Être non imposable à l’impôt sur le revenu, ce n’est pas seulement échapper à l’impôt. Cette situation, qui concernait plus de 18 millions de foyers fiscaux en 2025 selon la DGFiP, soit plus de quatre foyers sur dix, a des conséquences directes, du prélèvement à la source à la restitution des crédits d’impôt, à condition de savoir les identifier. Encore faut-il comprendre ce qu’elle recouvre exactement : un impôt nul ne signifie pas que les revenus sont exonérés, ni que l’on peut se passer de déclaration. Cet article explique comment vérifier sa situation pour l’impôt 2026 sur les revenus de 2025, comment obtenir la preuve de sa non-imposition et ce qu’elle change au quotidien.
Que signifie être non imposable en 2026 ?
Contrairement à une idée répandue, être « non imposable » ne désigne pas un statut accordé par l’administration fiscale. Il s’agit d’une situation de fait, constatée chaque année à l’issue du calcul de l’impôt. Sa définition fiscale tient en une phrase : un foyer fiscal est non imposable lorsque son impôt sur le revenu, après application du barème progressif, de la décote et des éventuels crédits et réductions d’impôt, est égal à zéro. Par nature, cette situation n’est pas définitivement acquise : elle s’apprécie millésime par millésime et peut basculer d’une année sur l’autre, au gré de l’évolution des revenus ou de la composition du foyer.
Trois notions voisines méritent d’être distinguées :
- un foyer peut afficher un impôt strictement nul à l’issue du calcul ;
- il peut aussi présenter un impôt calculé compris entre 1 et 60 euros, qui n’est pas réclamé : en deçà du seuil de mise en recouvrement de 61 euros fixé par l’article 1657 du Code général des impôts, aucune somme n’est, en effet, mise en paiement ;
- enfin, certains revenus sont exonérés d’impôt: ils n’entrent tout simplement pas dans le calcul, ce qui est une autre question.
Combien de foyers ne paient pas d’impôt sur le revenu ?
Sur les 41,6 millions de foyers fiscaux recensés par la DGFiP au titre de l’impôt 2025, 19,0 millions étaient imposés et 18,0 millions non imposés. S’y ajoutent 4,6 millions de foyers ayant bénéficié d’une restitution, leur impôt calculé étant négatif sous l’effet des crédits d’impôt. Source : cahier statistiques DGFiP 2025. Plus de détails dans notre article sur l’impôt sur le revenu des personnes physiques.
Comment savoir si on est non imposable en 2026 ?
Contrairement à une idée reçue, le seuil en dessous duquel on ne paie pas d’impôt sur le revenu est différent de la limite entre la tranche d’imposition à 0% et celle à 11%. La limite réelle tient aussi compte d’autres paramètres, dont le quotient familial (nombre de parts fiscales) et la décote, qui réduit l’impôt des foyers faiblement imposés. Les réductions et crédits d’impôt peuvent ensuite abaisser l’impôt, voire l’annuler. Enfin, lorsque le montant restant dû est inférieur au seuil de mise en recouvrement de 61 euros, aucun impôt n’est prélevé.
Pour une personne seule disposant d’une part, le dernier revenu n’entraînant aucun impôt à payer se situe ainsi à 19 550 euros déclarés pour une personne salariée ne bénéficiant d’aucun crédit ou réduction d’impôt, soit un revenu net imposable de 17 595 euros. Ces seuils sont valables pour l’imposition 2026 des revenus de 2025. Ils sont actualisés chaque année, selon la revalorisation du barème de l’impôt sur l’inflation. Les seuils détaillés pour une personne seule ou pour un couple marié ou pacsé figurent dans notre article dédié.
📌 À noter : un gel du barème de l’impôt sur le revenu avait été envisagé lors des débats budgétaires. La revalorisation finalement votée évite à des foyers dont les revenus ont simplement suivi l’inflation de basculer dans l’imposition.
Le simulateur officiel, premier réflexe
Pour savoir si on est non imposable en 2026, le plus sûr consiste à utiliser le simulateur de calcul de l’impôt sur le revenu disponible sur impots.gouv.fr. L’outil tient compte du barème en vigueur, du mécanisme de la décote et des principales réductions et crédits d’impôt. En quelques minutes, il indique le montant de l’impôt qui résultera de la déclaration et, le cas échéant, l’absence d’imposition. Notre mode d’emploi du simulateur détaille la marche à suivre.
L’avis de situation déclarative et l’avis d’impôt
La confirmation officielle intervient en deux temps. Dès la signature de la déclaration en ligne, au printemps, le contribuable peut télécharger son avis de situation déclarative à l’impôt sur le revenu (Asdir), qui mentionne le montant de l’impôt résultant des éléments déclarés. En été, l’avis d’impôt proprement dit est mis à disposition dans l’espace Finances publiques sur impots.gouv.fr : pour un foyer non imposable, il affiche une somme à payer de 0 euro. Les dates de mise à disposition des avis sont détaillées dans notre article dédié.
