Voiture électrique (1/2) : « Rouler en électrique coûte 2,5 à 3 fois moins cher »

Par Loic Farge
Temps de lecture : 3 minutes
Bertrand-Olivier Ducreux, coordinateur thématique au sein du service Transport et Mobilité de l'Ademe

À l’occasion du Mondial de l’Auto de Paris 2026, Bertrand-Olivier Ducreux, coordinateur thématique au sein du service Transport et Mobilité de l’Ademe, décrypte le coût d’achat et d’utilisation d’une voiture électrique pour les particuliers, à la lumière du dernier avis publié par l’agence.

ToutSurMesFinances.com : Le prix d’achat d’un véhicule électrique constitue toujours un frein. L’écart avec les thermiques se réduit-il vraiment ?

Bertrand-Olivier Ducreux, ingénieur Mobilités à l’Agence de la transition écologique : Oui, mais il varie selon les catégories. Dans le haut de gamme, électriques et thermiques s’affichent déjà au même prix. L’écart passe sous les 3 000 euros pour les compactes (Peugeot 308, Citroën C4…), atteint environ 5 200 euros pour les citadines (208, R5…) et dépasse 7 000 euros pour les petites urbaines, comme la Dacia Spring. Ces chiffres s’entendent avant remises et avant aides. Le coup de pouce véhicules électriques et le leasing social, non cumulables, permettent de s’approcher de la parité, voire de l’atteindre, selon les modèles et les revenus du ménage.

Le leasing, qui représente 70% à 80% des acquisitions de voitures électriques neuves par les particuliers, permet d’étaler la dépense, même si son coût total peut dépasser celui d’un achat comptant.

Reste l’occasion : selon une étude à paraître, une électrique ne vaut plus que 43% de son prix neuf après cinq ans, contre 51% pour l’ensemble du marché. C’est une aubaine pour l’acheteur, d’autant qu’une aide de l’ordre de 350 euros (et jusqu’à 2 000 euros pour les professionnels de l’aide à domicile et du service à la personne), variable selon l’opérateur, existe depuis septembre.

Où se situent les économies à l’usage, y compris en recharge publique ?

D’abord sur l’énergie. En mêlant recharge à domicile et recharge en itinérance, rouler en électrique coûte 2,5 à 3 fois moins cher qu’en essence ou en diesel. À domicile, le kilowattheure (kWh) revient à environ 20 centimes.

Sur les bornes de recharge rapides, il peut atteindre 50 à 60 centimes, voire davantage. Pour une voiture consommant 15 kWh aux 100 km, cela représente environ 3 euros chez soi, contre 7,50 à 9 euros sur autoroute. Plus on dépend de la recharge publique, plus l’avantage se réduit.

Faut-il toujours craindre de devoir remplacer la batterie après huit ou dix ans ?

Non. La batterie n’est pas une pièce qu’on remplace périodiquement. Elle perd en moyenne 1,7% à 2,3% de capacité par an, et peut conserver jusqu’à 89% à 200 000 km.

La norme Euro 7 imposera, en outre, aux constructeurs une batterie conservant au moins 80% de sa capacité d’origine après cinq ans ou 100 000 km, et 72% après huit ans ou 160 000 km.

Pour l’occasion, plusieurs acteurs affichent désormais l’état de santé de la batterie. Au quotidien, inutile de la recharger à 100%, sauf avant un long trajet.

L’entretien est aussi environ 40% moins cher : pas de vidange, pas de filtres à remplacer, et des plaquettes de frein qui s’usent moins vite grâce au freinage régénératif.

Une grande autonomie, est-ce payer pour rien ?

Souvent. Tout est question de maîtrise de son budget. Plus de 90% des trajets locaux en semaine font moins de 30 km. Une autonomie de 250 km peut alors suffire, avec seulement quelques recharges par semaine. Or passer de 200 à 400 km d’autonomie coûte environ 10 000 euros, et autant pour atteindre 600 km.

Pour les longs trajets occasionnels, regardez plutôt la puissance de recharge : à 100 kW, une pause d’une demi-heure permet de récupérer 180 à 200 km. Et comparez les consommations, qui varient du simple au double selon les modèles.

L’assurance peut coûter plus cher. La réparabilité peut-elle changer la donne ?

Nous l’espérons. Selon France Assureurs (la fédération professionnelle des sociétés et mutuelles d’assurance, NDLR), un sinistre coûte en moyenne 11% de plus à indemniser sur une électrique, ce qui peut peser sur les primes. Ce surcoût tient au prix des pièces, à la main-d’œuvre habilitée « haute tension » et aux immobilisations plus longues.

La batterie y joue un rôle central : longtemps, par précaution, certains constructeurs préconisaient de la remplacer entièrement dès qu’un choc avait déclenché les airbags, ce qui alourdissait fortement la facture du sinistre.

La réparabilité progresse, et chaque batterie réparée plutôt que remplacée réduit le coût pour l’assureur. L’affichage d’un score de réparabilité des voitures électriques va être mis en place pour éclairer le choix des acquéreurs sur les coûts de maintenances des modèles disponibles.

🚗⚡ À lire dimanche 18 octobre : le second volet de notre série, consacré à l’assurance des voitures électriques, avec Richard Vialfont, responsable Produit auto chez Generali France.

Loic Farge

Loic Farge

Journaliste spécialisé immobilier

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