Crédit immobilier : le primo-accédant a vieilli

Par Loic Farge
Temps de lecture : 2 minutes
Les ménages deviennent de plus en plus tardivement propriétaires, selon une étude d'Empruntis

Sous l’effet de la remontée du coût du crédit et du durcissement des conditions d’octroi, l’accession à la propriété se décale dans le temps et favorise des profils plus installés financièrement.

Pour acheter aujourd’hui son premier logement, il faut plus d’argent et encore plus de patience. C’est le constat dressé par Empruntis dans sa dernière étude annuelle sur le profil des primo-accédants, publiée le 14 avril 2026. L’âge moyen des personnes ayant sollicité ce courtier au premier trimestre pour une première acquisition a grimpé à 36,5 ans, soit six mois de plus qu’un an auparavant (36 ans en 2025).

Derrière ce glissement se lit une réalité plus dure : les jeunes ménages sont les premiers exclus du marché immobilier. La tranche des moins de 30 ans ne représente plus que 29% des dossiers financés, en recul de deux points de pourcentage sur un an. La tranche des 30-39 ans devient dominante, avec 41 % des dossiers.

Des conditions d’emprunt au plus dur

Cette évolution tient, en grande partie, au contexte macro-économique dégradé. L’obligation assimilable du Trésor (OAT) sur 10 ans – la référence des emprunts de l’État français – a culminé à 3,90% début 2026 – un pic historique depuis 2008 -, sous l’effet conjugué des tensions géopolitiques au Moyen-Orient et d’un choc inflationniste sur l’énergie. Conséquence directe : les barèmes bancaires ont suivi, et les établissements ont durci leurs critères d’octroi, exigeant désormais 15% à 20% d’apport, contre 10% auparavant.

Face à la situation, les primo-accédants s’adaptent. Empruntis note que la durée de crédit s’allonge jusqu’à 272 mois (près de 23 ans) en moyenne. Côté budget, le projet moyen s’établit à 266 873 euros, en légère baisse (- 0,7% sur un an), avec une nette préférence pour la maison individuelle (64% des acquisitions, en hausse de 17 points), au détriment de l’appartement. Une partie des primo-accédants empruntent même sans apport, en recourant aux prêts aidés (comme le prêt à taux zéro) ou en négociant âprement.

La part des acquisitions à deux diminue

Le profil se transforme aussi en profondeur. Selon Empruntis, les achats en couple reculent à 55%, tirés vers le bas par une nouvelle génération de jeunes actifs qui n’attendent plus d’être à deux pour devenir propriétaires… ou qui n’ont tout simplement pas le choix. Chez les 20-29 ans, plus d’un jeune acquéreur sur deux (59%) achète désormais seul.

Par ailleurs, la primo-accession se concentre davantage sur des profils aisés. En 2026, le revenu moyen du foyer primo-accédant atteint 4 353 euros par mois.  Un chiffre en légère hausse (+ 0,16% sur un an), mais qui masque de profondes disparités : derrière cette moyenne se cachent des jeunes de 27 ans qui empruntent avec 3 537 euros par mois et des quinquagénaires qui achètent avec plus de 6 600 euros par mois.

Loic Farge

Loic Farge

Journaliste spécialisé immobilier

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