Prime d’activité : pourquoi un foyer éligible sur deux ne la demande pas

Par Loic Farge
Temps de lecture : 3 minutes
Selon une étude, la moitié des foyers éligibles à la prime d'activité de la CAF ne la réclamaient pas fin 2021

Selon une étude, la moitié des foyers pouvant prétendre à la prime d’activité de la CAF ne la réclamaient pas fin 2021. Montants faibles, démarches complexes et méconnaissance figurent parmi les freins.

Chaque trimestre, 1,3 milliard d’euros de prime d’activité restent non versés, faute d’avoir été réclamés. Derrière ce chiffre, 6,9 millions de personnes se privent de ce complément de revenu auquel elles ont droit. C’est le constat d’une étude de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), publiée le 8 juillet 2026.

C’est la première fois que cet organisme, rattaché aux ministères sociaux, mesure à l’échelle individuelle l’ampleur du non-recours à cette prestation. En vigueur depuis 2016 – année où elle a remplacé la prime pour l’emploi et le RSA activité -, la prime d’activité est accordée, sous conditions, aux travailleurs aux revenus modestes. Versée par les caisses d’allocations familiales (CAF) ou par les caisses de la Mutualité sociale agricole (MSA, pour ceux qui relèvent du régime agricole), elle concerne les salariés, les indépendants, les apprentis et certains étudiants.

Prime d’activité : 3,4 millions de foyers ne la réclament pas

Fin 2021, entre 48% et 52% des foyers qui y avaient droit ne la percevaient pas, d’après la Drees. En France métropolitaine, 3,4 millions de foyers étaient concernés à cette date.

Rapporté aux montants en jeu, le non-recours à la prime d’activité se situe entre 43% et 46% de la masse financière. Ce taux est plus élevé que celui observé pour le RSA (environ un tiers des foyers éligibles), mais nettement inférieur à celui de l’ancien RSA activité, dont près des deux tiers des bénéficiaires potentiels ne le réclamaient pas fin 2010, souligne la Drees.

Qui sont les foyers non-recourants ?

L’étude établit également le profil des foyers qui ne font pas la demande. Il s’agit plus souvent d’hommes seuls, de couples sans enfant, de propriétaires, de travailleurs indépendants, de cadres ou encore d’ouvriers. À l’inverse, les familles monoparentales, les femmes seules, les salariés à temps partiel et les agents du secteur public recourent plus souvent à la prime d’activité.

Par ailleurs, les foyers qui ne la réclament pas affichent un niveau de vie légèrement supérieur à celui des bénéficiaires et sont moins souvent en situation de pauvreté (15%, contre 19% des recourants).

Les raisons du non-recours

Pourquoi renoncer à cette aide ? La Drees avance plusieurs explications. Près d’un tiers des non-recourants auraient droit à moins de 50 euros par mois, un montant jugé insuffisant pour entreprendre les démarches.

Leurs revenus, souvent plus élevés mais aussi plus fluctuants, rendent leur éligibilité plus difficile à identifier. Et si certains ignorent qu’ils y ont droit, d’autres considèrent les démarches trop lourdes ou pensent, à tort, ne pas remplir les conditions.

L’enjeu caché de la lutte contre la pauvreté

Ce manque à gagner pèse aussi directement sur la pauvreté. Selon la Drees, si tous les foyers éligibles demandaient la prime d’activité, 500 000 ménages pauvres verraient leur niveau de vie augmenter de 130 euros par mois en moyenne. Parmi eux, 135 000 sortiraient de la pauvreté, ce qui ferait reculer le taux de pauvreté de 0,5 point. En corrigeant aussi le RSA, la baisse atteindrait 0,7 point.

Pour enrayer le phénomène, les pouvoirs publics misent désormais sur la solidarité à la source – un dispositif qui prérempli­t les déclarations de ressources à partir des revenus déjà connus de l’administration, comme le prélèvement à la source le fait pour l’impôt. La réforme entrée en vigueur en janvier 2019, accompagnée d’une large campagne d’information, avait déjà entraîné une hausse de 18% du nombre de bénéficiaires. Fin 2024, près de 4,8 millions de foyers percevaient la prime d’activité.

Loic Farge

Loic Farge

Journaliste spécialisé immobilier

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