Partagez
Share to Google

Dans son livre-programme L’avenir en commun, Jean-Luc Mélenchon liste de nombreuses mesures en faveur du pouvoir d’achat et de la redistribution des richesses. Présentation et analyse des propositions économiques et sociales du candidat de la France Insoumise à l’élection présidentielle de 2017.

programme mélenchon 2017

En résumé, les mesures-phares du programme de Mélenchon

Le programme de Jean-Luc Mélenchon (JLM), développé dans son livre L'avenir en commun*, propose de lutter contre la finance, le libéralisme économique et leurs conséquences écologiques et sociales. L’un des principaux objectifs du candidat de la France Insoumise (FI ou LFI), son mouvement lancé pour l’élection présidentielle de 2017 figuré par le logo φ (lettre Phi en grec), est d’instaurer un autre partage des richesses et une société plus égalitaire. Une volonté symbolisée par les principales mesures suivantes :

- Augmentation du Smic de 15%
- Rattrapage du point d’indice des fonctionnaires
- Limitation des écarts de salaires à 1 pour 20 dans les entreprises
- Répression des inégalités de salaires hommes-femmes
- Instauration progressive d’une gratuité de l’eau et de l’énergie
- Revalorisation des minimas sociaux (AAH, minimum vieillesse) au-delà de 1.000 euros
- Rétablissement de la retraite à 60 ans
- Remboursement à 100% des frais de santé par la Sécurité sociale
- Réforme fiscale (JLM parle de Révolution) : passage de 5 à 14 tranches d’impôt sur le revenu, taux de 90% pour la tranche supérieure

Smic net : augmentation immédiate de 173 euros

Alors que l’augmentation du Smic a atteint 5,86% sous le quinquennat de François Hollande, Jean-Luc Mélenchon propose de porter « immédiatement » le salaire minimum légal à 1.326 euros nets mensuels pour un temps plein de 35 heures (page 58 de L’avenir en commun), soit 1.700 euros brut. Cela correspond à une augmentation de 15% par rapport au Smic brut ou net 2017.

Pour JLM, accorder une hausse de salaire aux plus modestes est une « mesure de justice sociale » qui doit « permettre aux salariés de consommer des produits de meilleure qualité et locaux », estime-t-il dans son livre. C’est aussi une façon de lutter contre les inégalités de rémunération entre les sexes.

« Deux tiers des salariés payés au Smic sont des femmes (en fait 56,6% au 1er janvier 2016, source Darès, NDLR). Si bien que quand on parle d’augmenter le Smic, on présente d’abord une revendication féministe. Je demande qu’on s’en souvienne chaque fois qu’on en parle », a-déclaré l’ancien conseiller général et sénateur de l’Essonne lors d’un meeting à Brest, le 28 février 2017.

Plan en faveur de l’égalité des sexes dans l’entreprise au programme

A la page 59 de L’avenir en commun, l’ancien ministre délégué à l'Enseignement professionnel du gouvernement Jospin affiche sa volonté de « réprimer les inégalités femmes-hommes dans les entreprises », sachant que les écarts de salaires entre les deux sexes en France se montaient à 15,5% en 2014 (Source : Eurostat).

« Dans mon programme l’Avenir en commun, je milite pour l’égalité de salaires hommes femmes, je propose de punir ceux qui ne la respectent pas » affirme Jean-Luc Mélenchon, dans une intervention vidéo postée sur Youtube le 7 novembre 2016.

Pour cela, il entend prendre une série de mesures (page 60 de son livre) :
- extension à toutes les entreprises de l’obligation d’adopter un plan ou un accord d’entreprise contre les inégalités de salaires et de carrière entre hommes et femmes, aujourd’hui limitée aux entreprises de plus de 50 salariés
- durcissement des sanctions financières et pénales en cas de manquements à l’égalité
- revalorisation des grilles de salaires dans les métiers majoritairement occupés par des femmes

Instauration d’un salaire maximum pour les grands patrons

L’ancien président du Parti de gauche a l’intention de légiférer pour instaurer (page 57) un « salaire maximum » pour les dirigeants d’entreprises. Cet encadrement des hauts revenus vise à « limiter l’écart de 1 à 20 entre le salaire le plus bas et le salaire le plus haut ». Ce plafonnement ne serait pas appliqué globalement à l’échelle du pays mais à l’intérieur de chaque entreprise, de sorte que le salaire le plus élevé ne dépasse pas 20 fois le salaire minimum en vigueur chez l’employeur. Ce salaire minimum peut être le Smic, un minima conventionnel prévu par une branche d’activité (Cafés-hôtels-restaurants par exemple) ou le salaire le plus bas de l’entreprise s'il est supérieur.