Être non imposable ne signifie pas être dispensé de déclaration
Ne pas déclarer ses revenus en supposant qu’on ne paiera de toute façon aucun impôt est une erreur susceptible d’être coûteuse. L’obligation de déclarer ses revenus s’applique à tous, que l’on soit imposable ou non. Et une personne non imposable a tout intérêt à se plier à cette obligation. La déclaration permet à l’administration de calculer son revenu fiscal de référence, clé d’accès à de nombreux droits, d’établir un taux de prélèvement à la source adapté et de déclencher la restitution des crédits d’impôt auxquels elle peut prétendre. Elle permet aussi la transmission d’informations aux organismes sociaux : la Caf récupère désormais automatiquement les ressources auprès de l’administration fiscale pour calculer les droits de ses allocataires, sans justificatif à transmettre. Pour approfondir, lire notre article pourquoi il faut déclarer ses revenus même si on est non imposable.
➡️ Cas de la déclaration automatique
Les foyers éligibles à la déclaration automatique n’ont quant à eux qu’à vérifier les informations préremplies : en l’absence de modification à signaler, leur déclaration est réputée souscrite sans autre démarche.
Quels avantages quand on est non imposable en 2026 ?
Être non imposable entraîne certains effets favorables, mais moins nombreux qu’on ne le croit. Une précision s’impose : la plupart des aides et exonérations ne sont pas réservées aux « non imposables » en tant que tels. Elles sont conditionnées au revenu fiscal de référence (RFR), un indicateur calculé par l’administration à partir de la déclaration, qui sert à déterminer le niveau de ressources du foyer. Sa prise en compte varie ensuite selon chaque dispositif. Un foyer non imposable peut dépasser le plafond de RFR d’un avantage donné, et inversement.
Ce qui découle directement d’un impôt nul
Trois effets sont attachés à la non-imposition elle-même :
- les crédits d’impôt restent restituables : contrairement aux réductions d’impôt, qui ne peuvent que diminuer un impôt existant, ils sont remboursés intégralement (emploi à domicile, garde de jeunes enfants, etc.) lorsque l’impôt est nul ;
- le prélèvement à la source peut tomber à 0% (voir ci-dessous) ;
- l’avis d’imposition à 0 euro sert de justificatif auprès des organismes qui le réclament (voir en fin d’article).
Pour le reste, c’est le niveau de RFR qui commande l’accès à de nombreux droits : exonérations de taxe foncière de certains publics sous conditions de ressources, prestations sociales, tarifs sociaux locaux calculés à partir du quotient familial, par exemple pour la restauration scolaire. Notre article dédié détaille à quoi sert le revenu fiscal de référence.
Prélèvement à la source : quel taux quand on est non imposable ?
Tous les contribuables non imposables ne se voient pas appliquer le même traitement en matière de prélèvement à la source. Lorsque la non-imposition résulte du niveau des revenus, c’est-à-dire lorsque le revenu net imposable conduit à un impôt nul ou inférieur au seuil de mise en recouvrement, le taux de prélèvement ressort à 0% : aucune retenue n’est prélevée sur le salaire ou la pension.
La situation diffère lorsque l’impôt issu du barème est positif, puis ramené à zéro par des réductions ou crédits d’impôt. Ces avantages fiscaux ne sont pas pris en compte dans le calcul du taux de prélèvement. Des sommes sont donc retenues chaque mois sur les revenus, alors même qu’aucun impôt ne sera finalement dû. Au sein d’un couple soumis à imposition commune, le taux est par ailleurs désormais individualisé par défaut, en fonction des revenus de chacun : lorsque l’écart de revenus est important, l’un des conjoints peut se voir appliquer un taux de 0% tandis que l’autre est prélevé chaque mois.
