Les députés ont supprimé l’article du projet de budget 2027 visant à abaisser à 3 000 euros le plafond de l’abattement de 10% sur les retraites, contre l’avis du gouvernement.
Abattement fiscal des retraités : les députés balaient le plafond à 3 000 €

L’abaissement à 3 000 euros de l’abattement fiscal des retraités a sans surprise été rejeté par les députés le 15 octobre 2026, lors de l’examen de l’article 3 du projet de loi de finances (PLF) pour 2027, qui prévoit cette mesure. De la gauche au Rassemblement national (RN), en passant par la Droite républicaine, des élus de tous bords ont adopté sept amendements identiques de suppression, contre l’avis de David Amiel, ministre de l’Action et des Comptes publics. L’avis favorable du Conseil des prélèvements obligatoires (CPO) sur la réforme n’aura pas suffi.
Des pensions de 1 250 euros par mois en couple dans le viseur
Pour leurs auteurs, la mesure ne vise pas des retraités fortunés. Le plafond de l’abattement sur les pensions de retraite étant calculé par foyer, un retraité seul serait touché dès 2 500 euros de pension mensuelle, et un couple dès 1 250 euros par personne, relèvent les députés communistes (GDR). « Est-ce que vous considérez qu’on est riche avec 1 250 euros par mois ? », a lancé l’insoumis Aurélien Le Coq.
Nicolas Ray (Droite républicaine) a évalué à 200 euros par an la hausse d’impôt pour ces ménages, sur une mesure censée rapporter 1,4 milliard d’euros. « Leur pension n’augmentera pas d’un centime, contrairement à leur impôt », a résumé Olivier Fayssat (UDR). Des députés de différents groupes ont rappelé que la désindexation partielle des pensions, envisagée par ailleurs, rognerait déjà leur pouvoir d’achat.
80% de l’avantage de l’abattement de 10% pour les 40% les plus aisés
Seuls les groupes Renaissance, MoDem et Horizons n’avaient déposé aucun amendement de suppression. Député Ensemble pour la République (EPR), Guillaume Kasbarian a dénoncé « de l’électoralisme primaire » chez ceux qui refusent de discuter de nouveaux seuils. Le rapporteur général du budget Philippe Juvin (LR) a, à titre personnel, rappelé que l’abattement coûte 5,6 milliards d’euros par an, dont 80% profitent aux 40% de foyers les plus aisés.
David Amiel a invoqué l’équité entre générations, déjà évoquée lors de la présentation du PLF en Conseil des ministres : sur un effort budgétaire global de 54 milliards d’euros, 10% sont demandés aux retraités, qui représentent 25% de la population. Selon lui, la moitié d’entre eux, non imposables ou loin du plafond, ne seraient pas concernés par cet article.
Charles de Courson (LIOT) défendait une autre piste. Le plafond actuel, de l’ordre de 4 400 euros (4 439 euros, précisément), n’est pas conjugalisé : il est identique pour une personne seule et pour un couple marié ou pacsé, soumis à imposition commune. Le député proposait de le conserver pour les couples et de le ramener à 2 200 euros pour les retraités vivants seuls. La suppression de l’article a coupé court à cette option.
Déjà rejetée en commission des finances, la réforme voulue par l’exécutif est mal engagée. Mais cette suppression n’est pas définitive. Si l’ensemble du volet recettes du PLF est rejeté par l’Assemblée, le Sénat examinera la copie du gouvernement, article 3 compris. Le texte doit ensuite, en principe, revenir devant les députés.
Rédacteur en chef spécialisé placements et fiscalité






