La retraite progressive à 60 ans est ouverte à tous les actifs depuis le 1er septembre 2025, quelle que soit leur année de naissance. Le dispositif permet de passer à temps partiel en fin de carrière tout en touchant une fraction de sa pension. Deux décrets du 15 juillet 2025 ont rétabli cet âge d’accès, pour les pensions prenant effet à compter de cette date.
Retraite progressive à 60 ans : ce qui a changé depuis 2025
Depuis le 1er septembre 2025, l’âge d’accès à la retraite progressive est fixé à 60 ans pour l’ensemble des actifs. Auparavant, le dispositif était ouvert deux ans avant l’âge légal de départ.
La réforme des retraites de 2023 ayant relevé cet âge légal de 62 à 64 ans pour les générations nées à partir du 1er septembre 1961, l’âge d’accès au dispositif avait mécaniquement glissé de 60 à 62 ans.
Deux décrets du 15 juillet 2025, publiés au Journal officiel du 23 juillet 2025, le ramènent à 60 ans, quelle que soit la date de naissance. La mesure concerne les salariés du privé, les fonctionnaires, les agents des régimes spéciaux, les indépendants, les exploitants agricoles et les professions libérales. Elle traduit l’accord national interprofessionnel sur l’emploi des seniors conclu fin 2024.
Suspension de la réforme des retraites : sans effet sur le dispositif
La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 suspend le relèvement de l’âge légal pour les générations 1964 à 1968, à compter du 1er septembre 2026.
Cette suspension ne change rien à la retraite progressive à 60 ans : son âge d’accès, fixé à 60 ans de manière autonome, ne dépend plus de l’âge légal.
Retraite progressive : comment ça marche ?
Créée par la loi du 5 janvier 1988 relative à la Sécurité sociale, la retraite progressive constitue un « sas » entre la vie professionnelle et la retraite. L’actif réduit son activité – temps partiel pour un salarié ou un fonctionnaire, baisse de revenus pour un indépendant – et perçoit en compensation une fraction de ses pensions de vieillesse de base et complémentaires, calculées en fonction de ses trimestres et points de retraite acquis au moment de la demande de la retraite progressive.
La fraction de pension (déterminée selon le temps partiel qui varie selon le statut professionnel) est versée chaque mois par les caisses de retraite sur le compte en banque du senior, comme pour une retraite « classique ». Le bénéficiaire continue de cotiser et d’acquérir des trimestres et des points. Au départ définitif, sa pension est recalculée en intégrant l’ensemble des droits, y compris ceux constitués pendant la retraite progressive.
La retraite progressive peut durer jusqu’au départ à la retraite effectif de l’actif, qui choisit librement sa date de liquidation, y compris au-delà de l’âge légal. Par exemple, un salarié de 61 ans en retraite progressive qui décide de liquider ses droits à 63 ans, et non dès l’âge légal de sa génération, bénéficiera du dispositif jusqu’à cette date, dès lors que son contrat de travail reste inchangé.
Qui a droit à la retraite progressive à 60 ans ?
Salariés du privé et multi-employeurs
Les salariés des entreprises et associations et les salariés agricoles sont éligibles, y compris en contrat à durée déterminée (CDD).
Depuis le 1er janvier 2018, les salariés qui travaillent pour plusieurs employeurs y ont également droit. On trouve principalement ces salariés « multi-employeurs » dans les services à la personne (ménage, repassage, aide aux personnes âgées…). Condition essentielle : leurs temps partiels cumulés restent entre 40% et 80% d’un temps complet. Les salariés multi-employeurs ne doivent pas exercer en parallèle une activité non salariée (par exemple, en tant que micro-entrepreneur).
Fonctionnaires : sédentaires éligibles, actifs exclus
Depuis le 1er septembre 2023 (dès le 12 août 2023 pour les agents territoriaux et hospitaliers), les agents titulaires de la catégorie « sédentaire » des trois fonctions publiques – d’État, territoriale et hospitalière, soit environ 80% des agents publics – ont accès à la retraite progressive, comme les agents des régimes spéciaux (EDF, SNCF, RATP, Banque de France, Comédie-Française…).