Non imposable avec du patrimoine : des situations légales
Être non imposable n’empêche pas de détenir un patrimoine important. Comme son nom l’indique, l’impôt sur le revenu taxe des revenus, non un capital détenu. Il en résulte des situations de non-imposition, ou de quasi-non-imposition, conformes au droit fiscal, chez des foyers disposant d’actifs d’une valeur significative. Plusieurs profils illustrent ces situations :
- l’ancien commerçant ou travailleur indépendant retraité, qui a accumulé un patrimoine durant sa vie active, peut vivre d’une pension modeste complétée par la consommation du capital issu du produit de la cession de son activité. La fiscalité applicable dépend de la façon dont ce capital a été placé. S’il a été logé dans un contrat d’assurance vie, l’imposition est limitée aux gains compris dans les rachats partiels. S’il a été investi dans l’immobilier, tout dépend du type de bien (logement nu, meublé, parts de SCPI) et du mode d’acquisition ;
- la personne aux revenus modestes ayant reçu un patrimoine en héritage peut demeurer non imposable à l’impôt sur le revenu : le capital transmis relève des droits de succession, seuls ses fruits éventuels (intérêts, dividendes, loyers) sont susceptibles d’entrer dans le revenu imposable ;
- le travailleur non salarié — commerçant, artisan, profession libérale — dont l’activité débute ou traverse une mauvaise année peut ne dégager aucun revenu taxable. Lorsque l’activité est exercée à titre professionnel et relève d’un régime réel d’imposition, le déficit constaté s’impute sur le revenu global du foyer, ce qui peut effacer l’impôt ;
- le bailleur qui engage des travaux déductibles importants peut constater un déficit foncier, imputable sur le revenu global dans une certaine limite, et sans limitation en cas de recours au dispositif Monuments historiques (montant des travaux de rénovation déductible des revenus, sans aucune limite, sous conditions) ;
- le loueur en meublé non professionnel au régime réel déduit l’amortissement comptable de ses biens : ce mécanisme peut réduire fortement, voire effacer, le revenu imposable issu de la location meublée.
Restent les réductions et crédits d’impôt, dont le cumul peut ramener l’impôt à zéro. Leur portée est toutefois encadrée : la plupart de ces avantages sont plafonnés individuellement et soumis au plafonnement global des niches fiscales.
Avis de non-imposition : comment l’obtenir et à quoi il sert
Le document qui tient lieu d’avis de non-imposition s’obtient en quelques clics : il suffit de se connecter à son espace Finances publiques sur impots.gouv.fr, rubrique Documents. L’avis de situation déclarative à l’impôt sur le revenu (Asdir) s’y télécharge dès la déclaration en ligne validée, au printemps ; l’avis d’impôt y est mis à disposition l’été. Pour un foyer non imposable, l’un comme l’autre mentionnent un montant nul. Le contribuable qui déclare sur papier reçoit son avis par courrier, dans un délai plus long.
Ces documents sont régulièrement demandés par les bailleurs, les banques, les organismes de bourses ou certaines administrations pour justifier de sa situation. La Caf, en revanche, ne les exige plus sauf en cas de contrôle : les ressources de ses allocataires lui sont transmises automatiquement par l’administration fiscale.
📌 Bon à savoir
La DGFiP n’édite plus de document intitulé « avis de non-imposition » depuis 2016. L’Asdir l’a remplacé pour les personnes non imposables : c’est lui qui fait foi auprès des organismes qui réclament un avis de non-imposition.
FAQ
Comment obtenir un avis de non-imposition en 2026 ?
En se connectant à son espace Finances publiques sur impots.gouv.fr, rubrique Documents. L’avis de situation déclarative à l’impôt sur le revenu (Asdir), disponible dès la déclaration en ligne validée, et l’avis d’impôt mis à disposition durant l’été tiennent lieu d’avis de non-imposition, ce document n’étant plus édité sous ce nom.
Un non imposable doit-il remplir une déclaration de revenus ?
Oui, l’obligation déclarative s’applique à tous les foyers, imposables ou non. La déclaration détermine le revenu fiscal de référence, le taux de prélèvement à la source et conditionne l’accès à certains droits sociaux.
Être non imposable donne-t-il droit automatiquement aux aides sociales ?
Non, pas directement. La plupart des aides et exonérations dépendent du revenu fiscal de référence et des conditions propres à chaque dispositif, non de l’absence d’impôt en tant que telle. Un foyer non imposable peut dépasser les plafonds d’un dispositif donné.
Pourquoi suis-je prélevé à la source alors que je suis non imposable ?
Lorsque l’impôt brut issu du barème est positif mais effacé par des réductions ou crédits d’impôt, le taux de prélèvement n’est pas nul, car ces avantages n’entrent pas dans son calcul. Dans la plupart des cas, les réductions et crédits d’impôt correspondants sont restitués en deux temps : une avance de 60% versée en janvier, puis le solde après le traitement de la déclaration, sur la base des dépenses portées à la connaissance de l’administration.
À propos de l'auteur
Olivier Brunet est cofondateur de ToutSurMesFinances.com et rédacteur en chef spécialisé en placements et fiscalité des particuliers. Présent au sein du média depuis sa création, il en est l’un des piliers éditoriaux. Il analyse les stratégies d’investissement, suit les évolutions fiscales et les problématiques patrimoniales avec une vision long terme, forgée par des années de pratique et de suivi des marchés.





