Comment fonctionne le droit de préemption de la commune ?

Par Thibault Fingonnet

Lors d’une vente immobilière, la mairie peut décider d’acheter le bien avant tout autre acquéreur : c’est le droit de préemption urbain (DPU). Ce mécanisme permet à la commune de réaliser des projets d’intérêt général. Découvrez les conditions d’application du DPU, les étapes à suivre et les recours possibles en cas de désaccord sur le prix ou la décision de préemption.

Droit de préemption urbain (DPU) : définition et principes clés

À quoi sert le droit de préemption des communes ?

Le droit de préemption urbain (DPU) donne à une commune la possibilité d’acheter en priorité un bien mis en vente sur son territoire. L’objectif : constituer une réserve foncière ou réaliser des opérations d’aménagement comme la construction de logements sociaux, de routes, d’écoles ou la création d’espaces verts.

Concrètement, la mairie peut se substituer à l’acheteur prévu pour acquérir le bien au prix fixé ou après négociation.

Contrairement à l’expropriation, il ne s’agit pas d’une acquisition forcée. Cette procédure s’applique uniquement lorsque le propriétaire souhaite vendre et a déjà signé un compromis ou promesse de vente avec un acquéreur, ce qui peut parfois réserver une mauvaise surprise au vendeur comme à l’acheteur.

Heureusement, ces cas restent rares. Il n’existe pas de données nationales récentes, mais d’après une étude du Conseil d’État datant de 2008, si les zones de DPU sont répandues en France, en réalité, les communes préemptent très peu : moins de 1 % des ventes seraient concernées.

Qui peut exercer le droit de préemption urbain ?

Le DPU est généralement exercé par la commune, mais il peut aussi être délégué à :

  • Un établissement public de coopération intercommunale (EPCI), comme une communauté de commune
  • Un établissement public foncier
  • Parfois même à l’État ou à un organisme chargé d’aménagement.

Chaque décision doit s’appuyer sur un projet d’aménagement cohérent avec le plan local d’urbanisme (PLU).

Autres droits de préemption : locataires, SAFER, fonds de commerce

Le DPU n’est pas le seul droit de préemption existant.

  • Les locataires bénéficient d’un droit d’achat prioritaire en cas de vente de leur logement loué vide.
  • Les SAFER (Sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural) peuvent préempter des terres agricoles au moment de la vente pour préserver le foncier rural.
  • En zone commerciale, un droit spécifique s’applique sur la vente des fonds de commerce ou des baux commerciaux.
  • En zone naturelle sensible, les départements, conservatoires du littoral, parc régionaux ou nationaux, etc. peuvent préempter pour préserver la biodiversité et les espaces naturels.

Nouveaux cas de préemption liés à l’érosion du littoral

Depuis la loi Climat et résilience de 2021, les communes littorales peuvent instaurer un droit de préemption « résilience ». Il s’applique dans les zones exposées à l’érosion côtière à l’horizon de 30 ans (liste des communes fixée par décret).

L’objectif est d’anticiper les risques liés au recul du trait de côte (avancée de la mer par érosion des côtes), prévenir la submersion et renaturer les terrains menacés grâce au foncier récupéré.

Biens concernés par le droit de préemption urbain

Comment une zone de préemption est-elle définie dans le plan local d’urbanisme (PLU) ?

Le droit de préemption s’applique uniquement dans les zones délimitées par un plan local d’urbanisme (PLU) ou un document d’urbanisme équivalent. Il s’agit le plus souvent de zones à vocation urbaine, comme les zones « U » ou « UA ».

Ces périmètres couverts sont définis par délibération du conseil municipal, qui doit être affichée en mairie pendant deux mois et publiée dans un journal local. Cette décision n’a pas de limitation de durée et ne peut être modifiée que par un nouveau vote.

Il suffit ensuite de se renseigner en mairie, auprès de l’intercommunalité ou directement sur le site public Géoportail de l’urbanisme. En tapant son adresse, il est possible de voir immédiatement si votre logement ou terrain se situe dans une zone de préemption.

Droit de préemption simple : cas d’application et exceptions prévues par la loi

Le DPU simple concerne principalement les ventes volontaires de terrains constructibles, logements (maisons et appartements) et de certains locaux commerciaux, à condition que :

  • leur construction soit achevée depuis au moins quatre ans
  • ou que le règlement de copropriété ait plus de dix ans.

Il existe toutefois des exceptions :

  • Les ventes ou donations entre cohéritiers ou membres d’une même famille
  • Les cessions à un organisme public
  • Les ventes dans le cadre d’une expropriation.

Droit de préemption renforcé : un outil élargi à tous les biens immobiliers

Les exclusions mentionnées ci-dessus ne s’appliquent pas dans le cas d’un droit de préemption dit « renforcé ».

Ce DPU renforcé permet à la commune d’intervenir sur tous les types de biens, y compris :

  • Les terrains nus ou bâtis
  • Les immeubles anciens
  • Les locaux industriels ou commerciaux
  • Les immeubles entiers en copropriété.

Le droit de préemption renforcé : fonctionnement, objectifs et zones concernées

Dans quels cas la commune peut activer le droit de préemption renforcé ?

Le DPU renforcé est instauré dans les secteurs où la pression foncière est forte, par exemple pour favoriser le logement social, prévoir des locaux municipaux (écoles, gymnases) ou préserver le patrimoine.

La décision d’appliquer ce régime doit être motivée et adoptée par le conseil municipal ou le préfet.

Procédure : ce qui change par rapport au DPU simple

La procédure du DPU renforcé reste proche du DPU simple, mais la portée est plus large et le contrôle du juge plus strict.

La commune doit démontrer un projet d’aménagement précis, faute de quoi la préemption peut être annulée.