L’équipe de campagne de JLM précise que les petits patrons de TPE - PME n’ont pas à se soucier de cette mesure puisqu’elle « vise les PDG de grands groupes ». « Je veux soutenir l’idée qu’il y a une limite à l’accumulation de richesses. C’est un choix philosophique, un changement de paradigme moral », a justifié Jean-Luc Mélenchon dimanche 19 février 2017, lors de l’émission spéciale de chiffrage de son programme sur YouTube. Durant ce programme, il a affirmé qu’il n’était « pas naturel de s’enrichir au-delà de tout besoin humain commensurable ».

Fonctionnaires : rattrapage du point d’indice puis augmentation

Le député européen déclare (page 58) vouloir « engager une revalorisation des salaires (sic) des fonctionnaires ».

Plus précisément, Marie Agam-Ferrier, haut-fonctionnaire à la retraite indique (émission chiffrage sur YouTube du 19 février 2017) qu’il est d’abord question de rattraper la perte de pouvoir d’achat de 7% induite par le gel du point d’indice (servant au calcul de la rémunération des agents) dans la fonction publique de 2010 à 2016. Une mesure chiffrée à 14 milliards d’euros.

Dans un second temps, il sera question d’augmenter le traitement des fonctionnaires, dans des proportions non précisées. Par ailleurs, Jean-Luc Mélenchon annonce dans le chapitre de « L’avenir en commun » consacré au progrès humain vouloir « revaloriser le salaire (sic) des enseignants en particulier ceux du primaire ».

Plan contre le chômage et droit aux allocations jusqu’au retour à l’emploi

Le candidat de la gauche de la gauche veut « construire un nouveau statut protecteur pour les travailleurs », ce qu’il appelle la « Sécurité sociale intégrale » (page 54).

Il est à ce titre question de « garantir la continuité du revenu en cas de perte d’emploi ou de retrait d’activité », dans le cadre d’une « Sécurité sociale professionnelle » (page 55). Mardi 31 janvier 2017 au cours d’une « université populaire » dédiée à l'approfondissement du programme de Jean-Luc Mélenchon, Guillaume Etiévant, membre du bureau de la Fondation Copernic, laboratoire d’idées anti-libéral, a précisé les contours de cette proposition.

« Il faut que les salariés aient des droits pendant les périodes de non emploi, il faut étendre la logique de la sécurité sociale à l’emploi. Les personnes toucheront leurs indemnités [chômage] jusqu’à ce qu’elles retrouvent un travail [au lieu de leur interruption] au bout de 2 ans comme c’est le cas aujourd’hui. » Pour Guillaume Etiévant, il est nécessaire de faire en sorte qu’il « n’y ait plus aucun chômeur non indemnisé ».

Parallèlement, il est question d’établir un « droit opposable à l’emploi » (page 55) en vertu duquel l’Etat « sera l’employeur en dernier ressort » en cas de chômage de longue durée. Le poste proposé au chômeur serait « en lien avec sa qualification, sur une mission d’intérêt général ».

Enfin, JLM milite pour l’interdiction des licenciements par des entreprises en bonne santé (page 52, sous la dénomination de « licenciements boursiers »). Guillaume Etiévant a en outre évoqué l’idée d’une procédure de réintégration. « Les salariés qui le souhaiteraient seront réintégrés avec le versement de l’ensemble des rémunérations qu’ils auraient dû toucher entre le moment de leur éviction et leur réintégration », expose-t-il.

