Sécheresse : jusqu’à 30,5% de la valeur du patrimoine immobilier fortement menacée d’ici 2100

Par Loic Farge
Temps de lecture : 3 minutes
Sur les sols argileux, l’alternance de sécheresses et de pluies peut fissurer les maisons aux fondations peu profondes.

Encore marginale en France, la part de la valeur du patrimoine immobilier des ménages fortement exposée au retrait-gonflement des argiles pourrait bondir d’ici la fin du siècle, selon un document de travail de l’Insee.

De 0,3% sur la période actuelle (2005-2034) à 30,5% en 2100 : dans le scénario climatique le plus défavorable, la part de la valeur du patrimoine immobilier des particuliers fortement exposée au retrait-gonflement des argiles (RGA) s’envolerait. Ces chiffres figurent dans un document de travail de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), publié mardi 3 novembre 2026.

Ces travaux n’engagent que leurs quatre auteurs et ne reflètent pas la position de l’institut de la statistique. Ils couvrent le RGA, les feux de forêt, les crues de cours d’eau et la submersion marine.

Sols argileux : une exposition qui s’aggrave avec le réchauffement

Les sols argileux se rétractent lors des sécheresses et gonflent avec la pluie. Ces mouvements peuvent fissurer les maisons aux fondations peu profondes. Le degré de risque dépend de la nature du terrain et du nombre d’épisodes secs attendus.

Sur cette période de trente ans, retenue par les modèles pour représenter le climat actuel, un risque moyen pèse sur 10,8% de la valeur du patrimoine. D’ici 2100, la proportion fortement menacée passerait à 6,9% dans le scénario intermédiaire du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), qui prévoit un réchauffement mondial de 2,7 °C à cet horizon. Elle s’élèverait à 30,5 % dans le scénario le plus défavorable, qui table sur une hausse de 5 °C.

Feux de forêt : 15,9% de la valeur immobilière exposée

Les auteurs évaluent à 15,9% la part de la valeur du patrimoine menacée par les feux de forêt, dont 8,8% à un niveau moyen ou fort. Cette dernière proportion monterait à 11,1% en 2085 dans le scénario intermédiaire.

Les zones de crue exceptionnelle (un risque sur 500 par an) regroupent 4,2% de cette valeur. La submersion marine en concerne 0,63%, et 1,4% si les plus hautes marées gagnaient un mètre, sans dispositif de protection.

Assurance habitation : 43 milliards d’euros de sinistres liés aux argiles d’ici 2050

Le régime des catastrophes naturelles (Cat-Nat) indemnise notamment les dégâts liés au RGA et aux inondations, mais pas les incendies de forêt. La fédération professionnelle France Assureurs chiffre à 43 milliards d’euros le coût des sinistres liés aux argiles entre 2020 et 2050, soit le triple des trente années précédentes.

Face aux tensions sur l’équilibre financier du dispositif, la surprime appliquée aux contrats d’assurance habitation est passée de 12% à 20% au 1er janvier 2025.

Les ménages intermédiaires plus exposés au retrait-gonflement des argiles

L’exposition varie aussi selon les ressources des propriétaires. Près de la moitié des logements possédés par les ménages situés entre les 10% les plus modestes et les 40% les plus aisés sont exposés au RGA, relèvent les auteurs. Calculée en nombre de logements, cette proportion est inférieure d’environ 10 points de pourcentage chez les 10% de propriétaires les plus modestes, et de 25 points chez les plus aisés, dont le parc compte davantage d’appartements.

Les estimations en valeur portent sur le patrimoine immobilier des particuliers, hors Alsace-Moselle et Outre-mer, aux prix de 2017. Elles correspondent à la valeur totale des biens concernés et ne mesurent ni une dépréciation immobilière, ni le coût des dégâts, ni les indemnisations futures.

Loic Farge

Loic Farge

Journaliste spécialisé immobilier

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