Les fonctionnaires de la catégorie « active », c’est-à-dire dont l’emploi présente un risque particulier ou des fatigues exceptionnelles (policiers, surveillants pénitentiaires, aides-soignants…), en restent exclus : ils peuvent partir à la retraite avant l’âge légal.
Les agents non titulaires (vacataires, contractuels), dont le contrat relève du droit privé, étaient déjà éligibles avant la réforme, tout comme les fonctionnaires territoriaux travaillant moins de 28 heures par semaine.
Indépendants et professions libérales
Artisans, commerçants, exploitants agricoles et chefs d’entreprise non-salariés bénéficient du dispositif de longue date. La réforme de 2023 l’a étendu aux professions libérales (médecins, chirurgiens-dentistes, pharmaciens, avocats, notaires, architectes, experts-comptables…).
Les exclus du dispositif
Certains profils sont exclus du dispositif de la retraite progressive à 60 ans.
Il s’agit, notamment :
- des personnes en préretraite ;
- des fonctionnaires « actifs » (policiers, gardiens de prison, douaniers, aides-soignants…), qui peuvent partir avant l’âge légal ;
- des professions listées par le décret publié au Journal officiel daté du 8 juillet 2024 :
– les administrateurs des groupements mutualistes
– les personnes bénéficiaires d’un appui à la création ou la reprise d’entreprise
– les particuliers qui font appel pour leur usage personnel à d’autres particuliers pour effectuer de manière ponctuelle un service de conseil ou de formation en contrepartie d’une rémunération.
Les micro-entrepreneurs ne sont pas, non plus, éligibles au titre de cette activité.
Les conditions de la retraite progressive à 60 ans
Les conditions exigées avant le 1er septembre 2023 :
- être salarié du secteur privé, artisan, commerçant ou agriculteur
- être à deux ans de l’âge légal de départ à la retraite
- avoir validé au moins 150 trimestres (37,5 années de cotisation, tous régimes de retraite de base confondus)
- travailler au minimum 40% et au maximum 80% d’un temps complet pour les salariés ou réduire ses revenus professionnels de 20% à 60% pour les indépendants
Les conditions exigées depuis le 1er septembre 2023 :
- être salarié du secteur privé, artisan, commerçant, agriculteur, fonctionnaire, agent d’un régime spécial ou profession libérale
- avoir au moins 60 ans ;
- avoir validé au moins 150 trimestres (37,5 années de cotisation, tous régimes de retraite de base confondus)
- travailler au minimum 40% et au maximum 80% d’un temps complet pour les salariés, au minimum 50% et au maximum 90% d’un temps complet pour les fonctionnaires, ou réduire ses revenus professionnels de 20% à 60% pour les indépendants.
Le tableau ci-dessous récapitule les conditions pour prétendre actuellement à la retraite progressive selon son statut :
| Statut | Âge | Trimestres | Réduction d'activité |
|---|---|---|---|
| Salarié du privé, salarié agricole | 60 ans | 150 | Temps partiel de 40% à 80% d'un temps complet |
| Fonctionnaire sédentaire | 60 ans | 150 | Temps partiel de 50% à 90% d'un temps complet |
| Artisan, commerçant | 60 ans | 150 | Baisse de revenus de 20% à 60% |
| Exploitant agricole | 60 ans | 150 | Cession de surfaces ou de parts, ou baisse des heures travaillées |
L’âge de 60 ans, quelle que soit l’année de naissance
Deux décrets du 15 juillet 2025, publiés au Journal officiel du 23 juillet 2025, fixent l’âge d’ouverture du droit à 60 ans pour les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2025. La mesure concerne tous les statuts : salariés, fonctionnaires, agents des régimes spéciaux, indépendants, exploitants agricoles, professions libérales.