Tableau comparatif : différences entre DPU simple et DPU renforcé

Voici le détail des différences entre les deux catégories de droit de préemption urbain.

Type de DPUBiens concernésObjectifZonesAutorité
DPU simpleTerrains, logements construits depuis 4 ans et copropriétés de plus de 10 ans, locaux commerciaux (sauf donations, sucessions).Réalisation de projets urbains : logements, équipements publics, espaces vertsZones urbaines ou à urbaniser (U et AU) du PLUConseil municipal ou EPCI
DPU renforcéTous biens immobiliers, y compris logements récents, parts de SCI et donations hors cadre familial.Maîtrise foncière étendue, lutte contre la spéculationSecteurs stratégiques définis par délibération motivéeCommune (accord ou avis du préfet)

Vendre un bien soumis au DPU : démarches, délais et obligations

Le rôle du notaire et de l’agent immobilier dans la procédure de préemption

Avant toute vente, si vous faites appel à un agent immobilier, il saura en général si votre bien se trouve dans une zone soumise au DPU.

Le notaire, lui, doit vérifier cette information et en pratique envoyer la déclaration d’intention d’aliéner (DIA) à la mairie, après la signature du compromis de vente.

Déclaration d’intention d’aliéner (DIA) : étapes et formulaire officiel à télécharger

La Déclaration d’intention d’aliéner (DIA) est un document administratif obligatoire pour notifier la vente à la commune. Théoriquement, cette démarche incombe au propriétaire vendeur, mais en pratique, c’est le notaire qui s’en charge systématiquement.

Une fois le compromis de vente signé avec l’acquéreur, le notaire remplit le formulaire en vérifiant que toutes les mentions légales y figurent, puis l’adresse à la mairie où se situe le bien, signalant ainsi que la vente est en cours.

La DIA mentionne :

  • le prix du bien,
  • sa nature,
  • ses références cadastrales,
  • l’identité de l’acquéreur,
  • ainsi que les conditions de cession, en particulier le prix de vente.

Le formulaire officiel est disponible sur le portail service-public.fr (formulaire Cerfa n°10072*04). Il est possible de le télécharger, le remplir en ligne pour l’envoyer à la mairie concernée.

Décision de la mairie : délais légaux, silence administratif et propositions de prix

Après réception de la DIA, la mairie dispose de deux mois pour répondre. Ce délai peut être porté à trois mois en cas de demande de documents supplémentaires ou de visite nécessaire du bien immobilier. La mairie peut faire connaître sa réponse par recommandé, commissaire de justice ou par un policier municipal.

La commune peut :

  • Renoncer à son droit de préemption ou ne pas répondre (son silence vaut renonciation) : le bien peut alors être vendu au prix annoncé dans la DIA.
  • Accepter le prix proposé : la transaction en cours est annulée et la commune se substitue à l’acquéreur initial. La vente avec la mairie doit alors être régularisée dans les trois mois par un notaire ;
  • Proposer un prix inférieur : le propriétaire a alors deux mois pour renoncer à vendre (son silence vaut renonciation à la vente) ou accepter la contre-proposition.
  • Si le propriétaire veut toujours vendre son bien mais qu’il n’est pas d’accord sur le prix proposé par la mairie, il peut alors saisir le Tribunal de Grande Instance : c’est le juge de l’expropriation qui prend le relais pour fixer le prix d’acquisition en se conformant aux prix du marché.

Comment échapper ou contester un droit de préemption

Motif d’intérêt général : comment le contester devant le tribunal administratif

Le propriétaire peut contester une décision de préemption s’il estime que la commune ne justifie pas d’un véritable projet d’intérêt général. Le recours s’effectue devant le tribunal administratif dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision.

Le juge pourra annuler la préemption si le projet présenté n’est pas conforme aux objectifs d’aménagement ou n’est pas suffisamment motivé.

Les cas d’exemption du DPU : successions, donations, ventes spéciales

Certaines ventes échappent automatiquement au DPU, sans intervention de la mairie :

  • Ventes entre conjoints (y compris partenaires de Pacs) et parents  jusqu’au 4e degré
  • Donations, successions
  • Ventes judiciaires ou à l’État.

Le notaire s’assure de ces exemptions lors de la rédaction de l’acte de vente pour s’assurer que le DPU ne s’applique pas.

Ressources officielles sur le DPU

FAQ : questions fréquentes sur le droit de préemption de la commune

Comment savoir si mon logement est dans une zone de droit de préemption urbain ?

Il suffit de consulter le plan local d’urbanisme (PLU) en mairie ou au service urbanisme de votre intercommunalité ou directement sur le site public Géoportail de l’urbanisme en renseignant simplement votre adresse. Votre agent immobilier ou votre notaire doit aussi vous renseigner sur ce point au moment de mettre en vente votre bien.

Quelle est la différence entre droit de préemption simple et renforcé ?

Le DPU simple vise certains biens dans des zones précises (sauf biens construits depuis moins de 4 ans et copropriété de plus de 10 ans), tandis que le DPU renforcé s’applique à tous les biens immobiliers, y compris les biens récents, sur un secteur défini, ainsi que les parts de SCI ou de donations hors cadre familiale.

La mairie peut-elle m’imposer un prix inférieur à celui que je fixe ?

Oui, mais uniquement si elle le justifie. En cas de désaccord, le juge de l’expropriation fixe la valeur finale du bien.

Que se passe-t-il si la mairie ne répond pas dans le délai de deux mois ?

Le silence de la mairie vaut renonciation : la vente peut alors se poursuivre librement.

Comment contester une décision de préemption jugée abusive ou injustifiée ?

Il est possible de déposer un recours devant le tribunal administratif pour demander l’annulation de la décision, dans les deux mois suivant sa notification.

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