ces dernières années semblent indiquer le rythme de cette augmentation : un trimestre supplémentaire tous les deux ans (165 pour les années 1953 et 1954, 166 pour les années 1955 et 1956).
Le nombre de trimestres exigés est donc actuellement de 166 pour les futurs retraités nés à compter de 1955. A notre avis, il devrait continuer à augmenter d’un trimestre tous les deux ans pour passer rapidement à 168…voire 172 !

Un manque à gagner à 80 ans de 25.000 euros

Les futurs retraités auront le choix, entre attendre de réunir le nombre nécessaire de trimestres ou atteindre l’âge du taux plein (67 ans à compter de 1955) pour toucher une pension complète ou demander à percevoir leurs retraites avec un abattement définitif.
Cet abattement (décote) est déterminé en fonction du nombre de trimestres manquants pour atteindre, soit l’âge du taux plein, soit le nombre de trimestres exigés pour le taux plein. Pour les années de naissance postérieures à 1952, cet abattement sur le montant des retraites des régimes de base est de 1,25% par trimestres manquants (maximum 20 trimestres, soit 25% d’abattement maximum) et de 1% pour les 12 premiers trimestres manquants, puis 1,25% pour les 8 autres (soit 22% d’abattement maximum) sur le montant des retraites complémentaires Arrco, Agirc et Ircantec.
Par exemple, un assuré né en 1953 qui demanderait ses retraites à 62 ans avec 160 trimestres d’assurances tous régimes, verrait ses retraites diminuer à titre définitif de 6,25% pour la base et de 5% pour les complémentaires. A titre indicatif, le manque à gagner cumulé à 80 ans serait de 25.000 euros pour une retraite de 1.800 euros brut mensuel à taux plein (base + complémentaire), et de 40.000 euros pour une retraite de 3.000 euros brut mensuel sans abattement. Pour ne pas subir cet abattement, ce retraité devrait travailler cinq trimestres supplémentaires.
Ainsi, sans toucher à l’âge légal de départ en retraite, les décisions successives d’augmenter la durée d’assurance nécessaire pour le taux plein incitent, de fait, les futurs retraités à partir de plus en plus tard sous peine de se voir amputer d’une bonne partie de leurs pensions.

Etudes supérieures, retraites tardives

En revanche, il faut rappeler qu’il s’agit bien d’une durée d’assurance, et non pas d’une durée cotisée. Cette différence est importante car aux trimestres acquis par cotisations (principalement les salaires), il faut ajouter ceux qui sont validés par des périodes assimilées à des périodes d’activité (indemnisation maladie ou chômage, pension invalidité, service militaire, congé parental, assurance vieillesse des parents au foyer,….) ou par majoration de durée d’assurance (trimestres pour enfant élevé par exemple).
Ainsi, l’augmentation du nombre de trimestres exigé ne pénalise pas de façon certaine les femmes ou les précaires. En revanche, ceux qui ont commencé tard leur carrière professionnelle seront obligatoirement impactés et devront décaler leur âge de départ en retraite.

 

Directeur technique et associé, Frédéric Barrel a créé et développé l’expertise technique de Neovia Retraite grâce à 25 ans d’expérience effectuée dans les services retraite de la Sécurité sociale. Présent sur toute la France, avec un réseau d’une dizaine de consultants confirmés, Neovia Retraite revendique la place de leader français du conseil et de l’expertise retraite des dirigeants. Ses prestations s’adressent aux chefs d’entreprises, professions libérales, artisans, commerçants de plus de 55 ans ainsi qu’à leurs conseils (experts comptables, gestionnaires de patrimoine, avocats…). Indépendant de tout organisme public ou privé, Neovia Retraite ne commercialise aucun placement ni aucune assurance.