Minimas sociaux : plus personne sous le seuil de pauvreté

Jean-Luc Mélenchon veut revaloriser les minimas sociaux d'environ 200 euros. « Je veux qu’on soit indemnisé dignement c’est-à-dire plus une seule allocation chômage qui soit inférieure au seuil de pauvreté, plus une seule petite retraite qui soit inférieure au seuil de pauvreté », a-t-il déclaré sur TF1 lors du débat des cinq candidats en tête des sondages, le 20 mars 2017.

Sécurité sociale : remboursement à 100% et suppression des mutuelles

Pour Jean-Luc Mélenchon, « il faut faire une Sécurité sociale intégrale qui rembourse 100% de toutes les dépenses de santé qu'une personne est conduite à devoir faire. 100%, ça veut dire qu'on rapatrie dans la Sécurité sociale les complémentaires », a-t-il plaidé durant le débat télévisé du 20 mars 2017.

Programme sur les retraites : retraite à 60 ans et revalorisation des petites pensions

Jean-Luc Mélenchon fustige régulièrement la réforme Hollande - Touraine des retraites de 2014, qui prévoit un allongement de la durée de cotisation pour l’obtention du taux plein à 43 annuités (soit 172 trimestres) à partir de la génération 1973. Ce qui revient à un départ à la retraite à 66 ans compte tenu d’une entrée dans l’emploi à 23 ans en moyenne.

En réaction, il propose de rétablir la retraite à 60 ans avec une durée de cotisation de 40 ans pour bénéficier d'une pension à taux plein (sans décote pour trimestres manquants). Toutefois, les propos tenus dans son livre page 59 comme ses discours de campagne ne précisent pas si le taux plein est automatiquement accordé dès 60 ans, ni quelles générations seraient concernées.

Second volet de son programme pour les retraites, la revalorisation des pensions de retraite « au niveau du Smic pour une carrière complète » et de l’Aspa (ex-minimum vieillesse) au seuil de pauvreté, soit 1.008 euros (dernier montant connu publié par l’Insee).

Impôts : « révolution fiscale » au programme

Jean-Luc Mélenchon veut « faire la révolution fiscale » (page 63), qui prévoit une refonte totale et plus radicale encore de l’impôt sur le revenu que celle adoptée par François Hollande au début de son quinquennat en 2012-2013.

Il veut ainsi élargir la base de calcul de l’impôt sur le revenu et instaurer un barème progressif étalé sur 14 tranches contre 5 actuellement, incluant une tranche à 90% au-delà 400.000 euros et supprimer le système du quotient familial (demi-parts ou parts accordées selon le nombre d’enfants qui contribuent à diminuer le montant de l’impôt).

De plus, en phase avec sa ligne politique visant à lutter contre l’accumulation de richesses et améliorer leur répartition, il propose une série de mesures fiscales destinées à taxer davantage les revenus du patrimoine et du capital :
- imposer les revenus du capital (intérêts, dividendes) comme les revenus du travail sachant qu’actuellement ce principe existe déjà mais avec des exceptions et des abattements
- renforcer l’ISF (impôt de solidarité sur la fortune)
- augmenter les droits de succession sur les gros patrimoines.

A lire également pour en savoir davantage sur le programme fiscal de Jean-Luc Mélenchon pour 2017

* L’avenir en commun, éditions du Seuil, prix public 3€. A noter : ce livre n’est pas disponible librement en ligne au format PDF. Il est en revanche consultable sur le Web sur le site https://laec.fr/

Le programme des principaux candidats à l'élection présidentielle en 2017
> Programme de François Fillon
- Pouvoir d’achat : les propositions de Fillon pour 2017

> Programme d'Emmanuel Macron
- Pouvoir d’achat, impôts, Sécurité sociale… Le programme de Macron pour 2017

> Programme de Benoît Hamon
- Revenu universel, impôts, retraite : le programme de Benoît Hamon pour 2017

> Programme de Nicolas Dupont-Aignan
- Dupont-Aignan : fiscalité, pouvoir d’achat, retraite, son programme présidentiel pour 2017

> Programme de Marine Le Pen
- Marine Le Pen : salaires, retraites, impôts, le programme du FN pour 2017