ETF, gestion passive : sept sociétés de gestion alertent les épargnants sur les risques cachés

Par Olivier Brunet
Temps de lecture : 4 minutes
Un livre blanc publié par 7 gérants de fonds plaidant pour la gestion active

Les fonds actions dont la composition diffère à plus de 80% de leur indice de référence génèrent 0,70% de surperformance annualisée sur cinq ans, selon un livre blanc publié ce 22 avril 2026 par sept gérants français. Un plaidoyer qui invite à diversifier au-delà des ETF.

Gare au tout-ETF (Exchange Traded Fund, ou fonds coté en Bourse) dans vos portefeuilles d’investissement sur les marchés financiers. Les sociétés de gestion françaises BDL Capital Management, Carmignac, CIAM, Comgest, Edmond de Rothschild AM, IVO Capital Partners et Moneta Asset Management ont publié mercredi 22 avril 2026 un livre blanc commun sur la gestion d’actifs. Leur objectif : permettre aux investisseurs de mieux identifier une gestion véritablement active à l’heure où les ETF captent une part croissante de l’épargne en Europe, France comprise. Tout en mettant en garde contre les effets pervers de la gestion indicielle.

Fléchage vers les grandes capitalisations américaines

Un ETF est un fonds négociable en Bourse comme une action, qui réplique mécaniquement un indice boursier, comme le CAC 40 ou le MSCI World. Peu coûteux, simples d’accès et offrant une exposition à plusieurs dizaines, voire centaines d’émetteurs, ces produits séduisent de plus en plus d’épargnants : plus de 1,1 million d’investisseurs particuliers français ont acheté ou vendu au moins un ETF en 2025, selon l’Autorité des marchés financiers (AMF), en hausse de 83% par rapport à 2024, un chiffre qui n’inclut pas les investissements via l’assurance vie.

Mais les sept signataires tirent la sonnette d’alarme : plus de 80% des ETF sont gérés par trois gestionnaires américains (BlackRock, Vanguard, State Street d’après le livre blanc). Une concentration qui, selon eux, « oriente mécaniquement une part croissante de l’épargne européenne » vers les grandes capitalisations américaines, au détriment du financement des entreprises du Vieux Continent. Ce que confirme une note publiée par Fidelity International en décembre dernier, selon laquelle, pour les ETF actions, environ 40% des nouveaux versements sont fléchés vers les actions américaines, 30% vers des ETF mondiaux diversifiés, 20% vers les actions européennes et près de 7% vers les actions des marchés émergents.

Diversification en trompe l’œil ?

Autre travers : la gestion passive conduit à orienter les flux de capitaux vers les entreprises qui pèsent déjà le plus lourd dans les indices, sans tenir compte d’éventuels excès de valorisation ou du niveau de risque qu’elles présentent. Il en résulte une « concentration sans précédent des indices » et une « homogénéité croissante des portefeuilles détenus par des millions d’épargnants à travers le monde, tous exposés aux mêmes méga-capitalisations, aux mêmes secteurs et aux mêmes facteurs de risque ».

Le poids croissant des ETF provoque des « déséquilibres » de nature à « amplifier les chocs de marché », en alimentant des « comportements mimétiques ». Les ETF « peuvent donc propager les crises de liquidité au lieu de les absorber », selon le rapport.

Débat « faussé » sur la sous-performance des fonds gérés activement

Les sociétés de gestion cosignataires considèrent aussi que « le débat sur la performance de la gestion active est […] aujourd’hui faussé », alors que de nombreux rapports, comme l’étude Spiva de S&P Dow Jones Indices, soulignent la sous-performance structurelle des fonds gérés activement par rapport à leur indice de référence.

Leur argumentaire est le suivant : « contrairement à une idée reçue, l’affirmation selon laquelle les gérants actifs ne parviennent pas, en moyenne, à battre leurs indices après déduction des frais repose sur une ligne de partage nébuleuse entre « gestion active » et « gestion passive » et une définition erronée de la gestion active ».

Un indicateur clé : l’Active Share

Face à ce constat, le rapport propose un critère objectif pour distinguer la « vraie » gestion active des fonds qui suivent l’indice tout en facturant des frais élevés : l’Active Share. Cet indicateur mesure l’écart entre la composition d’un portefeuille et son indice de référence. Une Active Share de 0% correspond à une réplication parfaite (telle que celle d’un ETF classique) ; une Active Share de 100% indique que le portefeuille d’un fonds est totalement différencié de son indice de référence, sans « aucune superposition ».

Selon l’étude menée sur des fonds actions européens (encours supérieurs à 300 millions d’euros, sur six périodes glissantes de cinq ans entre 2015 à 2024), au-delà de 80% d’Active Share, les fonds réellement actifs dégagent en moyenne une surperformance annuelle de 0,70%, nette de frais, par rapport à leurs indices de référence, avec des pertes maximales plus limitées en phase baissière.

Sur les marchés des obligations (titres de dettes émis par des entreprises ou des États), le constat est plus tranché : 97% des fonds flexibles actifs européens battent leur indice sur cinq ans. Un comportement lié, selon le rapport, à la construction des indices obligataires, où les émetteurs les plus endettés sont « mécaniquement surreprésentés », un biais que la gestion active permet d’éviter en sélectionnant les émetteurs selon leur capacité à rembourser leurs créanciers grâce aux flux de trésorerie qu’ils génèrent.

Appel au renforcement de la transparence pour les épargnants

Les signataires appellent à deux évolutions : clarifier la définition de la gestion active en distinguant « explicitement » les stratégies véritablement actives des gestions dites « benchmarkées ou semi-passives » – c’est-à-dire trop proches des indices -, et généraliser la publication de l’Active Share pour que les épargnants puissent identifier les fonds réellement actifs et « prendre leurs décisions d’investissement en pleine connaissance de cause ».

« À défaut de publication de cet indicateur, une stratégie ne devrait pas pouvoir se prévaloir du qualificatif de gestion active », estiment-ils.

Olivier Brunet

Olivier Brunet

Rédacteur en chef spécialisé placements et fiscalité

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