Auparavant, l’accès était fixé à deux ans avant l’âge légal. La réforme des retraites de 2023 ayant reporté cet âge de 62 à 64 ans pour les assurés nés à partir du 1er septembre 1961, l’âge d’accès à la retraite progressive avait mécaniquement glissé de 60 vers 62 ans. Les décrets de juillet 2025 le rétablissent à 60 ans, quelle que soit la date de naissance.
Les personnes déjà en retraite progressive avant ces évolutions conservent leur dispositif sans changement.
150 trimestres : quels trimestres comptent ?
Le seuil de 150 trimestres (37,5 années) s’apprécie tous régimes de base confondus. Sont retenus les trimestres cotisés, les trimestres assimilés (c’est-à-dire octroyés sans cotisation au titre du service militaire, de la maternité, de la maladie ou du chômage indemnisé) et les trimestres rachetés.
Les actifs peuvent racheter jusqu’à 12 trimestres au titre des années d’études supérieures, validées par un diplôme reconnu par l’État, et des années incomplètes de cotisation (moins de quatre trimestres validés dans l’année).
L’écart avec la durée de cotisation de référence de sa génération détermine l’éventuelle décote sur la fraction servie.
Le taux de temps partiel selon le statut
Le passage à temps partiel est la condition centrale du dispositif pour les salariés et les fonctionnaires : la baisse d’activité justifie le versement de la fraction de pension. La quotité de travail (la durée du temps partiel rapportée à un temps complet) doit être comprise entre 40% et 80% pour un salarié, entre 50% et 90% pour un fonctionnaire, pendant toute la durée de la retraite progressive.
Les travailleurs déjà à temps partiel avant leur demande peuvent basculer en retraite progressive, sans modifier leur contrat, dès lors que leur quotité respecte ces bornes. Pour les salariés multi-employeurs, le cumul des temps partiels doit rester dans la fourchette de 40% à 80% d’un temps complet.
Les conditions propres aux non-salariés
Les artisans et commerçants doivent réduire leur revenu professionnel de 20% à 60% par rapport à la moyenne des cinq années précédentes, le revenu de référence devant rester supérieur à 40% du Smic. Les exploitants agricoles doivent céder des surfaces ou des parts d’exploitation, ou diminuer leur durée de travail.
Retraite progressive à 60 ans : le refus de l’employeur encadré depuis 2025
La retraite progressive reste peu utilisée : 28 000 bénéficiaires en 2023, selon une étude de la Drees publiée le 31 juillet 2025. C’est pour développer ce dispositif que les pouvoirs publics ont assoupli ses conditions d’accès et encadré le refus de l’employeur.
La réforme des retraites de 2023 a posé le principe : l’employeur, privé ou public, doit justifier son refus du passage à temps partiel du salarié ou du fonctionnaire en démontrant que la durée de travail souhaitée est incompatible avec l’activité économique de l’entreprise, dans un délai de deux mois, son silence valant acceptation.
La loi n° 2025-989 du 24 octobre 2025 renforce cette contrainte depuis le 26 octobre 2025. La justification doit désormais détailler les conséquences de la réduction d’horaires sur la continuité de l’activité de l’entreprise ou du service et, si un recrutement compensatoire s’impose, les difficultés à pourvoir le poste. Le même texte permet, si un accord collectif le prévoit, de mobiliser par anticipation l’indemnité de départ à la retraite pour maintenir la rémunération du salarié passé à temps partiel.
Retraite progressive à 60 ans : combien touche-t-on ?
Dès 60 ans, la pension servie en retraite progressive repose sur les droits déjà acquis au moment de la demande, à laquelle s’applique une fraction déterminée par le temps partiel. Le montant dépend donc à la fois de la carrière accomplie à cet âge et du niveau d’activité conservé.
Salariés du privé
Pour un salarié entré dans le dispositif à 60 ans, la fraction est inversement proportionnelle au temps travaillé : à 55% d’un temps complet, il perçoit 45% de sa pension de base estimée. Cette fraction peut être majorée pour un parent d’au moins trois enfants, un assuré lourdement handicapé ou un bénéficiaire d’une surcote.
