INTERVIEW – Éric Larchevêque, gérant de TBSO, détaille les motivations de l’abandon de l’activité de Bitcoin treasury company, les deux métiers développés et les ambitions de l’entreprise.
Éric Larchevêque (TBSO) : « je ne me lance pas en Bourse pour bâtir une small cap »

ToutSurMesFinances.com : Le lancement de l’augmentation de capital de TBSO coïncide avec l’annonce d’un virage stratégique visant à recentrer l’entreprise sur des activités opérationnelles. Pouvez-vous en expliquer les raisons ?
Éric Larchevêque, gérant et premier actionnaire de TBSO : Initialement, nous avions travaillé sur un projet de Bitcoin treasury company (société dont la vocation est d’accumuler des bitcoins, NDLR). Nous avons pour cela trouvé puis acquis une coquille vide au travers d’une OPA simplifiée. Dans le cadre de la keynote que j’ai présentée en novembre 2025 pour annoncer le projet et son contexte, nous avions donc évoqué l’activité de treasury company mais aussi des projets opérationnels, notamment SKL, notre écosystème destiné aux entrepreneurs.
Deux choses se sont passées depuis la keynote : nous avons bien avancé dans le développement de SKL et des technologies associées, nous y reviendrons. Nous avons aussi fait le constat que les Bitcoin treasury companies avaient tendance à écraser la valorisation de leurs actifs opérationnels, quand elles en ont, puisque seuls comptent ou presque le prix du bitcoin multiplié par le nombre de bitcoins qu’elles possèdent. Il nous est apparu dommage de passer à côté de cette valeur qui était en train de se créer.
Abandon « par pragmatisme »
En deuxième lieu, après avoir fait le tour des investisseurs institutionnels pour lever des capitaux, nous nous sommes aperçus que leur appétit pour le bitcoin en général, et pour les Bitcoin treasury companies en particulier, avait diminué. Pour ne pas prendre le risque de faire végéter les produits et technologies que nous avions commencé à développer, nous avons fait le choix de concentrer nos efforts sur le développement de ces offres et de faire évoluer TBSO comme une entreprise commerciale classique et de technologie, en mettant de côté la vision Bitcoin treasury company. C’est un choix guidé par le pragmatisme. Et c’est le rôle de l’entrepreneur de ne pas hésiter, parfois, à s’adapter au marché.
En quoi consistent les activités que TBSO entend développer ?
Notre raison d’être consiste à apporter des outils à l’individu pour le rendre plus résilient, plus souverain, plus libre. Nous nous adressons à deux persona : d’une part les entrepreneurs au sens large, nous entendons par là les dirigeants de PME, de TPE, les freelances, les artisans, les commerçants en boutiques physiques, etc., et d’autre part les investisseurs particuliers. SKL a ainsi vocation à aider les entrepreneurs à développer leurs revenus et NVST, société sœur qui a vocation à rejoindre le groupe TBSO, à accompagner les investisseurs dans le développement et la sécurisation de leur patrimoine.
Comment se présente l’offre de SKL ?
SKL est une plateforme qui réunit en un seul endroit tout ce dont les entrepreneurs ont besoin pour développer leur activité, à la manière d’un « Netflix de l’entrepreneuriat ». Elle rassemble des milliers de contenus pragmatiques couvrant une vingtaine de thématiques structurantes de la vie du dirigeant : ressources humaines, paie, recrutement, développement commercial, marketing, personal branding, trésorerie ou encore pilotage financier. À ces contenus s’ajoute l’accompagnement d’une quarantaine d’experts sélectionnés, qui interviennent au cours de webinaires, à raison de deux à trois par jour selon les sujets (intelligence artificielle, automatisation, délégation, recrutement, etc.), complétés par des sessions de questions-réponses et par des contenus disponibles à la demande en replay. La solitude du dirigeant reste un mal sous-estimé, en particulier pour les entrepreneurs éloignés des réseaux des grandes villes : c’est un accompagnement au jour le jour, dans la prise de décision, que SKL entend apporter.
Copilote IA et actifs alternatifs
Ces contenus sont associés à une brique technologique. En quoi consiste-t-elle ?
Nous développons un copilote IA destiné à accompagner le dirigeant au quotidien, sous la forme d’un assistant capable de répondre à l’ensemble de ses problématiques. Il repose sur une intelligence artificielle entraînée sur un corpus de contenus originaux et propriétaires, qui constitue un socle de savoir propre à l’entrepreneuriat. Les outils génériques comme ChatGPT ou Claude rendent service, mais ils se heurtent vite à un manque de contexte : ils ne connaissent ni l’entreprise, ni ses priorités, d’autant que l’information est dispersée dans de nombreux outils. Le système d’exploitation agentique que nous construisons a précisément pour fonction de réunir ces éléments, de leur donner du sens et de permettre à l’IA d’assister le dirigeant, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, sans dépendre de la seule présence des experts.
Quel est le modèle économique de SKL ?
Il repose sur un abonnement annuel, simple, qui débute à 3 500 euros HT par an et peut atteindre 30 000 euros HT par an pour des services d’accompagnement plus poussés, avec des experts mis à disposition en one-to-one. Le système d’exploitation agentique est aujourd’hui compris dans l’abonnement, au titre de la valeur ajoutée que nous apportons à nos membres. Nous n’excluons pas de le faire évoluer vers un modèle de monétisation distinct. Nous réexaminerons en 2027 l’évolution possible de notre offre comme de notre modèle économique.
Comment fonctionne aujourd’hui l’offre de NVST ?
