« J’invite les Français à ne pas différer leur demande de retraite »


Face à la baisse importante des demandes de liquidation depuis le début du confinement, Laurent Pietraszewski, le secrétaire d’État aux retraites, appelle les assurés à ne pas reporter leurs démarches sous peine de ne pas percevoir leurs premières pensions à temps. Il s’inquiète également de la chute importante des demandes de réversion.

 

Lors d’une conférence téléphonique organisée le 30 avril dernier avec les directeurs des principales caisses de retraite, ces derniers vous ont alerté sur un déclin des demandes de retraite durant le confinement. Comment expliquez-vous cette baisse, alors qu’il est possible de demander à liquider ses droits en ligne ?

Laurent Pietraszewski, secrétaire d’État aux retraites : « Depuis l’instauration de l’état d’urgence sanitaire, mes collaborateurs interrogent régulièrement les caisses de retraite sur le fonctionnement de leurs services. Moi-même, j’ai fait un point fin mars au téléphone avec les directeurs des principales caisses pour m’assurer du paiement de toutes les retraites aux échéances habituelles et de la mise en paiement des nouvelles retraites dans les délais habituels. Cet objectif a été atteint et nos 15 millions de retraités ont touché leurs pensions d’avril, comme en temps normal.

Au cours du dernier point consacré à la préparation de la levée du confinement, les directeurs m’ont, en effet, sensibilisé sur une diminution inhabituelle des demandes de liquidation des droits à la retraite. À la Cnav (Caisse nationale d’assurance vieillesse, le régime de retraite de base des salariés du secteur privé, NDLR), le nombre de demandes a reculé de 16% durant la semaine du 20 avril par rapport à la même période de l’an dernier. Une baisse a également été constatée dans les autres caisses.

Elle peut s’expliquer par plusieurs raisons. S’il est possible d’effectuer une demande de retraite sur les sites Internet des caisses, tous les Français ne sont pas à l’aise avec les outils numériques. Certains assurés pensent que, puisque les agences de retraite sont fermées au public, les demandes « papier » envoyées par La Poste ne sont plus traitées, ce qui est faux. Des salariés mis au chômage partiel ne peuvent pas bénéficier de l’accompagnement de leur entreprise. Enfin, le confinement peut avoir tendance à geler – ou du moins à reporter – les projets professionnels et personnels, comme le départ à la retraite. »

En quoi cette baisse de demande de retraite est-elle problématique ?

« Il faut demander à liquider ses droits au moins quatre à six mois avant la date souhaitée de départ à la retraite. Ce délai doit être plus que jamais respecté car si les caisses de retraite continuent de fonctionner durant la crise sanitaire grâce au télétravail, les procédures prennent un peu plus de temps. Par exemple, le personnel sur place étant limité, le courrier est relevé moins souvent et la numérisation peut prendre aussi plus de temps que d’habitude.

Si un assuré tarde à demander sa retraite, il risque de percevoir sa première pension avec retard. Par ailleurs, si tout le monde attend le 11 mai pour déposer une demande de retraite, cela peut créer un goulot d’étranglement. Il y aura beaucoup de dossiers à traiter, alors même que tous les agents des caisses n’auront pas tous repris le travail. Cela peut là aussi engendrer une rupture dans les ressources des nouveaux retraités. En conséquence, j’invite les Français à ne pas différer leur demande de retraite. »

Qu’en est-il des demandes de pension de réversion versée aux veufs et veuves ?

« En se basant toujours sur les données de la Cnav, les demandes de réversion ont chuté de plus de 28%. On estime à environ 10.000 le nombre de conjoints survivants qui n’ont pas demandé à percevoir la réversion sur les six premières semaines de confinement. Or, il faut savoir qu’il faut effectuer une demande dans chacun des régimes auxquels le défunt a cotisé et que l’examen des dossiers prend en moyenne entre trois et quatre mois. Nous craignons les répercussions économiques et sociales de cette baisse des demandes, sachant que la très grande majorité des bénéficiaires de la réversion sont des femmes et qu’une partie d’entre elles ont des retraites personnelles faibles car elles ont peu cotisé.

Ce sont souvent les enfants du veuf ou de la veuve qui s’occupent des démarches. Avec le confinement, c ‘est plus difficile. Certes, les formulaires de demande de pension de réversion, une fois remplis, signés et numérisés, peuvent désormais être envoyés par e-mail. Mais il faut rappeler à ceux qui, souvent très âgés, ont des difficultés avec les outils informatiques, qu’ils peuvent contacter directement la ou les caisses de retraite par téléphone. Ils ne vont pas tomber sur un répondeur. Les téléconseillers sont, plus que jamais, là pour aider et accompagner les assurés. Les directeurs des caisses se sont engagés à ce que les demandes téléphoniques de réversion soient traitées dans les meilleurs délais. »

Est-ce que la situation aurait été différente si la réforme des retraites avait été votée ?

« Même si la réforme avait été votée, le système universel de retraite n’aurait pas eu le temps d’être mis en place avant la crise sanitaire. Mais cela nous montre à quel point la multiplicité de nos régimes de retraite et leurs règles créent de la complexité lorsqu’il s’agit de liquider sa retraite.

Pour reprendre l’exemple des pensions de réversion, il existe aujourd’hui pas moins de 13 régimes différents avec, pour chacun, des modalités spécifiques. Avec le système universel, le conjoint survivant aurait besoin de formuler une seule demande. Ce serait quand même beaucoup plus simple, a fortiori en période de confinement. »

Propos recueillis (en visioconférence) par Jean-Philippe Dubosc