Les fonctionnaires d’État se ruent sur la retraite progressive

Par Jean-Philippe Dubosc
Temps de lecture : 3 minutes
Une institutrice de 60 ans dans sa classe

Les agents civils de la fonction publique d’État sont trois fois plus nombreux que les salariés et les indépendants à travailler à temps partiel, tout en touchant une fraction de leur retraite, à peine un an après l’extension de ce dispositif aux fonctionnaires.

Les enseignants et autres agents administratifs plébiscitent la retraite progressive. D’après l’enquête de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) présentée le 14 octobre 2026, 13,7% des agents civils de la fonction publique d’État (les fonctionnaires d’État hors militaires et magistrats) partis à la retraite en 2024 l’ont fait via ce dispositif qui permet de passer à temps partiel, tout en percevant une fraction de ses pensions.

C’est presque trois fois plus que les salariés des entreprises et associations, les artisans et les commerçants (seulement 5% de ces actifs sont partis à la retraite en 2024 par le biais de la retraite progressive). De leur côté, les salariés agricoles (travaillant dans une exploitation agricole, une coopérative agricole, une mutuelle agricole ou une industrie agro-alimentaire) ont été 6,5 fois moins nombreux à utiliser le dispositif, toujours en 2024 (à peine 2,1% des départs à la retraite).

Un accès au dispositif récent

Les utilisateurs de la retraite progressive chez les fonctionnaires civils d’État sont majoritairement féminins (15,9% des départs à la retraite des agents femmes, contre 10,7% des départs des agents hommes). Les fonctionnaires civils ont basculé en retraite progressive en 2024 à 62,5 ans, contre 62,2 ans pour les salariés et indépendants et 64,2 ans pour les salariés agricoles. À l’époque, le dispositif était accessible au plus tôt deux ans avant l’âge légal, soit entre 60 et 62 ans selon la date de naissance. Depuis le 1er septembre 2025, l’accès a été abaissé à 60 ans pour tous.

Cet engouement des agents civils de la fonction publique d’État (FPE) pour la retraite progressive est d’autant plus étonnant que le dispositif a été étendu aux fonctionnaires, mais aussi aux professions libérales (médecins, avocats, notaires, architectes…) et aux agents des régimes spéciaux (SNCF, RATP, Banque de France…) seulement depuis le 1er septembre 2023. Il semble visiblement répondre à une demande.

Intérêt moindre des agents territoriaux et hospitaliers

Plus surprenant encore, l’intérêt se révèle nettement moindre pour les agents de la fonction publique territoriale (FPT) et de la fonction publique hospitalières (FPH). Seuls 6,7% des fonctionnaires territoriaux et hospitaliers partis à la retraite en 2024 sont passés par la retraite progressive. L’écart entre les genres est, en revanche, encore plus conséquent qu’avec les fonctionnaires civils d’État : 8,9% des départs des agents femmes, versus 3,9% des départs des agents hommes.

Dans son enquête, la Drees n’explique pas les raisons du succès de la retraite progressive chez les agents civils de la FPE, ni de l’adhésion plus faible des agents de la FPT et de la FPH. Tout ceci relève peut-être de la durée cotisée. Pour bénéficier de la retraite progressive, il faut justifier d’au moins 150 trimestres (37,5 ans de cotisation). Un impératif sans doute plus facile à respecter pour les fonctionnaires civils d’État qui effectuent généralement toute leur vie professionnelle dans l’administration sans discontinuer, contrairement aux fonctionnaires territoriaux et hospitaliers dont la carrière est souvent plus hachée.

Jean-Philippe Dubosc

Jean-Philippe Dubosc

Rédacteur en chef spécialisé dans la retraite

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