Une décote s’applique en cas de durée incomplète, dans la limite de 25%. Côté complémentaire, la fraction Agirc-Arrco va de 20% (temps partiel à 80%) à 60% (temps partiel à 40%), un coefficient de minoration s’appliquant en cas de décote sur la base.
Non-salariés
Pour un indépendant qui réduit son activité à partir de 60 ans, la fraction versée à l’artisan ou au commerçant dépend de la baisse de son revenu professionnel : une réduction de 40% donne droit à 60% des pensions de base et complémentaire.
Pour les exploitants agricoles, la fraction (40% ou 50%) dépend des surfaces cédées et de la baisse d’activité.
Exemple de calcul de la fraction de pension
Antonin a validé 154 trimestres et choisit de travailler à 50% d’un temps plein. Son employeur ayant accepté le passage à temps partiel, il demande à bénéficier de la retraite progressive.
Calcul de la fraction de la pension de base
Le salaire annuel moyen d’Antonin, calculé sur ses 25 meilleures années, s’élève à 40 000 euros. La durée de référence de sa génération étant de 168 trimestres, il lui en manque 14 (soit 168 – 154). La décote de 0,625% par trimestre manquant ramène son taux de pension à 41,25%.
La formule est la suivante : salaire annuel moyen x taux de pension x (trimestres validés / durée de référence).
Soit : 40 000 x 41,25% x (154 / 168) = 15 125 euros bruts annuels pour un temps plein, ou 7 562,50 euros à 50%. Antonin perçoit donc 630,20 euros bruts par mois au titre de la fraction de base.
Calcul de la fraction de la pension complémentaire Agirc-Arrco
Avec 14 trimestres manquants, le coefficient de minoration Agirc-Arrco est de 0,855. Antonin a acquis 15 000 points. La valeur de service du point est fixée à 1,4386 euro, gelée jusqu’au 31 octobre 2026.
La formule est la suivante : nombre de points x valeur de service du point.
Soit : 15 000 x 85,50% x 1,4386 = 18 450,05 euros bruts annuels pour un temps plein, ou 9 225,02 euros à 50%. Antonin perçoit donc 768,75 euros bruts par mois au titre de la fraction complémentaire.
Suspension et fin de la retraite progressive
Le versement de la fraction de pension est suspendu si le bénéficiaire repasse à temps plein ou sort des bornes de temps partiel autorisées : moins de 40% ou plus de 80% d’un temps complet pour un salarié, moins de 50% ou plus de 90% pour un fonctionnaire, baisse de revenu inférieure à 20% ou supérieure à 60% pour un indépendant.
Chaque année, l’assuré reçoit de sa caisse un questionnaire de contrôle attestant que sa durée de travail respecte les seuils. L’absence de réponse entraîne la suspension du versement.
Toute rupture du contrat de travail (fin de CDD, démission, rupture conventionnelle, licenciement, départ à la retraite) met fin automatiquement à la retraite progressive. Le dispositif s’arrête également lors de la liquidation définitive des droits.
Revalorisation de la fraction de retraite
Les pensions de vieillesse servies dans le cadre de la retraite progressive sont revalorisées, le 1er janvier de chaque année, dans les mêmes conditions que les retraites de base. Ainsi, pour un salarié bénéficiaire de la retraite progressive au 1er janvier 2026, la fraction de pension de base perçue a fait l’objet d’une augmentation de 0,9%.
Les fractions Agirc-Arrco n’ont pas été revalorisées au 1er novembre 2025, une première depuis la fusion des régimes en 2019.
À l’image des retraites de base et complémentaire, les fractions des pensions de base et complémentaires versées dans le cadre de la retraite progressive sont assujetties aux mêmes contributions sociales (CSG, CRDS et éventuellement Casa) et doivent être également intégrées aux revenus à déclarer à l’administration fiscale.