NVST s’adresse aux investisseurs particuliers, qui de plus en plus nombreux à vouloir passer à l’action, pour constituer une épargne et la diversifier. Nous l’avons construite autour de l’éducation financière, partant du principe que la meilleure façon d’investir consiste d’abord à comprendre les actifs pour prendre ensuite ses décisions. Notre spécialisation porte sur les actifs alternatifs et les actifs réels : bitcoin et cryptomonnaies, mais aussi or et métaux précieux, catalogues musicaux, cartes Pokémon ou encore Lego de collection. À ce jour, nous n’opérons pas nous-mêmes les investissements : nous mettons nos membres en relation avec des partenaires, sans prélever de commission, en négociant pour eux des frais réduits. Parmi les opportunités déjà proposées figurent du private equity secondaire (segment du marché non coté, NDLR), la participation à certaines introductions en Bourse, des catalogues musicaux, des cartes Pokémon ou de l’or physique, ce dernier étant conservé en ports francs en Suisse. La logique est toujours de privilégier la souveraineté et la détention de l’actif réel sous-jacent, plutôt qu’une réplication synthétique de type ETF.
Quelle est l’offre que vous comptez déployer à l’avenir ?
Nous développons une plateforme fintech destinée à permettre d’investir en un clic dans l’ensemble de ces classes d’actifs. Le marché est aujourd’hui très segmenté : les offres existent un peu partout, mais aucun acteur ne les réunit. Notre ambition est de créer la plateforme européenne des investissements alternatifs. Le chantier est complexe, car il couvre plusieurs classes d’actifs susceptibles de relever d’agréments différents, et nous savons qu’il s’étalera sur plusieurs années, le temps d’obtenir les autorisations réglementaires nécessaires. Compte tenu de la demande et des enjeux, nous estimons qu’il y a de la place pour un acteur européen spécialisé.
Quels actifs n’entrent pas dans le périmètre de cette future offre ?
Nous n’irons pas sur les marchés boursiers, où l’offre est déjà abondante, ni sur l’immobilier. Plus largement, tout ce qui est déjà bien couvert, y compris des actifs non cotés ou des infrastructures, ne figurera pas parmi nos priorités. Notre expérience avec NVST nous a montré que la demande est forte sur les actifs alternatifs et qu’il y a là un marché important à adresser.
Quel est le modèle économique de NVST ?
Tel qu’il est construit aujourd’hui, NVST repose uniquement sur un abonnement annuel, compris entre 1 500 euros et 10 000 euros. Nous ne prélevons aucun frais et n’opérons pas les investissements. Le passage à la plateforme s’accompagnera d’un nouveau modèle économique, fondé cette fois sur les flux d’investissement.
Comment seront employés les fonds levés ?
L’opération porte sur un montant pouvant atteindre 8 millions d’euros. 30% seront consacrés à l’acquisition de la société NVST SAS, 20% à des investissements marketing destinés à faire connaître nos produits, et 50% au développement technologique des plateformes NVST et SKL.
L’acquisition de NVST constitue l’un des principaux postes d’affectation des fonds, mais aucun élément précis de valorisation n’a été communiqué. Que pouvez-vous en dire, et quand ces éléments seront-ils disponibles ?
L’indication des 30% situe la valorisation autour de 2,4 millions d’euros : nous en avons donc déjà un ordre de grandeur, et la valorisation définitive devait rester dans un couloir proche de cette indication. Les actionnaires de NVST et de TBSO étant quasiment les mêmes, il existe un conflit d’intérêts potentiel évident. Nous avons donc engagé, avec le conseil de surveillance de TBSO, la désignation d’un expert indépendant chargé d’évaluer l’entreprise, suivie d’une attestation d’équité établie par un second expert. L’ensemble sera mené sans que nous ayons notre mot à dire, selon les meilleures pratiques. La justification de cette valorisation sera alors rendue publique. J’ajoute que je participe moi-même à l’opération à hauteur de 3,8 millions d’euros au minimum et jusqu’à 6 millions, ce qui revient à la couvrir : il ne s’agit donc pas d’un enrichissement personnel, même si une partie des fonds servira à racheter une entreprise que je codétiens. L’enjeu est, en tant qu’entrepreneur, de pouvoir concentrer 100% de mon attention sur une seule structure.
« Amener TBSO au milliard de valorisation »
Le flottant (part du public dans le capital) de TBSO est aujourd’hui très faible, de l’ordre de 2,3%. En quoi cette opération doit-elle contribuer à l’élargir ?
En cas de souscription maximale, et compte tenu de mon engagement minimal de 3,8 millions d’euros, environ 4,2 millions d’euros reviendraient au flottant, qui passerait alors à 14,6%. Mon objectif en allant en Bourse était précisément de m’appuyer sur les particuliers : si l’enjeu était de travailler avec des institutionnels, j’aurais poursuivi les levées de fonds privées. Je tiens donc à ce que les investisseurs individuels aient toute leur place dans l’opération.
Quelle est votre ambition pour TBSO ?
Elle ne se limite pas au marché français. Nous commençons en territoire francophone, avec un objectif de 10 millions d’euros de chiffre d’affaires et 20% de marge d’exploitation en 2028, mais visons clairement le marché européen. Mon ambition personnelle est forte : j’ai dirigé une entreprise valorisée à plus de 100 millions d’euros, une autre à 1 milliard, et je ne me suis pas lancé en Bourse pour bâtir une small cap. Je veux amener TBSO au milliard de valorisation, ce qui passera probablement par d’autres opérations en capital. L’exécution comportera des risques et je ne formule aucune promesse, mais je compte faire de TBSO une très belle aventure.
Rédacteur en chef spécialisé placements et fiscalité











