Désindexer les retraites revient à rompre le lien entre le niveau de la pension et l’inflation. La décision de revaloriser ou on les retraites de base ou les retraites complémentaire ne revient pas aux mêmes décideurs. L’effet d’une désindexation ne se limite pas à l’année où la mesure est décidée, puisque la pension repart ensuite d’une base plus basse que si elle avait été revalorisée.
Désindexation des retraites : de quoi parle-t-on ?
Désindexer les retraites signifie que la revalorisation annuelle des pensions cesse de suivre intégralement l’inflation. Si une telle décision est prise, les retraités concernés subissent une baisse de leur pouvoir d’achat. Le terme peut en fait recouvrir trois mesures distinctes.
Le gel est une mesure de suspension de la revalorisation annuelle. Son seul précédent en France remonte à 2014, et deux décisions se sont succédé cette année-là. La loi du 20 janvier 2014 a décalé la date de revalorisation du 1er avril au 1er octobre. Une loi de financement rectificative de la Sécurité sociale a ensuite gelé au 1er octobre les pensions totales supérieures à 1 200 euros par mois. Les pensions inférieures à ce seuil sont restées soumises à la règle de revalorisation, qui a donné un taux nul.
Le régime complémentaire des retraites du privé Agirc-Arrco fournit un autre exemple de pension figée : sa valeur de service du point n’a pas évolué depuis novembre 2024.
La sous-indexation consiste à appliquer un taux de revalorisation inférieur à l’inflation. Les pensions de base ont ainsi augmenté de seulement 0,3% en 2019, soit 0,8 point de pourcentage de moins que la hausse des prix à la consommation à ce moment-là (1,1%).
Enfin, la revalorisation différenciée vise à moduler le taux de revalorisation selon le montant de la pension. En 2020, les pensions totales inférieures à 2 000 euros ont été revalorisées de 1%, celles dépassant 2 014 euros de 0,3%, avec des taux intermédiaires entre les deux.
Par ailleurs, l’expression « année blanche » parfois utilisée par certains responsables politiques ne vise pas les seules retraites : l’expression désigne le gel simultané de l’ensemble des prestations sociales et pensions des régimes de base.
Qui peut décider une désindexation des retraites
La décision de désindexer les retraites de base dépend du législateur. En temps normal, le Code de la Sécurité sociale conduit à indexer les pensions sur l’inflation, sans décision annuelle. Le gouvernement ne fixe pas le taux, il le constate par application d’une formule légale. Y déroger suppose une loi, et le véhicule a toujours été le budget de la Sécurité sociale. La dérogation ne vaut que pour une année : le Conseil constitutionnel a jugé en 2018 qu’une loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) ne peut pas fixer à l’avance le taux des années suivantes. Le sujet revient donc à chaque débat budgétaire.
Dans la fonction publique, la retraite des fonctionnaires est revalorisée dans les mêmes conditions que les pensions de retraite de base de la Sécurité sociale.
Le dernier taux de revalorisation appliqué et son mode de calcul figurent dans notre dossier sur la revalorisation des retraites.
S’agissant des retraites complémentaires du privé, la décision de revaloriser la valeur de service du point Agirc-Arrco est du ressort des partenaires sociaux. Elle ne dépend pas du Parlement et prend effet à une autre date que l’augmentation des retraites de base.
Concernant les autres régimes de retraite complémentaires, notamment ceux des professions libérales, le conseil d’administration de chaque caisse fixe son propre taux de revalorisation. D’où des écarts d’une caisse de retraite complémentaire à l’autre.
Agirc-Arrco : une sous-indexation déjà en vigueur
Les anciens salariés du privé vivent déjà sous un régime de sous-indexation depuis 2024 : l’accord national interprofessionnel (ANI) en vigueur prévoit le principe d’une évolution des pensions complémentaires inférieure à l’inflation.