Retraite progressive à 60 ans et heures supplémentaires ou complémentaires
Un salarié en retraite progressive peut travailler au-delà de son temps partiel sans remettre en cause le versement de sa fraction de pension.
Comme pour tout salarié à temps partiel, on parle d’« heures complémentaires » et non d’heures supplémentaires. Elles sont strictement plafonnées : elles ne peuvent pas représenter plus de 10% de la durée du temps partiel (ou un tiers de cette durée si la convention collective l’autorise), ni porter le temps de travail à hauteur d’un temps complet.
Retraite progressive à 60 ans et arrêt maladie
Il faut distinguer les arrêts maladie avant et après le passage en retraite progressive.
Les salariés et salariés agricoles en congé de longue maladie peuvent demander à bénéficier du dispositif, à condition de remplir les critères exigés (60 ans minimum, au moins 150 trimestres validés, temps partiel de 40% à 80% d’un temps plein). Toutefois, si leur employeur s’y oppose, ils ne peuvent pas y avoir accès. Les salariés en congé de longue maladie déjà à temps partiel n’ont, en revanche, pas besoin de l’autorisation de leur employeur.
Une fois en retraite progressive, les salariés, artisans, commerçants et agriculteurs peuvent, comme n’importe quel autre actif, percevoir des indemnités journalières (IJ) versées par leur organisme d’assurance maladie obligatoire – l’Assurance maladie pour les salariés des entreprises et associations, la Mutualité sociale agricole (MSA) pour les salariés agricoles et les exploitants agricoles – en cas d’arrêt de travail à la suite d’un accident ou d’une maladie, sans incidence sur leur fraction de pension.
Retraite progressive à 60 ans dans la fonction publique
Les agents titulaires de catégorie « sédentaire » des trois fonctions publiques (d’État, territoriale et hospitalière) sont éligibles depuis le 1er septembre 2023. Les agents de catégorie « active », qui peuvent partir avant l’âge légal, en restent exclus.
Pour accéder au dispositif, un fonctionnaire doit avoir 60 ans, justifier de 150 trimestres et travailler entre 50% et 90% d’un temps complet.
Retraite progressive à 60 ans et forfait jours
Depuis 2022, les cadres au forfait jours réduit (moins de 218 jours par an) peuvent accéder au dispositif. Leur quotité doit représenter de 40% à 80% d’un temps complet, soit entre 87 et 174 jours travaillés par an.
Le décret du 27 avril 2022 a également ouvert la retraite progressive aux salariés sans durée de travail déterminée. On y trouve notamment les représentants de commerce (VRP), les travailleurs à domicile, les journalistes payés à la pige, les artistes-auteurs, les mannequins, les ouvreuses de théâtre et les mandataires sociaux (gérants de sociétés, présidents de conseil d’administration…).
Les artisans et commerçants doivent réduire leur revenu professionnel de 20% à 60% par rapport à la moyenne des cinq années précédentes, ce revenu de référence devant dépasser 40% du Smic.
Retraite progressive à 60 ans et carrière longue : quel cumul ?
Le départ anticipé pour carrière longue et la retraite progressive ne se cumulent pas en même temps. Le premier suppose la liquidation définitive de la pension et la cessation d’activité, alors que la retraite progressive exige au contraire de ne pas avoir liquidé ses droits.
Les deux dispositifs peuvent toutefois se succéder. Un actif éligible peut réduire son activité en retraite progressive dès 60 ans, puis liquider sa retraite au titre de la carrière longue une fois les conditions de trimestres réunies. Pendant la retraite progressive, il continue de cotiser, ce qui peut l’aider à atteindre la durée requise.
Avantages et inconvénients de la retraite progressive à 60 ans
Les avantages de la retraite progressive à 60 ans
- Une transition en douceur vers la retraite : en passant à temps partiel, l’assuré réduit son activité avant son départ définitif ;
- Le maintien de l’accès aux avantages de l’entreprise : le salarié n’ayant pas liquidé ses droits à la retraite, il fait toujours partie de l’effectif de l’entreprise. Du coup, il continue à avoir droit aux tickets restaurant, à la contribution de l’employeur aux frais de transports publics pour les déplacements entre sa résidence principale et son lieu de travail, à la mutuelle de l’entreprise, au contrat collectif de prévoyance, au comité social et économique (CSE), ou encore aux dispositifs d’épargne salariale (intéressement, participation, plan d’épargne entreprise…) et d’épargne retraite (Perco, article 83, PER collectif…).
- L’acquisition de droits supplémentaires à la retraite : l’assuré en retraite progressive continue de cotiser pour sa retraite. Au moment du départ à la retraite, la pension de vieillesse est recalculée afin de prendre en compte les trimestres de cotisation validés pour la retraite de base (Assurance retraite pour les salariés, artisans, commerçants et agents non titulaires de la fonction publique ; MSA pour les salariés agricoles et les exploitants agricoles ; SRE pour les fonctionnaires d’État ; CNRACL pour les fonctionnaires territoriaux et hospitaliers ; CNAVPL pour les professionnels libéraux) et les points acquis pour la retraite complémentaire (Agirc-Arrco pour les salariés et salariés agricoles ; Ircantec pour les agents publics non titularisés ; RCI pour les artisans et commerçants ; RCO pour les exploitants agricoles ; régimes complémentaires des caisses de retraite et de prévoyance libérales).
Les inconvénients de la retraite progressive à 60 ans
- L’accord obligatoire de l’employeur : la retraite progressive implique un passage à temps partiel et donc un avenant au contrat de travail. Ce qui nécessite pour les salariés l’accord de leur employeur.
- Une baisse probable de revenus : la fraction de pension compense rarement toute la perte de salaire, en raison de la décote et du coefficient de minoration appliqués au calcul ;
- Un contrôle annuel : tous les ans, l’assuré doit répondre à un questionnaire de contrôle envoyé par sa ou ses caisses de retraite dans lequel il certifie que sa durée de travail respecte bien les seuils de temps de travail exigés dans la retraite progressive. S’il ne répond pas au questionnaire ou répond en retard, le versement de la fraction de sa pension de vieillesse est suspendu.
- Une moindre acquisition de droits à la retraite : comme tous actifs à temps partiel, les bénéficiaires de la retraite progressive cotisent moins à la retraite, ce qui aura un impact pour leur future pension de vieillesse. C’est particulièrement vrai pour les retraites complémentaires, puisque l’assuré va acquérir moins de points. Toutefois, les artisans, commerçants et exploitants agricoles ont la possibilité de demander à leur caisse de retraite de cotiser comme s’ils étaient à temps plein. Cette surcotisation est également possible pour les salariés et fonctionnaires, à condition que leur employeur (qui verse des cotisations patronales) donne son accord.
Peut-on gagner plus en retraite progressive ?
Comme vu précédemment, il n’est pas possible de gagner davantage en retraite progressive que lorsque l’on était à plein temps. Le fait de passer à temps partiel ou de réduire son chiffre d’affaires pour les indépendants entraîne logiquement une baisse de revenus professionnels, qui est compensée en partie par la fraction de pension perçue en retraite progressive. Il est quasiment impossible que cette fraction compense totalement la perte de revenu puisqu’elle subit une décote pour la retraite de base et un coefficient de minoration pour la retraite complémentaire.
En réalité, il existe un cas de figure où l’on peut gagner plus en se mettant en retraite progressive : lorsque le bénéficiaire était déjà à temps partiel avant de bénéficier du dispositif. Son contrat de travail ne change pas, son salaire reste identique et la fraction de pension vient s’y ajouter. Son revenu total augmente donc.