L’absence de revalorisation des retraites complémentaires des salariés du secteur privé observée au 1er novembre 2025 relève d’un autre facteur. La valeur du point Agirc-Arrco est restée inchangée faute d’accord entre organisations patronales et syndicales au conseil d’administration, alors que la formule donnait un taux de 0,6%. Le gel résulte d’un blocage paritaire, pas de l’application d’un mécanisme automatique.
La prochaine décision appartient au conseil d’administration de l’Agirc-Arrco, réuni au plus tard mi-octobre, pour une application au 1er novembre 2026.
L’application de l’ANI du 5 octobre 2023 s’arrête en 2026, une négociation doit donc se tenir pour la période suivante.
Ce qu’une désindexation coûte à un retraité
Une pension ne peut pas diminuer du fait d’une désindexation. Le code de la Sécurité sociale interdit un coefficient de revalorisation inférieur à 1, ce qui écarte tout risque de baisse des pensions en euros.
Le coût d’une désindexation porte sur le pouvoir d’achat des retraites. Il dépend du niveau d’inflation constaté par l’Insee, du taux de revalorisation des pensions décidé, s’il s’agit d’une sous-indexation, et du panier de consommation de chaque ménage.
Exemple d’application pour une pension de 2 000 euros
Dans l’hypothèse d’une inflation de 2%, prise ici à titre de simulation, une pension brute de 2 000 euros par mois augmenterait de 40 euros, et un gel la laisserait à son montant.
Cet effet est pérenne. En cas de gel sur une seule année, la pension de l’année suivante serait calculée sur une base non revalorisée. Le coefficient annuel s’applique ensuite à la pension telle qu’elle est servie, si bien que l’écart se reconduit.
Aucune des dispositions ayant dérogé au principe de la revalorisation annuelle de 2014, 2019 et 2020 n’a été assortie d’une mesure de rattrapage l’année suivante.
Budget 2027 : où en est le sujet de la désindexation ?
La désindexation des pensions de retraite de base figure parmi les options étudiées pour établir le budget 2027 de la Sécurité sociale.
Actuellement, trois options sont sur la table :
- une désindexation des pensions de retraite de base
- une remise en cause de l’abattement de 10% sur les pensions, qui conduirait à un relèvement de l’impôt sur le revenu
- une combinaison des deux mesures
Le gouvernement a assuré vouloir préserver les retraités les plus modestes, dont les bénéficiaires de l’allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa). Ni seuil ni taux éventuel d’indexation ne sont arrêtés à ce jour.
Les discours ministériels selon lesquels aucune pension ne serait réduite concernent le montant versé. Ils n’excluent donc pas une sous-indexation.
Pour mémoire, en cas d’indexation, la revalorisation du 1er janvier 2027 sera fixée en fonction de l’inflation constatée entre novembre 2025 et octobre 2026.
Désindexation des retraites : FAQ
Une désindexation peut-elle faire baisser le montant d’une pension ?
Non. Le coefficient de revalorisation ne peut pas être inférieur à 1. En revanche, une désindexation entraîne une perte de pouvoir d’achat.
Une désindexation peut-elle prendre effet en cours d’année ?
Non en principe pour la retraite de base, qui est revalorisée chaque année au 1er janvier. Toutefois, par le passé et à plusieurs reprises, la revalorisation des pensions a été reportée de quelques mois. L’Agirc-Arrco suit son propre calendrier, avec une décision en octobre appliquée au 1er novembre de chaque année.
Quand le taux de revalorisation d’une année est-il connu ?
Dans les dernières semaines de l’année précédente. Une instruction interministérielle du 15 décembre 2025 a ainsi fixé la revalorisation de 2026 des retraites de base à 0,9%.
À propos de l'auteur
Olivier Brunet est cofondateur de ToutSurMesFinances.com et rédacteur en chef spécialisé en placements et fiscalité des particuliers. Présent au sein du média depuis sa création, il en est l’un des piliers éditoriaux. Il analyse les stratégies d’investissement, suit les évolutions fiscales et les problématiques patrimoniales avec une vision long terme, forgée par des années de pratique et de suivi des marchés.