Reprenons le cas d’Antonin cité plus haut. S’il travaillait déjà à 50% d’un temps complet avant sa demande, pour un salaire de 40 000 euros bruts par an (3 333 euros brut par mois), il conserverait cette rémunération en retraite progressive. S’y ajouteraient les 630 euros de fraction de retraite de base et les 769 euros de fraction de retraite Agirc-Arrco, soit un revenu total d’environ 4 732 euros brut par mois, contre 2 000 euros auparavant.
Demande de retraite progressive à 60 ans
Retraite progressive à 60 ans : simuler son montant
Avant de se lancer, il est possible d’estimer gratuitement sa future fraction de pension. Le service « Mon estimation retraite » (outil M@rel), proposé par Info Retraite sur le compte retraite, intègre une simulation de retraite progressive pour les profils éligibles.
L’accès se fait sur info-retraite.fr (connexion par FranceConnect ou identifiants du compte retraite), rubrique « Mon estimation retraite », puis l’option « Simuler ma retraite progressive ». L’outil compare le scénario avec retraite progressive et un maintien à temps plein jusqu’au départ. Depuis février 2026, il tient compte de la suspension de la réforme. Les résultats restent indicatifs.
La demande unique en ligne pour tous les actifs
Depuis le 10 février 2025, l’ensemble des actifs (salariés, fonctionnaires, indépendants) peuvent effectuer une demande de retraite progressive en ligne et en une seule fois (et non plus caisse de retraite par caisse de retraite). Il leur suffit de se connecter sur leur compte retraite sur le portail info-retraite.fr. Une fois connecté, l’internaute doit aller dans la rubrique « Mes démarches », puis cliquer sur la sous-rubrique « Demander ma retraite progressive ».
Il doit ensuite indiquer son lieu de résidence, vérifier les régimes de retraite auxquels il est ou a été affilié, mentionner son temps de travail et la date envisagée de son passage en retraite progressive. Le site l’informe alors s’il remplit toutes les conditions (âge, nombre de trimestres cotisés, durée de travail) pour accéder au dispositif. Si tel est le cas, il est basculé vers un formulaire de demande prérempli. Il doit vérifier les informations inscrites et joindre les justificatifs dématérialisés (pièce d’identité, RIB, les deux derniers avis d’imposition + attestation de l’employeur ou certificat de réduction d’activité selon le statut professionnel).
La demande de retraite progressive est ensuite envoyée à tous les régimes de retraite de base et complémentaire auxquels l’internaute est ou a été affilié. Elle doit être effectuée quatre ou cinq mois avant la date envisagée de passage en retraite progressive.
Par ailleurs, un décret publié au Journal officiel du 21 février 2025 instaure un formulaire unique de demande de retraite progressive, quel que soit le statut professionnel du demandeur. Ce formulaire papier est adressé à une seule caisse de retraite, celle de l’un des régimes auxquels l’assuré est affilié à la date de sa demande, qui en délivre un récépissé. L’employeur dispose de deux mois pour répondre à la demande de temps partiel ; son silence vaut acceptation et son refus doit être motivé, dans les conditions renforcées par la loi du 24 octobre 2025.
Pour les salariés du privé et les contractuels de la fonction publique
Le formulaire de demande de l’Assurance retraite, rempli, daté et signé, est adressé par courrier à la Caisse nationale d’assurance vieillesse (Cnav) pour les Franciliens, à la Caisse d’assurance retraite et de la santé au travail (Carsat) de la région pour les autres, ou à la Caisse générale de Sécurité sociale (CGSS) en Martinique, Guadeloupe, Guyane et à La Réunion.
Le formulaire doit être accompagné des pièces justificatives suivantes :
- la photocopie de la carte d’identité ou du passeport ;
- un relevé d’identité bancaire (RIB) ;
- la photocopie des deux derniers avis d’imposition ;
- une copie des 12 derniers bulletins de salaire ;
- une copie du ou des contrats de travail à temps partiel ;
- l’attestation du ou des employeurs de l’activité salariée à temps partiel.
Pour les salariés agricoles
Le formulaire de demande de retraite progressive de la Mutualité sociale agricole (MSA) doit être rempli, daté, signé et envoyé par courrier à la caisse de MSA dont dépend le salarié agricole. Le document intègre l’attestation de retraite progressive remplie par l’employeur.
Le formulaire doit être accompagné des justificatifs suivants :
- la photocopie de la carte d’identité ou du passeport ;
- un RIB ;
- la photocopie des deux derniers avis d’imposition ;
- une copie des 12 derniers bulletins de salaire ;
- une copie du ou des contrats de travail à temps partiel.
Pour les artisans et commerçants
Le formulaire de demande de retraite progressive de l’Assurance retraite doit être rempli, daté, signé et envoyé par courrier à la caisse compétente (Cnav, Carsat, CGSS) dont dépend l’artisan ou le commerçant.
Le formulaire doit être accompagné des justificatifs suivants :
- la photocopie de la carte d’identité ou du passeport ;
- un RIB ;
- la photocopie des deux derniers avis d’imposition ;
- le certificat de radiation du répertoire des métiers et/ou du registre des commerces et des sociétés, ou le certificat de cessation d’activité du chef d’entreprise délivré par la chambre des métiers, ou l’attestation de radiation des rôles de la contribution économique territoriale (CET).
Pour les exploitants agricoles
Le formulaire de demande de retraite progressive de la MSA doit être rempli, daté, signé et envoyé par courrier à la caisse de MSA dont dépend l’exploitant agricole. Le document intègre l’attestation de retraite progressive remplie par l’employeur.
Le formulaire doit être accompagné justificatifs suivants :
- la photocopie de la carte d’identité ou du passeport ;
- un RIB ;
- la photocopie des deux derniers avis d’imposition ;
- l’attestation MSA de retraite progressive non salariée agricole ;
- la demande d’agrément d’un plan de cession progressive d’une exploitation ou d’une entreprise agricole dans le cadre d’une retraite progressive envoyée au département.
FAQ : questions-réponses sur la retraite progressive
Peut-on partir en retraite progressive à 60 ans sans avoir l’âge légal de départ ?
Oui. La retraite progressive à 60 ans ne suppose pas d’avoir atteint l’âge légal, fixé entre 62 et 64 ans selon la génération. Elle intervient avant, sans liquidation des droits.
Faut-il être né une année précise pour accéder à la retraite progressive à 60 ans ?
Non. Depuis le 1er septembre 2025, l’âge de 60 ans s’applique quelle que soit l’année de naissance, pour les pensions prenant effet à partir de cette date.
Combien de trimestres faut-il pour la retraite progressive à 60 ans ?
Il faut au moins 150 trimestres, soit 37,5 années, tous régimes de base confondus. Les trimestres assimilés et rachetés sont pris en compte.
La retraite progressive à 60 ans concerne-t-elle aussi les indépendants ?
Oui. Artisans, commerçants, exploitants agricoles et professions libérales y ont accès dès 60 ans, sous condition de réduction de leur revenu ou de leur activité.
Un employeur peut-il refuser une retraite progressive à 60 ans ?
Il ne peut refuser qu’en justifiant par écrit, dans les deux mois, une incompatibilité du temps partiel avec l’activité de l’entreprise. Sans réponse dans ce délai, l’accord est réputé acquis.
La retraite progressive à 60 ans réduit-elle la pension définitive ?
Elle peut la réduire légèrement, car l’activité à temps partiel génère moins de cotisations, surtout en complémentaire. La surcotisation permet de neutraliser cet effet.
À propos de l'auteur
Jean-Philippe Dubosc est rédacteur en chef de ToutSurMesFinances.com et spécialiste des questions de retraite obligatoire et d’épargne. Présent au sein du média depuis plus de 13 ans, il analyse les réformes, les dispositifs réglementaires et les stratégies de départ à la retraite, avec une approche fondée sur une lecture rigoureuse des textes et une connaissance approfondie des différents régimes de retraite.





